Le Courant Porteur en Ligne (CPL) fait un retour surprenant. En dépit des échecs rencontrés ces dernières années, la technologie, qui permet de transporter des données sur le réseau électrique, a pourtant progressé. " Désormais elle fonctionne, et des équipementiers investissent le marché avec des solutions fiables. Ces derniers commencent, par ailleurs, à avoir une bonne expérience sur le terrain " , explique Nadine Berezak, directrice du cabinet allemand bmp TC.
Pourtant, jusqu'à présent, la technologie ne faisait pas recette. L'alliance du monde électrique et du monde des données ne se réalise pas sans peine. Les pionniers, qui s'y essayent depuis six ans, n'ont essuyé que des échecs.En témoigne l'expérience de Norweb, filiale de Nortel, l'une des premières sociétés sur le secteur, qui a été contrainte d'abandonner tout projet CPL pour des raisons techniques.
En Allemagne, le numéro deux du secteur électrique, RWE, très actif dans ce domaine, avait créé la surprise il y a quelques mois, en annonçant l'arrêt de son service CPL, sous prétexte d'un manque de fréquences disponibles. En France, des raisons légales empêchent tout déploiement en extérieur, EDF ne disposant pas d'une licence de l'ART l'autorisant à devenir opérateur.
Et, jusqu'à maintenant, les solutions disponibles n'étaient pas suffisamment abouties. De déboires techniques en déboires légaux, le haut débit pour tous par les fils électriques ne semblait plus avoir aucun avenir. Mais les acteurs du secteur, certes encore peu nombreux en Europe, ont tenté de démontrer le contraire lors du salon NetWorld+Interop 2002, où ils occupaient le pavillon Powerlines.
Leur nouveau credo : investir les réseaux locaux d'entreprise, à défaut de proposer un accès Internet à haut débit par les câbles électriques (outdoor). Cette topologie (aussi dénommée indoor) ne requiert que peu d'ingrédients. Un bâtiment, de type entreprise ou établissement scolaire, n'a en effet besoin que d'une connexion classique (ADSL, Numéris, etc.).
Un débit total de plusieurs dizaines de Mbit/s
Un modem " serveur ", installé sur le tableau électrique du bâtiment, transforme les données en fréquences pour qu'elles circulent le long des fils électriques répartis dans tous les bâtiments. Sur certains équipements, tel celui d'Ascom, des serveurs ou des téléphones analogiques, peuvent même y être raccordés. Pour se connecter, un ordinateur n'aura besoin que d'un modem spécifique, simplement branché à un fil électrique. Toute prise électrique se transforme donc en prise réseau à haut débit.
Pour atteindre de hauts débits, la technologie utilise plusieurs fréquences porteuses. Certains constructeurs, tel DS2, ont choisi de mettre en oeuvre OFDM (Orthogonal Frequency Division Multiplexing), qui utilise un très grand nombre de fréquences porteuses à faible débit, et qui permet d'atteindre un débit total de plusieurs dizaines de Mbit/s. DS2 annonce même un maximum de 45 Mbit/s. En réalité, les débits des équipements sont plus proches de 25 Mbit/s. Simple à déployer (selon les installateurs, cela ne prend que quelques heures), cette technologie a l'avantage de n'impliquer aucun câblage supplémentaire, ni travaux spécifiques. Face aux autres technologies, le CPL marque un point.
Certains y voient même un concurrent sérieux des réseaux locaux sans fil, de type wi-fi. " Nous ne voulons pas concurrencer les autres technologies. Le CPL est une alternative de plus, mais une alternative intéressante. Nous sommes réalistes. Nous n'avons aucun intérêt à nous mesurer aux acteurs en place " , résume Xavier Pain, responsable Business Development d'EasyPlug. Cette filiale de Schneider Electric et Thomson Multimedia, intégrateur de réseaux CPL, propose des équipements (gamme EPA) exploitant les jeux de composants de DS2.
Pour l'heure, les clients ne sont pas nombreux, et peu souhaitent communiquer sur leur retour d'expérience. Quelques écoles et collectivités locales ont franchi le pas (lire encadré) et semblent satisfaites de leur choix.
Côté entreprises, la Société Générale a choisi de l'installer en complément de son réseau local, dans certaines salles de réunion de ses locaux. " Il est normal qu'il n'y ait que peu de clients. Les entreprises n'ont pas encore conscience de l'existence de cette technologie et de son intérêt. Le marché doit encore être éduqué " , explique Robert Froehlich, PDG d'Alterlane, intégrateur français de solutions de CPL lié à EDF.
Des équipements coûteux
Cela dit, il est possible que les entreprises ne s'y engouffrent pas encore pour des raisons de coût. Si la technologie permet de faire des économies de câblage, les équipements ne sont pas encore bon marché. Un modem serveur coûte encore quelque 1 500 euros, et chaque modem connecté à l'ordinateur environ 150 euros. " C'est un cercle vicieux logique : pour baisser les prix des modems, nous avons besoin de vendre du volume, mais pour vendre du volume, nous avons besoin de baisser les coûts " , souligne Xavier Pain.
Une adoption plus large de la technologie impliquera certainement une baisse des coûts des équipements. Mais l'absence de standard (une norme est prévue pour fin 2003) et la jeunesse de la technologie sont encore des obstacles importants à sa réussite. Le CPL se place en alternative aux réseaux sans fil, mais reste à savoir s'il fera mouche. Le marché tranchera.
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Si elles restent encore marginales en France, une cinquantaine d'expérimentations ont déjà eu lieu. Parmi les entreprises concernées, peu désirent communiquer sur la question. Le collège de Saint-Lô a mis en place en quelques heures un réseau CPL. En pratique, lorsqu'un enseignant a besoin d'un ordinateur connecté pour un de ses cours, il déplace simplement sa machine dans la salle de classe, la branche à la prise de courant, et il est connecté. Autre exemple : la Société Générale a équipé huit salles de réunion d'un accès Internet par les prises électriques, sans qu'il ait été nécessaire de prévoir un nouveau câblage. Dans ces salles, les solutions sans fil ne fonctionnaient pas, de par la nature de la construction. Par ailleurs, sur le site de La Défense, la Société Générale s'est dotée d'un deuxième réseau Internet à haut débit, sans câblage supplémentaire. L'accès Internet par le réseau CPL est en libre service.
Si, en indoor, le CPL semble trouver ses marques, l'Internet haut débit sur les lignes électriques pour couvrir tout un quartier résidentiel ou industriel est plus problématique. Dans ce cas, la transformation des données se fait en amont du bâtiment, au niveau du transformateur électrique. À ce niveau, il s'agit donc d'une technologie de boucle locale impliquant plusieurs acteurs (RTE, opérateurs, EDF, collectivités locales). Les principaux freins sont, du même coup, d'ordre réglementaire. L'arrivée des compagnies d'électricité dans le secteur télécoms pose problème aux régulateurs et aux opérateurs installés. Pour l'heure, aucune directive n'existe pour la France. Mais tous les espoirs sont permis. En août dernier, le ministre de la Recherche et de la Technologie a précisé ses priorités en matière de haut débit, parmi lesquelles figure le courant porteur en ligne. Le CPL pourrait même peut-être contribuer à la réduction de la fracture numérique.
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