![]() Offshore : les SSII traditionnelles lèvent le tabou Les dirigeants de sociétés de services évoquent de plus en plus la délocalisation des projets informatiques en réponse à la crise. Au-delà des fantasmes de réduction des coûts, les entreprises tentées par ce mode de fonctionnement doivent néanmoins considérer la localisation et le niveau de services du prestataire, ainsi que le type de projet à externaliser. Olivier Discazeaux , 01 Informatique, le 22/05/2003 à 07h00 Autrefois tabou, le terme « offshore » a, depuis quelque temps, fait une entrée remarquée dans le jargon des sociétés de services informatiques. Tout particulièrement en ce début d'année 2003, où l'on ne compte plus les dirigeants de SSII qui y font régulièrement référence. Le terme n'est d'ailleurs plus l'apanage des sociétés spécialisées. Les sociétés françaises « traditionnelles » , touchées par la crise, cherchent en effet, dans le modèle de délocalisation des projets informatiques, un remède à la pression sur les prix. Cap Gemini Ernst & Young, en tête, semble décidé à faire sauter les réticences. Son président, Paul Hermelin, avisait ainsi, dans une interview accordée à La Tribune, que « le marché des services informatiques connaîtrait un scénario de délocalisation comparable à celui de l'industrie textile ». Il est plus ou moins rejoint dans son analyse par le président du Syntec Informatique (la chambre syndicale des SSII et éditeurs de logiciels), François Dufaux. Celui-ci affirme, en effet, qu'il s'agit d'un passage obligé pour le secteur. Il brocarde au passage les lois françaises, qui, selon lui, imposent des contraintes sociales et des charges trop lourdes aux SSII. Les organismes d'études de marché semblent leur donner raison. Le cabinet Gartner prévoit ainsi une augmentation de 40 % des revenus tirés des projets délocalisés en 2003. Selon le cabinet d'analyses, la pratique est favorisée par le besoin des entreprises d'acheter des prestations de meilleur niveau à un coût moindre. Pourtant, le phénomène offshore reste marginal sur le marché français. Les projets délocalisés représentent à peine quelques pour cent des ventes de prestations informatiques. Même si les appels du pied ne manquent pas pour les entreprises françaises. Les sociétés indiennes spécialisées, telles Wipro ou Infosys en premier lieu, se sont installées dans l'Hexagone depuis quelques années déjà. Elles ont été rejointes par des sociétés travaillant pour des pays européens où les salaires sont bas, comme l'Europe de l'Est - Roumanie, Russie, etc. -, ou encore l'Espagne et l'Irlande. Le Maghreb est aussi une région que privilégient dorénavant les prestataires.Les questions à se poser avant de céder au fantasme Poussées par cette concurrence et la nécessité d'abaisser leurs tarifs, les sociétés de services « traditionnelles » , qui avaient parfois tendance à délocaliser des projets en toute discrétion, affichent désormais ouvertement leurs intentions. GFI prépare ainsi le lancement d'un centre de services au Maroc, où la société a une filiale. Teamlog a développé un centre de support informatique à Barcelone. Cap Gemini Ernst & Young prévoit de grossir ses troupes à Bombay et de multiplier les centres de développement délocalisés. Cependant, avant de céder au fantasme de la délocalisation, les entreprises doivent se poser des questions essentielles. Le gain généré par la baisse de la tarification peut, en effet, s'avérer dérisoire si le projet vient à déraper. Or, le mode de travail au forfait - consubstantiel à l'offshore - n'est pas à la portée de toutes les sociétés de services. La plupart des sociétés françaises sont, par exemple, plutôt marquées par une culture de projet en régie. La qualité et le fonctionnement de la relation restent, en plus du prix, des critères essentiels dans le choix d'un prestataire. On peut alors envisager d'évaluer le niveau du prestataire en se référant à son degré de certification -CMM, par exemple. Mais un haut niveau de certification, s'il est bénéfique, ne constitue pas un critère de choix suffisant. Les questions de proximité culturelle, voire de turnover au sein de la société de services, constituent aussi des indicateurs déterminants. Enfin, on ne peut délocaliser n'importe quel type de projet. « La délocalisation de développements informatiques présente un désavantage pour les nouveaux projets, qui requièrent une forte interaction avec l'utilisateur », relève Vincent Billiet, responsable du développement de Teamlog. Les projets de proximité avec l'utilisateur ont donc tendance à rester sur site. A contrario, les projets de migration ou de tierce maintenance applicative, où la procédure est balisée, sont des candidats idéals à l'offshore. Passé ces considérations, on ne peut s'empêcher de relayer l'inquiétude de la population des informaticiens français. L'engouement suscité par ce modèle de développement, s'il se concrétise, risque assurément de peser sur le marché de l'emploi. Même si les prestataires affirment que seules les tâches à faible valeur ajoutée seront délocalisées, il est à craindre que l'offshore aura pour effet de réduire le nombre de postes dans l'Hexagone. Cela dans un secteur qui a déjà perdu environ dix mille postes en 2002, selon le Syntec Informatique.L'offshore a, pour l'instant, davantage sévi outre-Atlantique. Le cabinet d'études Pierre Audoin Consultants (PAC) estime ainsi que la moitié de la demande en projets délocalisés, dont le montant global est compris entre 25 et 30 milliards d'euros en 2002, provient de donneurs d'ordres nord-américains cette même année. IDC estime à 60 % la proportion de sociétés américaines qui, en 2001, ont fait appel à des prestataires étrangers. L'Inde s'octroyant environ 80 % du marché. PAC juge néanmoins ce chiffre surestimé. La part représentée par l'Inde se situe, selon le cabinet, dans une fourchette comprise entre 30 et 40 % du marché mondial. Tout en précisant que les chiffres concernant le pays sont flous. Même si le concept est dans toutes les bouches, la délocalisation de projets informatiques reste un phénomène marginal en France. PAC évalue la demande à 150 millions d'euros. Ce chiffre comprend à la fois l'offshore réalisé en direct par certains grands comptes et celui pratiqué par les prestataires de services informatiques et les éditeurs. Il représente donc, pour le moment, une part infime du marché de l'externalisation, évalué par PAC à 27,5 milliards d'euros en 2002 - maintenance, services informatiques et progiciels inclus. | ||||||||||||||||||||||
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