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Selon IDC, après deux années de croissance, le marché Linux n'a pas échappé à la conjoncture et a subi une baisse de 5 % entre 2000 et 2001. Mais le cabinet d'analystes reste optimiste, puisqu'il estime que les dépenses liées au système d'exploitation libre dans le monde augmenteront de nouveau dans les quatre prochaines années, pour passer de quatre-vingt millions de dollars en 2001 à deux cent quatre-vingt millions en 2006, soit une croissance annuelle moyenne de 28 %. La proportion de licences spécifiquement destinées aux serveurs dans cette croissance n'est pas connue, mais ce marché est resté stable pendant la tempête de 2001 après avoir régulièrement augmenté les années précédentes. C'est l'une des raisons pour lesquelles, en 2002, les éditeurs Linux ont décidé de mettre l'accent sur le serveur d'entreprise.
Un package système pour contrer Red Hat
En particulier, SCO, SuSE (Allemagne), TurboLinux (Asie) et Conectiva (Brésil) ont décidé de s'associer et de créer une entité baptisée United Linux. Celle-ci compte aujourd'hui une centaine d'ingénieurs et servira à alimenter la recherche autour d'un package éponyme destiné aux serveurs d'entreprise. Celui-ci n'est ni un nouveau standard ni une nouvelle distribution. Il s'agit d'un package système autour duquel s'articuleront toutes les nouvelles distributions des quatre éditeurs. On trouvera ainsi dans quelques semaines une SuSE powered by United Linux ou, encore, un SCO Linux powered by United Linux. Le package s'appuie sur la distribution serveur de SuSE, SuSE Linux Enterprise Server 1.0 et sur le système LSB (Linux Standard Base). Il intègre également un ensemble d'outils libres - dont le logiciel d'administration Yasp 2 de SuSE - et des éléments de base généralement utilisés sur un serveur Linux : Apache, PHP, Samba, Cups (pour la gestion des impressions), MySQL, Gnome, KDE, Mozilla, etc.
" Il y aura deux Linux professionnels pour serveur sur le marché " , affirme François Mauny, responsable SCO France. Allusion, bien sûr, à United Linux et à son grand rival Red Hat. Car les quatre de United Linux ont regroupé leurs efforts pour produire un outil capable de concurrencer celui rendu disponible par leur challenger dès avril denier. Red Hat Advanced Server est, en effet, lui-aussi, un package destiné aux serveurs d'entreprises et enrichi d'outils similaires. Et qui, de plus, s'appuie sur la distribution déjà la plus vendue en entreprise. L'éditeur en a optimisé l'interface utilisateur et a ajouté des éléments de clustering de disponibilité. Les technologies Kimberlite et Piranha assurent en effet le basculement en cas de panne et la répartition de charge. Enfin, Red Hat a beaucoup travaillé avec Oracle afin d'optimiser les entrées-sorties asynchrones du noyau pour améliorer le fonctionnement de sa base de données en environnement Linux serveur.
Outre cet ensemble d'éléments indispensables au fonctionnement d'un serveur d'entreprise pour des applications critiques, Red Hat d'un coté, les membres de United Linux de l'autre, ont décidé de ne sortir de nouvelle version de leur distribution que tous les douze ou dix-huit mois. L'une des caractéristiques du logiciel libre est en effet sa capacité à évoluer en permanence, et donc à proposer plusieurs nouvelles versions d'un même produit chaque année. Ainsi Red Hat continue-t-il à proposer une version non packagée, qui fera l'objet d'évolutions plus fréquentes. Mais les entreprises utilisatrices, elles, ont besoin de pouvoir s'appuyer sur une version stable beaucoup plus longtemps. De même, constructeurs et éditeurs ont aussi besoin de temps pour certifier leurs produits sur le système d'exploitation. En fait, comme l'explique François Mauny, " les entreprises veulent retrouver un modèle traditionnel ". Package système enrichi, cycle long de renouvellement de versions, mais aussi formation, conseil et services sont donc au programme. Logiciel libre rime encore parfois trop, pour les entreprises, avec absence de services et de fournisseur clairement identifié. Red Hat propose, par exemple, trois niveaux de support, dont le plus complet comprend trois niveaux d'escalade, 24 heures sur 24h, pendant cinq jours, et un délai d'intervention rapide.
Editeurs et constructeurs certifient à tour de bras
Mais l'un des éléments essentiels pour séduire les entreprises, que l'on retrouve dans l'approche des deux distributions Linux serveur, est la certification de leur produit par les constructeurs et éditeurs majeurs du marché. Ceux-ci auraient d'ailleurs encouragé fortement l'édification du consortium United Linux, inquiets de voir Red Hat se diriger vers un quasi-monopole. Red Hat rappelle cependant qu'il produit un logiciel libre, et que contrairement à Microsoft, toute sa technologie est accessible et réutilisable. C'est cependant bien par le biais de Red Hat que la plupart des constructeurs se sont ralliés au panache Linux. Tous vendent aujourd'hui des serveurs PC équipés de son système d'exploitation. IBM est même devenu un véritable prosélyte du système. Dell est, lui, partenaire de longue date de Red Hat. Cette association a d'ailleurs contribué à positionner l'éditeur en tête du marché, en lui offrant un statut de système professionnel. Et les deux acteurs ont même récemment renforcé leur stratégie commune en s'associant à Oracle pour la certification d'une combinaison de Red Hat Linux Advanced Server et d'Oracle 9i RAC (Real Application Clusters) sur des grappes de quatre noeuds Poweredge 6450 de Dell. Enfin, on devrait prochainement retrouver la distribution Red Hat Linux Advanced Server en standard sur différents serveurs et systèmes de stockages de Dell. Dans l'ombre du battage médiatique organisé par IBM, HP est lui aussi engagé depuis longtemps dans une démarche Linux. Il supporte Red Hat et SuSE sur ses plates-formes Intel 32 bits et 64 bits, et a annoncé son intention d'en faire autant pour United Linux. En rachetant Compaq, il est aussi devenu le fournisseur de la gamme la plus vendue sur le marché Linux, le Proliant. Il a même équipé certains de ses serveurs Alpha du système libre. Enfin, Sun est resté en retrait de cette vague d'affection envers Linux jusqu'à février dernier et s'est finalement fendu d'un LX50 étonnant, puisqu'il s'agit d'un serveur à base de processeurs Intel tournant sous Linux. Le spécialiste d'Unix avait déjà fait un premier pas vers le logiciel libre en rachetant, fin 2000, Cobalt, constructeur de serveurs spécialisés pré-installés avec Linux.
Souvent en partenariat avec ces constructeurs, les grands éditeurs du marché leur ont emboîté le pas. Oracle certifie toute sa gamme sur Red Hat, SuSE et, à l'exception d'Oracle 8i, sur Red Hat Advanced Server. SAP, quant à lui, garantit mySap sur une longue liste de versions du noyau Linux correspondant à différents niveaux de Red Hat et SuSE. Computer Associates n'est pas en reste avec toute sa gamme Unicenter pour Linux sur mainframe. Et Veritas suit le même type de stratégie.
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