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Le grid : les premiers pas de la puissance à la demande

[ LES UTILISATIONS ]
Techniciens et scientifiques, seuls adeptes
Malgré d'incontestables avancées techniques, le grid ne séduit encore que peu d'entreprises.

Emmanuelle Delsol , 01 Informatique (n° 1718), le 10/04/2003 à 07h00
Olivier Gien (Sanofi-Synthélabo) : « Aujourd'hui, si je veux faire tourner une application sur mille PC, on pourra me réclamer le prix de mille licences... Cela minimise nettement l'intérêt économique de la grille ! »

Au milieu des années quatre-vingt-dix, naissent dans certains grands laboratoires universitaires ou de recherche les premiers travaux consistants autour du grid computing. L'histoire est on ne peut plus simple. Le Cern (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), par exemple, construit alors près de Genève un anneau de 27 kilomètres de circonférence pour mener des expériences de collision de particules. Or, les chercheurs ont très vite su qu'aucun supercalculateur ne suffirait à traiter les quantités phénoménales de résultats générées par ce grand collisionneur de hadrons (Large Hadron Collider). Ils ont donc contourné le problème : pourquoi ne pas exploiter la puissance de stockage et de traitement inutilisée, répartie au sein du Cern et même hors de ses murs ? L'une des premières initiatives de grid était née.

En 2003, la plupart des projets de grid demeurent des projets scientifiques. Et quand l'idée entre dans les entreprises, c'est soit par la porte d'un département technique ou de la recherche, soit parce que la firme évolue dans un secteur pointu. Il faudra, en effet, attendre encore quelques années pour que deviennent évidents les atouts déjà mis en avant par les fournisseurs. Wolfgang Gentzsch, directeur du grid computing chez Sun, en égraine une longue liste : « Optimisation de l'utilisation des ressources, virtualisation de celles-ci, accès généralisé aux informations, informatique à la demande, collaboration, équipes virtuelles, " fail over ", transparence de l'hétérogénéité de l'infrastructure, etc. »

Mais ce sont bien les besoins en puissance de calcul ou en traitement massif de données qui demeurent les motivations premières des utilisateurs. Arguments qui laissent les entreprises du monde de la gestion totalement indifférentes. L'énergie - et plus particulièrement l'industrie nucléaire avec la numérisation des essais - compte parmi les secteurs les plus réceptifs. Certaines recherches dans les sciences de la vie ou la pharmacie ont aussi vu leurs besoins en puissance de traitement de données ou de calcul augmenter. Même intérêt dans les biotechnologies, la chimie, l'aérospatial, le design micro-électronique, etc.

L'organisation, un obstacle majeur

Au-delà du domaine scientifique, les environnements gourmands en calcul - comme les simulations de toute sorte, de la chaîne logistique aux définitions de grilles de prix - s'y intéressent. Dans le monde de la finance, la course à l'instantanéité induit aussi la recherche de puissance - notamment pour l'estimation de risques ou l'évaluation de portefeuilles.

Cependant, même pour ces pionniers du grid, tout n'est pas encore simple. En premier lieu - évidence pourtant utile à rappeler -, seules les applications faciles à distribuer s'exécuteront sur un grid. Dans le domaine scientifique, celles pour lesquelles les calculs sont trop étroitement liés les uns aux autres continueront d'exiger des supercalculateurs - en effet, lorsqu'un calcul dépend directement du précédent, il est impossible de répartir efficacement les deux opérations ; même sur deux noeuds d'un même cluster. Exclus aussi, tous les logiciels du marché qui n'ont pas déjà été parallélisés d'une façon ou d'une autre. « Aujourd'hui, quelques applications de recherche de médicaments qui tournent déjà sur du HPC sont adaptées au grid, mais quasiment rien d'autre » , reconnaît John Wark, PDG d'Entropia.

Enfin, dernier obstacle, mais non des moindres : l'organisation. La réaction face au partage de la puissance de travail disponible n'est pas toujours reçue de façon très positive. « A Grenoble, plusieurs de nos services - deux mille personnes, dont mille travaillent au design - ont monté leur propre cluster grid LSF , raconte ainsi Alberto Ambrosini, Total Quality Management Senior Design Consultant chez ST Microelectronics, client de Platform Computing. Et si nous décidons de partager la puissance entre l'un et l'autre, il ne sera pas du tout évident de gérer les priorités de tâches ! Nous avons néanmoins des discussions au plus haut niveau pour nous orienter dans cette direction. » Chez Sanofi, au contraire, c'est l'implication dans le développement de l'entreprise qui a été mis en avant. Et prêter la puissance de son poste de travail pour permettre la découverte de nouvelles molécules se révèle fort valorisant pour tous !


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