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Le satellite réduit la fracture numérique Kareen Frascaria

[ ACCÈS À INTERNET ]
Le satellite réduit la fracture numérique
Un système de liaison satellite bidirectionnelle assure un accès haut débit à Internet. Il offre une alternative à l'isolement géographique des PME non couvertes par les solutions de type ADSL.

Kareen Frascaria , Décision Micro (n° 544), le 07/04/2003 à 09h30

Les entrepreneurs en zone rurale sont des gens heureux. D'abord, ils bénéficient souvent d'une excellente qualité de vie. Et surtout, depuis l'avènement des liaisons satellite bidirectionnelles, ils disposent d'un moyen de connexion à Internet depuis leur petit coin de paradis. « Notre entreprise de Haute-Savoie est située à Magland, à mi-chemin entre Genève et Chamonix, entame Robert Hugard, PDG de la société Hugard SA. Mais même tout seuls au sommet de notre montagne, nous souhaitons disposer de bons instruments de communication ! »

Comme Hugard SA, 1,7 million de PME françaises (sur un total de 4,2 millions) n'ont pas accès au haut-débit et les perspectives d'offres de ce type apparaissent lointaines. « L'ADSL ne sera là qu'en 2028, je suppose ! », plaisante Éric Bertrand, gérant de MédialPro, une société de fabrication de pneumatiques de 25 personnes, située à Seigneley (Yonne). « Notre entreprise est nichée dans les anciennes écuries de Colbert, au beau milieu de la campagne, et à côté d'une rivière. Vous comprenez qu'il est difficile d'en partir, surtout pour des raisons de connexion », ajoute-t-il.

Jusqu'alors, la seule solution semblait la délocalisation. Cela a failli être le cas de la société de communication ardéchoise SitePilot, basée à Saint-André-de-Cruzières, petite commune de 450 habitants. « Obligés de travailler avec une liaison Internet offrant un débit important, nous avions déjà visité dans une ville voisine des locaux bénéficiant d'un accès ADSL, lorsque la proposition d'un accès via le satellite nous a été faite. Un miracle ! », raconte Dominique Janssen, gérant et cofondateur de la société.

L'utilisation : Une réponse à la problématique du haut-débit en zone rurale

Adaptées aux PME, les solutions d'accès à haut débit par satellite semblent donc tomber à point nommé. Il y a encore quelques mois, le satellite était peu utilisé pour l'accès à Internet, car la technologie ne permettait qu'une transmission unidirectionnelle des flux. L'utilisateur pouvait disposer des flux descendants en réception, mais devait employer une ligne téléphonique filaire pour la voie de retour. Les coûts étaient bien trop élevés pour répondre aux besoins des PME désirant une connexion à haut débit. Mais début 2001, l'adoption de la norme DVB RCS par le DVB Forum change la donne.

Cette norme permet de bénéficier d'une voie de retour satellite plutôt que filaire. Les connexions par satellite deviennent alors bidirectionnelles. Dès lors, les opérateurs spécialisés fleurissent et investissent le marché du haut-débit (lire tableau), avec des débits atteignant 2 Mbit/s en descente et 320 kbit/s en montée. Leur credo : réduire la fracture numérique, dans un contexte où les technologies alternatives ne remplissent pas leur fonction, pour des raisons de rentabilité, ou pour des raisons techniques.

Le satellite, quant à lui, doit convenir à toutes les entreprises sans exception, quelle que soit leur implantation géographique. Mais la réalité n'est pas aussi miraculeuse. Car, pour l'heure, ces solutions satellites ne conviennent vraiment qu'aux très petites structures ayant un usage limité d'Internet. « À peine six ou sept personnes sont connectées. Principalement, nous téléchargeons des fichiers, beaucoup de catalogues qui correspondent à notre coeur de métier », explique Éric Bertrand.

Même son de cloche chez Hugard SA, qui a juste besoin d'une connexion pour une utilisation très classique d'Internet : navigation web, messagerie... « Je n'ai pas ouvert l'accès Internet pour tous ; certains de mes employés n'en ont pas besoin. Mais cela serait difficile de le partager à plus de cinq ou six utilisateurs », ajoute Robert Hugard. En fait, comme pour l'ADSL, dans le cas d'une connexion partagée, la bande passante n'est pas garantie. À moins de payer plus cher.

Les écueils : Débit limité, coûté levé et temps de latence

La distance Terre-satellite a son importance. Lors des échanges de données, celles-ci doivent en effet atteindre le satellite géostationnaire situé à 36 000 km de notre belle planète. Cette borne spatiale doit les réémettre, les informations effectuant alors le même trajet en sens inverse. Malgré les progrès de la technologie, les données ne peuvent effectuer ce long trajet en moins de 250 ms aller et 250 ms retour. Ce délai engendre un temps de latence qui exclut d'emblée des applications critiques telles que la voix sur IP ou Telnet.

Et pour les serveurs web, placés derrière une connexion satellite, le temps de latence peut aussi poser des problèmes. Pas la peine d'envisager l'hébergement de son site sur un serveur connecté au satellite. Par ailleurs, si une vitesse minimale est garantie, le taux de contention appliqué par l'opérateur a son influence. « Notre vitesse moyenne de téléchargement est de 42 Ko, 30 à 40 % en dessous de l'ADSL », souligne Éric Bertrand. « À se demander s'il ne vaut pas mieux continuer avec son abonnement illimité RTC », s'interroge Didier Zablocki, délégué de l'association RadioPhare à l'île de Ré, qui a mis en place une solution satellite couplée à de la wi-fi pour son Phare, lors d'une manifestation événementielle.

Surtout que, le satellite reste cher. En effet, trois à cinq fois plus chères que les offres ADSL, les solutions d'accès à haut débit par satellite restent un investissement important pour une PME. « La liaison i-sat bas de gamme que nous avons installée démarre à 185 euros par mois, sans compter les frais d'installation ! Ce n'est pas concurrentiel, ni accessible à tous », renchérit Didier Zablocki.

« Venir au secours des territoires en mal de technologies d'accès par satellite... Je considère que ce discours est de l'intox pure et simple, non de la part de ceux qui proposent ces services satellites, mais de celle des politiques, se révolte Didier Zablocki. Il est impensable de présenter le satellite comme une solution pérenne à long terme. Ce n'est pas un vecteur d'aménagement du territoire, c'est un vecteur d'animation, qui peut être intéressant à court terme. »

Le satellite se présente en effet comme une solution très rapide et efficace, en attendant mieux! Mais peu d'alternatives semblent se mettre en place. « C'est bien dommage ! Si je crée une interconnexion locale pour éviter qu'un message ne passe par Paris, ce n'est pas pour lui faire faire 36 000 km ! », conclut-il.

Les gains : Un confort de travail jusqu'alors impossible

S'il reste cher dans l'absolu, le satellite l'est cependant moins que les solutions employées jusqu'ici par ces PME. Souvent, il s'agit du RNIS, facturé à la communication (contrairement au satellite ou à l'ADSL) et dont le coût par entreprise oscille entre 450 et 15 400 eurospar mois ! « Tout ce que nous avions trouvé pour remplacer nos lignes RNIS est l'offre Oléane [liaison louée, Ndlr] , dans le meilleur des cas environ huit fois plus chère que l'ADSL... et huit fois plus lente !», souligne Dominique Janssen.

Pour Robert Hugard, le satellite n'est pas un surcoût : « Pour le même prix que ma liaison louée à 64 Ko, j'ai un débit bien supérieur ! Il n'y avait donc aucune hésitation. » De surcroît, la liaison satellite facilite le travail de ces entreprises. « Au départ, nous nourrissions des craintes, explique Robert Hugard. Et pourtant, le satellite a radicalement changé notre vie : nous bénéficions d'un confort de travail nouveau. Nous pouvons par exemple envisager la mise en place d'applications de sauvegarde délocalisées. »

Certains fournisseurs ­ tel Ara-miska ­ offrent en plus de l'accès un service complet avec un serveur de messageries, des fonctions de sécurité (antivirus, coupe-feu, etc.) et un service client poussé. Le satellite se place ainsi comme une alternative à l'ADSL.

« Avec lui, nous n'avons jamais de problèmes. L'ADSL n'est pas aussi fiable, il me semble », renchérit Éric Bertrand. Les sociétés qui n'avaient qu'un choix limité en matière d'accès Internet y gagnent sur tous les plans. « Non seulement nous disposons d'un confort de travail plus important, mais le satellite nous a permis de rester compétitifs et de garder une image valorisante auprès de nos clients, ce qui est crucial », explique Dominique Janssen.

Mise en oeuvre : En location ou à l'achat, des solutions simples

Les solutions d'accès par satellite nécessitent une antenne parabolique et un ensemble de boîtiers, et sont donc en général plus coûteuses que les solutions filaires. « Dans notre cas, il y avait deux options : soit acheter le matériel, soit le louer au fournisseur d'accès, renchérit Éric Bertrand. Nous avons opté pour la location, car cette technologie en pleine maturation va certainement être soumise à des changements fréquents dans les mois à venir. »

En revanche, les solutions satellites se distinguent par la rapidité d'installation. « En trois heures, c'était prêt, schématise Robert Hugard . L'accès se fait via un terminal satellite installé dans les locaux de SitePilot. Une parabole de 96 cm, un terminal de réception relié au routeur et des équipements radio émission/ réception reliés aux postes de travail suffisent. Il faut bien entendu configurer l'accès, mais cela n'est pas plus sorcier qu'une autre technologie. »

Souvent, les intégrateurs s'occupent de tout. Reste à savoir si ces entreprises, au cas où d'autres alternatives moins coûteuses comme l'ADSL arriveraient enfin jusqu'à elles, troqueront leur liaison satellite. « Cela ne semble pas être d'actualité. Je préfère tenir la proie que l'ombre. J'ai une situation qui fonctionne, pourquoi en changer ? », affirme Robert Hugard. Toutes les entreprises semblent être de cet avis. « Le jour où l'ADSL sera susceptible d'arriver jusqu'à nous, il y a de fortes chances pour que le satellite soit aussi efficace et compétitif, voire meilleur, conclut Éric Bertrand. Par ailleurs, le service est complet, les techniciens sont joignables. Je ne suis pas sûr que ce soit aussi souvent le cas avec les autres technologies. » Quoi qu'il en soit, le marché aura raison des technologies.

Désenclaver les zones rurales : « Sans le satellite, nous étions obligés de déménager »

SitePilot, jeune société de communication ardéchoise de 5 personnes, a choisi Saint-André-de-Cruzières, une petite commune de 450 habitants, pour installer ses locaux, « afin de bénéficier d'une excellente qualité de vie » , explique Dominique Janssen, cofondateur de la société.

L'entreprise est installée au coeur du village dans un local en pierres apparentes appartenant à la mairie. Mais faute d'accès haut débit, elle se résignait, « la mort dans l'âme », à la délocalisation. Ce déménagement, peu coûteux, devait être rapidement amorti. L'entreprise considérait en effet que la différence entre le coût mensuel de l'ADSL (environ 45 euros) et celui d'une liaison louée à 128 kbit/s (environ 580 euros) était suffisamment important. Cette solution a été sérieusement envisagée au cours de l'été 2002.

« Mais nous devions abandonner notre objectif initial : qualité de vie et implication citoyenne » , ajoute Dominique Janssen. Grâce au département de l'Ardèche et à la mobilisation du Sivu des Autoroutes de l'Ardèche, ainsi que de la commune de Saint-André-de-Cruzières, très actifs dans le combat contre la fracture numérique, SitePilot a pu bénéficier de la solution satellitaire d'Eutelsat, mise en service par Sagem SA.

Désormais, SitePilot dispose d'un accès bidirectionnel 512/128 kbit/s en réception/émission via un satellite Eutelsat Atlantic Bird à 8 degrés ouest.

SitePilot

Activité : société de communication.

Siège : Privas (07).

Effectif : 5 personnes.

Chiffre d'affaires : non communiqué.


Si vous êtes pressé

Se targuant d'être une réponse à la fracture numérique qui existe en France, les liaisons par satellite, devenues bidirectionnelles il y a peu, se répandent sur le marché. Dans la plupart des cas, les PME rurales ou en zone éloignée considèrent ces offres comme une manne. Le satellite leur permet de se connecter à un prix raisonnable, en comparaison avec les liaisons louées ou RNIS, sans qu'il soit nécessaire de se délocaliser vers une région mieux desservie. Connectées, ces PME restent concurrentielles, même si le coût d'Internet par liaison satellite est encore cinq fois plus cher qu'une liaison ADSL.



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