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Les hot spots, galop d'essai avant l'UMTS
L'irruption de la norme 802.11 dans l'accès radio à internet bouscule les plans des opérateurs traditionnels. Après une phase d'attentisme, la France s'apprête à prendre le virage du Wi-Fi. Reste à savoir qui saura tirer profit de la situation, dans cet univers en pleine ébullition. Au plan des usages, les hot spots contrarient le potentiel de l'UMTS.

Henri Bessières , 01 Réseaux (n° 126), le 12/03/2003 à 07h00

Après une dizaine d'années de tâtonnements, les réseaux locaux sans fil (WLan), notamment issus de la norme 802.11, commencent à se banaliser dans les entreprises. Une banalisation en apparence anodine, mais qui, en réalité, a ouvert une brèche insoupçonnée pour les utilisateurs nomades. En déplacement, pourquoi chercher à se connecter à internet ou à l'extranet de son entreprise depuis un hypothétique accès filaire ou cellulaire (type GPRS), alors qu'une simple borne radio, publique ou privée, fait l'affaire ?

Non dépourvus d'imagination, certains imaginent même embarquer très prochainement cette technologie à bord des... avions de ligne. De simple concept, le Wireless Fidelity (Wi-Fi),avec ses bornes d'accès à quelques centaines d'euros et son débit théorique de 11 Mbit/s, est aujourd'hui devenu une réalité industrielle qui excite de plus en plus de convoitises, qu'il s'agisse des équipementiers (Intel, Cisco, Siemens ou Toshiba), des opérateurs (fixes et mobiles), des intégrateurs, des investisseurs, etc.

À l'heure où tout ce petit monde cherche à se positionner, l'ébullition est d'autant plus forte que la réglementation - particulièrement complexe - est encore assez floue. Principalement dans l'Hexagone où, après une traditionnelle phase de « consultation publique », on en est aujourd'hui au stade des « expérimentations ». Si la réglementation tricolore (quoique récemment assouplie) constitue encore un frein au déploiement des hot spots - ces lieux publics à forte fréquentation (gares, aéroports, centres de conférences, galeries commerciales et hôtels) -, les initiatives se multiplient tous azimuts.

En Europe, les pays nordiques sont les plus engagés

Quels sont les acteurs les mieux placés pour profiter de la situation ? Aux États-Unis, c'est, pour l'instant, T-Mobile USA (ex-VoiceStream), la filiale américaine de Deutsche Telekom, qui se taille la part du lion depuis le rachat, début 2002, de Star Network, un opérateur de hot spots présent dans les cafés Starbucks (T-Mobile équipe aujourd'hui plus de deux mille sites de ce type aux États-Unis).

Fin 2002, c'était au tour de Cometa, structure qui rassemble Apax Partners, AT&T, IBM et Intel, d'entrer dans la danse, avec le projet d'installer vingt mille points d'accès d'ici à 2004. Ce qui en ferait le plus grand réseau Wi-Fi du monde ! Bien placés également, les « agrégateurs » comme Boingo Wireless (plus d'un millier de sites desservis) avec leur concept de hot-spot-on-a-box , en partenariat avec des pionniers du marché issus de l'univers des Wireless Internet Service Providers (Wisp), tels Airpath ou Wayport. Une effervescence qui vient de conduire AT&T Wireless à s'allier à Wayport, afin de bénéficier d'emblée des 475 sites où ce dernier est implanté.

En Europe, les opérateurs les plus engagés sont ceux des pays nordiques, à l'instar de Telenor (Norvège), Telia (Suède), ou Sonera (Finlande), auxquels il convient d'ajouter T-Mobile (Allemagne) et BT (Grande-Bretagne). Pour le reste, les nouveaux entrants à vocation paneuropéenne ne sont pas légion : seul le britannique Megabeam est aujourd'hui présent dans une demi-douzaine de villes européennes (Amsterdam, Londres, Milan, Munich, Rome et Zurich).

En France, enfin, la situation commence à se décanter. Après une phase de relatif attentisme, France Télécom s'est récemment décidé à entrer dans la danse, alors que les initiatives, le plus souvent désordonnées, se multiplient (chambres de commerce, exploitants d'aéroports, palais des congrès ou hôtels). Autre type d'acteurs : les opérateurs spécialisés comme TLC Mobile, une jeune société spécialisée (partenaire du Columbus Café), qui prévoit d'ouvrir près de six cents hot spots dans l'Hexagone d'ici à la fin de 2005.

Un modèle économique à inventer

Alors que tout le monde s'accorde à dire que ces hot spots sont un bon moyen de collecte du trafic IP, reste à savoir quelle proportion ils pourraient effectivement capter. « 30 % des données cellulaires » , répond Ronald Najar, directeur de TLC Mobile. Une analyse qui laisse les observateurs plutôt sceptiques. « Les web bars et autres autonomistes de l'internet radio ont peu de chances de survivre » , assure un bon connaisseur du dossier, pour qui leur survie « passe par une intégration sous la houlette d'acteurs disposant déjà d'une base installée » .

Parmi ces acteurs, on pense inévitablement aux fournisseurs d'accès à internet, pour l'instant très discrets (certains constructeurs commercialisent même des cartes d'accès dotées d'un port ADSL et d'un port Wi-Fi). Quant aux collectivités locales, sans attendre d'être autorisées à être elles-mêmes opérateurs, elles s'intéressent de près au phénomène.

Reste à définir le rôle des opérateurs traditionnels (Bouygues Telecom, Cegetel, France Télécom et LDCom) qui, à des degrés divers, suivent de près l'évolution de la situation. Après des mois de tergiversations, France Télécom - qui s'est longtemps méfié de ce « truc d'informaticien » , jusqu'à ce que son nouveau président, Thierry Breton, demande à ce que cette question soit examinée « sans tabou »  - vient, comme nous venons de le dire, de sortir du bois.

« Ce n'est pas parce que la technologie est prometteuse qu'il faut faire n'importe quoi » , avertissait dernièrement Jean-Marc Lafond, chargé de coordonner la politique du groupe en ce domaine. Pragmatique, France Télécom avance d'autant plus prudemment que le déminage ne semble pas totalement achevé.

« Il faut qu'on y prenne garde » , avertit Jean-Jacques Damlamian, directeur exécutif, en charge de la technologie et de l'innovation du groupe, pour qui le Wi-Fi recouvre « des situations extrêmement variées » .

Et d'avertir : « Attention aux modèles économiques intenables. Beaucoup de gens racontent n'importe quoi ; si l'on n'y prend garde, on court à la catastrophe » . Bref, le modèle économique, tout le monde en convient, reste à inventer. Ce qui n'empêche pas France Télécom de se lancer, malgré plusieurs obstacles à surmonter : la stabilité technologique, la manière d'agréger les différentes composantes de l'offre, et une nécessaire coordination entre les diverses entités du groupe (Oléane, Orange et Wanadoo) chargées de la commercialisation des futurs services. Ce qu'un responsable d'Orange, l'une des multiples entités concernées au sein de France Télécom, résume d'une boutade : « Derrière le tuyau radio qui relie le PC à la borne, c'est encore le far west »  !

Une cohabitation conflictuelle avec l'UMTS

Les perspectives offertes, tant par le Wi-Fi que par l'UMTS, en matière d'internet radio, amènent la question de la cohabitation entre ces deux moyens d'accès. Officiellement présentées comme complémentaires, ces deux technologies ont en réalité d'assez fortes chances de se marcher sur les pieds.

Déjà malmené, l'UMTS - dont le principal atout réside dans une couverture a priori beaucoup plus étendue - pourrait bien y laisser des plumes. D'abord, parce que les hot spots sont dès maintenant opérationnels ; ensuite, parce que le « ticket d'entrée » n'a rien à voir avec celui de l'UMTS.

« Ce n'est pas parce qu'il y a un risque de cannibalisation de l'UMTS qu'il ne faut pas se lancer dans les hot spots », confiait récemment Kai-Uwe Ricke, président de Deutsche Telekom.


Lexique

802.11 : technologie d'accès radio comportant diverses variantes. La plus employée (802.11b) a été normalisée en 1999 au sein de l'Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE), un organisme qui rassemble les grands noms de l'informatique.

Hot spot : terme anglo-saxon désignant les zones géographiques fortement fréquentées où des bornes radio ont été implantées. Ces zones sont d'autant plus convoitées que le potentiel de trafic est élevé.

Wisp (Wireless internet service providers) : acronyme d'origine américaine désignant certains fournisseurs d'accès radio.



Wi-fi : comment ça marche
Avec une (ou plusieurs) borne(s) d'accès radio, on peut facilement desservir un périmètre permettant de se connecter à internet depuis un PC portable. Le débit théorique de 11 Mbit/s partagés ouvre des perspectives inédites à diverses catégories d'acteurs.

La réglementation distingue deux grandes catégories de réseaux locaux radio (WLan), les réseaux dits indépendants (ou à usage privé) et les réseaux ouverts au public. Selon l'ART, la plupart des restrictions proviennent du ministère de la Défense.

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