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Les SSII parient sur le succès de la plate-forme .Net

[ ENQUÊTE ]
Des premiers résultats satisfaisants

Ludovic Arbelet , 01 Informatique (n° 1711), le 14/02/2003 à 00h00

Les SSII plébiscitent l'arrivée de la plate-forme .Net. « En moins de trois ans, le nombre de demandes de projets sur cette architecture a explosé » , argumente Sami Jaber, architecte de Valtech, une société de conseil dont la plupart des clients disposent d'une architecture Java.

Le véritable boom s'est produit en 2002. En février, Microsoft commercialise les versions définitives de son environnement de développement Visual Studio .Net et du framework .Net, sur lequel il s'appuie ­ un ensemble servant à développer et à exécuter les applications dédiées à .Net. De nombreux développeurs s'intéressent à la plate-forme. Pour preuve, près de trois mille cinq cents visiteurs, selon Microsoft, se déplacent aux Devdays, des conférences annuelles qui se tiennent dans l'Hexagone.

Borland compte tirer sa croissance interne de .Net

Au sein des entreprises, « .Net passe au stade de projet pilote » , comme en témoigne Sami Jaber.

Et, surtout, « ce type de développement représente aujourd'hui entre 10 et 20 % des projets, contre seulement 5 % il y a six mois » , estime-t-il. Et il pense que ce chiffre devrait atteindre 30 % en fin 2003. Une hypothèse qui va dans le même sens que les estimations fournies par Microsoft. En France, d'après une enquête menée par l'éditeur en août 2002, 15 % des développeurs avaient adopté la nouvelle architecture. Même son de cloche chez Octo Technology. Pour Eric Groise, son directeur technique adjoint, « .Net n'a pas à rougir de J2EE (Java 2 Enterprise Edition), tant en ce qui concerne les performances que le support de la montée en charge » . Et de conclure que « le nouveau modèle de Microsoft est reconnu clairement comme une très belle réalisation, y compris par la communauté Java » .

L'éditeur Borland, spécialiste des solutions de développement, compte, lui aussi, sur cette nouvelle plate-forme. Il souhaite accroître son chiffre d'affaires de 115 millions de dollars ­ 50 millions émanant du rachat de Togethersoft, finalisé en 2003, et le reste reposant donc sur la croissance interne ; laquelle ne proviendra pas de Java. Pour y parvenir, Borland commercialisera cet été un studio de développement pour .Net, bâti de la même façon que Visual Studio .Net, et qui devrait prendre en charge les langages Delphi, C# et C++.

Comment le nouveau modèle architectural de Microsoft, annoncé en juin 2000, a-t-il réussi à susciter un tel engouement ? C'est en 2001 que la machine est enclenchée. Les premiers produits de l'architecture .Net débarquent dans leur version provisoire. Il s'agit du framework .Net et de Visual Studio .Net, un environnement de développement qui succède à Visual Studio 6, et dont Microsoft fait la pierre angulaire de sa stratégie .Net. En effet, l'éditeur sait qu'il doit d'abord convertir les développeurs de tous horizons, quel que soit le langage sur lequel ils travaillent. C'est pourquoi il veut faire de son nouveau produit de développement une solution multilangage. Un premier pari réussi : fin 2001, vingt-cinq langages environ supportent cette plate-forme, à l'exception notable de Java. Même si Microsoft proposera ensuite des solutions ­ limitées pour des raisons juridiques ­ de portage de Java vers .Net, telles que Visual J#.

Pour séduire les développeurs Java, Microsoft s'y prend autrement : il crée un nouveau langage, baptisé C#, proche de celui de Sun. Techniquement, C# n'a rien à lui envier. Mais il ne peut être mis en oeuvre que dans l'architecture .Net, donc dans de nouveaux projets. Il faudra donc du temps à ce nouveau langage pour pénétrer le marché. Pour les applications existantes, souvent développées en Visual Basic, Microsoft s'appuie sur une nouvelle version de ce langage. Problème, là encore : il s'agit d'une évolution majeure, Visual Basic .Net devenant un langage orienté objet. Ce qui n'était pas le cas de la mouture précédente. Pour Nasser Kettani, directeur marketing France de Rational, un partenaire historique de Microsoft aujourd'hui entré dans le giron d'IBM, ces contraintes expliquent que « Microsoft préfère adopter une logique de transition douce plutôt que faire migrer les utilisateurs de Visual Studio 6 vers Visual Studio .Net » . Il en veut pour preuve que « C# est nouveau, et [que] passer de Visual Basic 6 à Visual Basic .Net n'apporte pas de bénéfice. Sauf lorsque l'on développe une nouvelle application, une extension importante de l'existant, ou encore dans le cadre d'une exposition de l'application en services web. »

Les sociétés ont l'impression que .Net est incomplet

.Net mettra néanmoins du temps pour entrer massivement en production dans les entreprises. Première raison : celles-ci se sont battues ces dernières années pour convaincre leurs directions de migrer vers une architecture à base de serveur d'applications, laquelle repose sur la plate-forme Java. Une contrainte d'autant plus lourde dans un contexte économique encore morose. Il leur sera donc difficile de migrer vers .Net.

Autre souci, et de taille : le nom .Net a troublé le marché, de l'aveu même de Microsoft. Pour David Smith, analyste au Gartner, cette confusion provient du fait que « l'éditeur a apposé ce nom sur un nombre trop important de produits » . Pour Rational, il en résulte la conséquence fâcheuse que les clients ont l'impression que la plate-forme .Net n'est pas complète, car il manque les serveurs. En effet, l'éditeur a changé à quatre reprises le nom de son prochain système d'exploitation serveur. En avril 2001, il le baptise Windows 2002 Server. Deux mois plus tard, il change d'avis et l'appelle Windows .Net Server. En août 2002, il le renomme Windows .Net Server 2003, pour, in fine, décider en janvier 2003 de le rebaptiser Windows Server 2003. Il lui reste maintenant à réussir son dernier acte : démontrer que, en l'absence du mot .Net, Windows Server 2003 sera bel et bien prêt pour exécuter les applications écrites pour sa nouvelle plate-forme. Bref, on ne peut pas dire que la stratégie de Microsoft pour dénommer .Net ait été très nette.


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