
Logiciels libres : l'Administration à l'avant-garde
Philippe Davy

Logiciels libres : l'Administration à l'avant-garde
Les pressions budgétaires, certes évidentes, ne sont pas la seule explication à l'essor de l'utilisation du logiciel libre dans l'Administration. L'indépendance vis-à-vis des éditeurs et l'ouverture aux standards sont, en fait, davantage prisées par les responsables informatiques.
Philippe Davy
, 01 Informatique,
le 18/10/2002 à 00h00
Ce n'est pas la conséquence d'une recommandation officielle. Mais les administrations françaises - et, au-delà, européennes - se sont lancées avec constance dans l'utilisation de logiciels libres. Rien, dans les textes officiels, ne l'imposait. Tout au plus le
" Cadre commun d'interopérabilité des systèmes d'information publics "
, émis par le cabinet du Premier ministre en janvier 2002, fixe-t-il plusieurs objectifs :
" Eviter les choix propriétaires autant que possible, privilégier les solutions faisant l'objet d'une standardisation, ainsi que celles basées sur des systèmes ouverts, modulaires et évolutifs. "
Pour toutes ces raisons, Linux, alternative abordable et fiable aux systèmes d'exploitation propriétaires, est devenu le logiciel libre par excellence. Mais celui-ci n'est plus cantonné aux activités de type serveur web ou de messagerie. Tant du côté du poste client que des serveurs d'applications ou des gestionnaires de bases de données, l'usage de logiciels libres s'étend inexorablement.
" L'utilisation de Linux, c'est déjà pratiquement de l'histoire ancienne dans l'Administration,
plaisante Jean-Paul Degorce-Dumas, spécialiste des logiciels libres pour l'Atica (Agence pour les technologies de l'information et de la communication dans l'Administration).
Mais, désormais, les applications libres sont perçues comme étant au niveau des offres commerciales. "
L'intérêt tarifaire semble sauter aux yeux - en particulier dans les cas de déploiement à grande échelle d'applications bureautiques. Les nouvelles dispositions commerciales des éditeurs traditionnels, de même que les pressions budgétaires n'y sont pas étrangères. Mais, dans les grands projets d'infrastructure, la facture purement logicielle ne représente qu'une faible partie du coût global - moins de 20 %. Les véritables motivations se trouvent donc ailleurs.
Indépendance et sécurité en tête des sondages
En premier lieu, les logiciels libres, qui s'appuient tous sur des standards ouverts, s'intègrent avec facilité à l'existant propriétaire. Ainsi la capacité de l'OS libre à tourner sur des grands systèmes IBM dans des partitions indépendantes ouvre-t-elle de nouvelles perspectives :
" Sur un système Z-OS, il est possible de regrouper l'équivalent de deux cents serveurs Intel, tout en tirant parti des spécificités du mainframe en termes de sécurité et de sauvegarde/restauration "
, souligne Marc Joly, directeur Linux chez IBM.
Une étude récemment publiée
(*)
analyse les motivations des responsables en ce qui concerne leur choix de logiciels libres dans trois pays européens - Allemagne, Suède et Grande-Bretagne. Il ressort de cette étude que plus de la moitié d'entre eux placent l'indépendance vis-à-vis des éditeurs en tête de leurs préoccupations, loin devant les aspects financiers. Selon les responsables de l'Atica, ces proportions sont globalement équivalentes en France. La sécurisation des accès figure également en tête de liste.
" Si l'on décide, par exemple, de réaliser un annuaire des services de police au niveau européen, les contraintes de sécurité imposeront sans doute des offres libres dans la mesure où il sera impératif de disposer du code source "
, explique Jean-Paul Degorce-Dumas.
Ce besoin d'indépendance et de sécurité, qui ne s'exprime pas seulement en Europe, comme en témoigne l'exemple vénézuélien, commence à faire réfléchir les éditeurs traditionnels. Ainsi, le programme Shared Source de Microsoft est un embryon de réponse au logiciel libre. IBM, Sun et Oracle ont, pour leur part, choisi de collaborer avec la communauté open source. Chacun investit désormais dans des technologies standards, comme XML. Mais les organismes administratifs, de par leurs contraintes spécifiques, ouvrent la voie à la coexistence du modèle traditionnel d'édition logicielle avec une approche centrée sur le service, introduite par le logiciel libre.
(*) Floss : Free/Libre Open Source Software, publié par Berlecon Research pour le compte de la Communauté européenne.
L'étude Floss a été menée entre février et mai 2002 auprès de 1 452 entreprises et administrations dans trois pays - Allemagne, Grande-Bretagne et Suède. 395 répondants indiquent utiliser le logiciel libre. Parmi ses principaux enseignements, il apparaît que le coût généralement modique des logiciels libres est loin de constituer le premier critère de choix. Même s'il s'agit d'un facteur non négligeable. Malgré la relative difficulté à trouver des compétences, les entreprises - en particulier les grandes - mettent surtout en avant l'indépendance qu'offre le libre vis-à-vis des éditeurs, sa meilleure stabilité et son ouverture.
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