
Un client d'une boutique branchée s'apprête à essayer des chemises. Dans la cabine d'essayage, il dépose l'une d'elles dans une sorte de caisson. Sur un écran adjacent, apparaissent alors des informations sur la composition du tissu, et des propositions de cravates assorties à la chemise. A l'extérieur de la cabine, un vendeur consulte déjà, grâce à un lecteur portable, les tailles et les coloris de cravates disponibles... Pure science-fiction ? Absolument pas. Nous sommes chez Prada, à New York, en 2002. Depuis plus d'un an, ce magasin expérimente une nouvelle technologie : les étiquettes électroniques. Celles-ci se composent d'une puce, qui stocke diverses informations en mémoire, et d'une antenne. Grâce à cette dernière, les étiquettes peuvent transmettre, par ondes radio, les informations qu'elles contiennent à un lecteur distant.
Une technologie héritée de la guerre
De tels systèmes, appelés RFID (identification par radiofréquence), ont vu le jour pendant la Seconde Guerre mondiale. Les pilotes anglais s'en servaient pour distinguer leurs avions des appareils ennemis. La technologie a été améliorée dans les années 80, cette fois-ci dans l'agriculture, pour assurer le suivi du bétail. Différentes formes et tailles d'étiquettes sont ensuite apparues pour s'intégrer à tout type de support. Aujourd'hui, plusieurs laboratoires continuent d'améliorer ces étiquettes électroniques. Notamment sur l'alimentation des puces en énergie. Le laboratoire d'électronique, de technologie et d'instrumentation (Leti), du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), travaille sur des batteries ultraminces au lithium, qui laisseraient à l'étiquette toute sa souplesse. Pour sa part, l'Auto-ID Center, le plus grand consortium mondial de recherche sur la RFID, a fait le choix de supprimer les batteries des étiquettes électroniques, et de les alimenter par les ondes émises par le lecteur. Créé au MIT (Massachusetts Institute of Technology, États-Unis) en 1999, l'Auto-ID Center travaille avec des entreprises telles que Coca-Cola et Procter Gamble. La puce conçue par cet institut, hautement miniaturisée, stocke seulement un numéro unique, celui-ci renvoyant vers des pages Internet qui contiennent toutes les informations. Le but, indique Helen Duce, vice-présidente de la branche anglaise, est de « préparer la prochaine génération de codes-barres ».
Bientôt sur votre paquet de céréales...
Pour l'instant, les premières applications concrètes des technologies de RFID sont encore cantonnées au monde de l'entreprise. Les produits ainsi étiquetés peuvent être suivis tout le long de la chaîne de fabrication et de distribution. En France, Air Liquide utilise des étiquettes électroniques pour suivre le remplissage et la distribution de certaines de ses bouteilles de gaz. La grande distribution aussi. Des enseignes comme Marks Spencer ou Wal-Mart testent actuellement cette technologie sur les chariots et les palettes de leurs chaînes d'approvisionnement, afin de gérer leurs stocks plus efficacement. Mais le consommateur verra-t-il un jour ces étiquettes sur son paquet de céréales ? Pas tout de suite. L'institut d'étude Forrester Research estime qu'il faudra attendre 2006 pour que soient levés les derniers obstacles techniques qui freinent la diffusion des étiquettes électroniques à grande échelle. On les trouvera alors sur de nombreux produits de consommation courante. Mais d'ici là, leur utilisation restera limitée à des tests grandeur nature.
La bibliothèque Romain-Rolland de La Ciotat est la première en France à avoir marqué par des étiquettes électroniques 40 000 de ses ouvrages. Elles servent à la fois d'antivol et de système d'identification (auteur, titre, référence, etc.). Pour les bibliothécaires, les inventaires sont bien moins fastidieux. Pour détecter un livre mal rangé, il leur suffit de se promener le long des rayonnages avec un lecteur portatif. Quant aux adhérents distraits, ils n'auront plus à palper leurs poches en quête de leur carte de bibliothèque. Dotée, elle aussi, d'une étiquette électronique, celle-ci sera détectée à travers leurs vêtements.
Aux Pays-Bas, en Allemagne, à Dax Elle vous facture vos ordures au kiloD'un côté, votre poubelle avec, collée dessus, une étiquette électronique où sont mémorisés vos nom et adresse. De l'autre, une benne à ordures équipée d'un lecteur intégré. L'étiquette est lue, pour vérifier s'il s'agit bien de votre poubelle. Puis vos déchets sont pesés. Le poids mesuré et la date de ramassage sont alors enregistrés sur l'étiquette. A la fin du trimestre, vous recevez une facture correspondant à votre production de déchets... « Répandu aux Pays-Bas ainsi qu'en Allemagne, ce système commence à s'implanter en France, comme à Dax » , affirme Didier Mattalia, commercial Europe chez Tagsys, la société qui développe cette application.
À l'Établissement français du sang de Lille Elle empêche la rupture de la chaîne du froidLes globules rouges du sang doivent être stockés à une température se situant entre 2 à 6° C. En dehors de cette zone, des germes peuvent se développer. Il est donc impératif de s'assurer que la chaîne du froid est parfaitement respectée. Pour cela, l'Etablissement français du sang de Lille teste actuellement un nouveau système d'étiquettes électroniques, les Hémo-Tag, qui enregistrent la température du sang durant son transport. Ce procédé a été développé par la société Technopuce. Il s'agit d'un rectangle souple d'un millimètre d'épaisseur qui réunit une étiquette électronique et un capteur de température. Sa fonction : enregistrer la température toutes les cinq minutes pendant 50 jours. A l'arrivée, sur le lieu de transfusion par exemple, un signal d'alerte se déclenche à la lecture de l'étiquette si la température du sang est sortie des valeurs autorisées. Un logiciel permet alors au médecin de visualiser quand, et pendant combien de temps, s'est produite l'erreur. Ainsi, il peut savoir quel maillon de la chaîne ne respecte pas les conditions sanitaires requises.