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[ D'ABORD LE CD-ROM, MAINTENANT INTERNET… ]
Encyclopédies : le numérique va-t-il tuer le papier ?
Près de 3 000 euros (19 679 F) pour une encyclopédie de référence sur papier, moins de 200 euros (1 312 F) pour la même sur CD-ROM... et rien du tout pour certains sites, comme celui d'Hachette. Mais, depuis Diderot et d'Alembert, le travail nécessaire pour réunir les connaissances est toujours aussi colossal. Qui va le financer ?
Didier Castelnau , L'Ordinateur Individuel, le 22/04/2002 à 18h00
"Si nous étions restés à la version papier sans nous tourner vers le CD-ROM, nous serions morts. " A entendre Hervé Rouanet, directeur financier de l'Encyclopædia Universalis, le multimédia a entraîné un véritable cataclysme dans le secteur de l'édition savante. En l'espace de quelques années, les ventes de la célèbre collection imprimée ont été divisées par dix. Lors d'une bonne année, l'éditeur écoulait en moyenne 25 000 versions imprimées. La dernière édition, datée de 1995, ne s'est vendue qu'à 2 000 exemplaires par an. Loin d'être l'exception, ces chiffres montrent combien le support numérique a bouleversé le marché. En effet, l'ordinateur est devenu l'outil de choix pour consulter l'encyclopédie, grâce à des avantages pratiques comme la navigation hypertexte, le gain de place, et grâce au prix.
La version DVD-ROM d'une encyclopédie coûte entre 74 et 166 euros (485 et 1 089 F), contre 2 055 à 2 880 euros (13 480 F à 18 892 F) pour la version papier. Or, dans bien des cas, les articles sont les mêmes ! L'engouement est tel, qu'aujourd'hui, près de 5 millions de foyers équipés d'un micro possèdent une encyclopédie ou un atlas sur CD-ROM. L'autre évolution majeure tient à l'arrivée d'un nouveau concurrent de poids. Aux côtés des éditeurs établis (Hachette, Larousse...), le multimédia a favorisé l'arrivée du rouleau compresseur Microsoft. En lançant Encarta en 1997, le géant américain du logiciel s'est emparé en quelques années de la première place sur le marché français de l'encyclopédie électronique. D'après une étude du cabinet GfK, Microsoft s'arroge 35 % du chiffre d'affaires du secteur. Selon l'éditeur américain, deux utilisateurs d'encyclopédies sur trois possèdent Encarta ! Autre menace pour l'encyclopédie sur papier : Internet. Grâce aux moteurs de recherche et aux sites documentaires, un internaute peut trouver en quelques minutes une réponse à la plupart de ses questions. Va-t-on vers la mort définitive de l'encyclopédie traditionnelle ? En 1999, au Royaume-Uni, la référence anglaise Encyclopædia Britannica a semblé accréditer cette tendance, en abandonnant temporairement sa version imprimée. Après plus de deux siècles d'existence, elle opérait un virage complet en annonçant une offre de consultation intégrale et gratuite sur Internet, à côté de sa version payante sur CD-ROM. Depuis, l'éditeur Britannica a rectifié sa stratégie : son service Web est devenu payant. Et il a surtout relancé une version papier, qui continue de séduire des clients. Mais celle-ci n'est plus la source de revenus principale. Bref, les grands éditeurs traditionnels ont dû s'adapter. Larousse, par exemple, s'est diversifié en expérimentant l'accès annuel payant à 24 euros (157 F), pour le grand public, à son site Kleio.fr . La formule n'a pas rencontré le succès attendu. L'éditeur revoit actuellement sa stratégie en ligne et prépare une refonte du site. De son côté, Hachette, en plus d'une offre sur CD-ROM, propose depuis plusieurs années un accès gratuit à ses articles sur les portails d'AOL, de Club-Internet, de Voila, et de Yahoo!. Mais la plus fragile reste sans doute l' Encyclopædia Universalis , qui dépend totalement des revenus de son unique ouvrage, contrairement aux autres éditeurs dont le catalogue est plus diversifié. Lancée en 1968, l' Encyclopædia Universalis est née d'une société commune fondée par le Club français du livre et l'éditeur Britannica. Il ne s'agit pas d'une traduction, comme pourrait le faire croire la parenté avec la maison d'édition anglaise. Le contenu de l' Universalis est disponible uniquement en français, avec un texte original.Le plastique est moins cher à fabriquer
Malgré un prix élevé (166 euros, soit 1 089 F), l'Universalis sur CD-ROM et DVD-ROM figure parmi les meilleures ventes, avec environ 100 000 exemplaires par an. Mais le chiffre d'affaires a largement baissé. Très rentable durant les années 80, la société cherche aujourd'hui à éviter le déficit. De lourds investissements ont dû être consentis, pour la conception multimédia. Il faut payer les services d'une hot line informatique pour aider le public à se dépêtrer des problèmes d'installation. Et l'ajout indispensable de vidéos, d'images ou de sons alourdit les budgets. Un seul extrait musical coûte plusieurs centaines d'euros. Mais le support électronique a tout de même plusieurs avantages pour l'éditeur. Un CD-ROM est beaucoup moins cher à fabriquer : quelques euros seulement, contre plusieurs centaines d'euros pour imprimer, relier et emballer les 28 tomes grand format de la version papier. Il permet aussi d'économiser sur le stockage et la livraison. Même si le CD-ROM rapporte moins à l'unité, il reste rentable. La réduction des marges doit-elle faire craindre une baisse de la qualité éditoriale ? " Nous avons conservé notre rigueur et notre méthode de rédaction des articles " , assure Dominique Reyren, responsable du développement chez Universalis. Dans ses locaux, une équipe de douze éditeurs supervise les articles commandés à près de 4 000 auteurs renommés, parmi lesquels figurent plusieurs prix Nobel. Chaque article est relu, discuté et réécrit plusieurs fois. L'opération prend plusieurs mois si nécessaire. Les articles sont signés, mais, pour les auteurs, l'intérêt relève surtout du prestige. La rémunération est très modique : environ 45 euros (295 F) par feuillet commandé. Alors même que le CD-ROM fait baisser les marges, le Web impose sa loi. " Les ventes d'ordinateurs ralentissent. Nous devons explorer d'autres supports de vente, et nous allons élargir notre offre sur Internet " , indique Dominique Reyren.Pour Atlas, le papier appartient au passé
Un abonnement payant permet déjà aux écoles de consulter en ligne l'intégralité des articles de l'Universalis , pour un prix annuel d'environ 1 euros (6,56 F) par élève. Des tarifs pour le grand public sont à l'étude. Mais pourquoi payer quand d'autres sites proposent l'information gratuitement ? On l'a dit, Hachette offre un accès gratuit à son fonds documentaire. Plus largement, le Web apparaît comme une source intarissable, grâce aux sites d'informations par exemple. Certains passionnés publient aussi des travaux remarquables. Une tendance saisie au vol par les éditions Atlas. La société permet à tous les internautes de proposer des articles pour son site Webencyclo.com , à côté du travail d'auteurs salariés. Pour Atlas, l'encyclopédie papier appartient au passé. Malheureusement, le Web n'est pas la panacée. L'information publiée en ligne n'est pas toujours vérifiée avec rigueur. Il faut être connecté au Net, et la recherche est parfois difficile même avec un moteur de recherche aussi efficace que Google. Bref, qu'elle soit sur CD-ROM ou sur papier, l'encyclopédie savante garde encore beaucoup de son intérêt.| Les ouvrages de référence disponibles aujourd'hui | ||||||
| Sur papier | Sur CD-ROM et DVD-ROM | Sur Internet | ||||
| Encyclopædia Universalis | 28 tomes reliés en cuir, pour environ 2 880 euros (18 892 F). C'est l'édition 2002. 7 000 exemplaires disponibles. | 30 000 articles et 18 000 illustrations multimédias, pour environ 166 euros (1 089 F). Mise à jour annuelle par CD-ROM. | Tout le contenu de l'encyclopédie papier, réservé aux lycées et centres de formation (1 euros ou 6,56 F par élève). Tarifs grand public à l'étude. |
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| Encyclopædia Britannica | 32 volumes, en anglais, pour environ 2 055 euros (13 480 F). 65 000 entrées et 24 000 illustrations. | 80 000 articles dans la version de base à environ 65 euros (426 F), sur CD-ROM. Des éléments multimédias en plus dans la version Deluxe à environ 112 euros (735 F), sur DVD-ROM. | 72 000 articles et 10 000 illustrations, accessibles avec un abonnement annuel de 57 euros (374 F). |
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| Encyclopédie Hachette | L'édition papier n'est plus disponible. | Plusieurs dictionnaires et deux atlas dans l'Encyclopédie Hachette 2002, de Hachette Multimédia. |
50 000 articles en accès gratuit sur le site. Tout le contenu est disponible gratuitement sur les portails Yahoo!, Voila, Club-Internet et AOL. |
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| Encyclopédie Universelle Larousse | L'édition papier n'est plus disponible. | 150 000 articles et 10 000 illustrations dans l'Encyclopédie Universelle Larousse 2002. |
Nouveau site payant en préparation. | |||
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La mort des encyclopédies papier est-elle inexorable ? Les responsables de l'Encyclopædia Universalis refusent de s'y résigner. " La demande du public s'est affaiblie, mais elle continue d'exister, explique Hervé Rouanet, responsable du budget. Nous avons hésité à mettre fin à la version papier, que nous avons lentement écoulée. Il ne nous reste plus d'exemplaires de la dernière édition de 1995. Mais nous nous sommes rendus compte que des gens continuent d'apprécier cette forme de consultation. Nous avons donc décidé de publier à nouveau une version 2002 reliée en cuir, en plus du CD-ROM. " De fait, plusieurs institutions publiques, comme la Bibliothèque nationale de France, refusent d'abandonner le papier, notamment pour respecter la préférence des lecteurs. Et des particuliers aisés continuent d'apprécier l'ouvrage. " Les tomes de l'encyclopédie papier sont un symbole de savoir, d'ascension sociale et de luxe, que l'on aime montrer, commente Hervé Rouanet. Et puis, leur lecture est beaucoup plus agréable. "
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