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Cet article est extrait de : L'Ordinateur Individuel

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[ COMMENT VOUS DÉFENDRE CONTRE LES SPYWARES ]
Ces logiciels qui vous espionnent
Il suffit parfois d'installer un logiciel gratuit pour qu'un programme espion, ou spyware, se glisse furtivement dans votre ordinateur. Son but ? Observer votre comportement sur le Web pour alimenter des bases de données commerciales.

Didier Castelnau , L'Ordinateur Individuel, le 28/02/2002 à 08h00

Imaginez que votre ordinateur devienne bavard et révèle subrepticement à une société inconnue toutes les adresses des sites Web sur lesquels vous surfez. Ou tous les mots clés que vous soumettez à votre moteur de recherche favori.

Pire, qu'il transmette, sans vous demander votre avis, les informations que vous avez saisies sur les formulaires de certains sites, par exemple pour vous abonner à une lettre d'information. Ou encore le contenu de vos échanges avec d'autres internautes dans un forum de discussion. Un scénario digne d'un film d'espionnage ? Non, une réalité dont vous êtes peut-être déjà le héros !

Si vous avez par exemple installé iMesh, un outil de partage de fichiers MP3 et vidéo, ou personnalisé Internet Explorer avec la barre colorée Hotbar... bienvenue au club : vous êtes fiché !

Ces programmes gratuits abritent en effet des modules qui transmettent par Internet des informations concernant vos comportements et vos habitudes de navigation. Ces modules qu'on appelle spywares , logiciels espions ou mouchards, sont hébergés par de nombreux programmes. Des noms ? Citons, entre autres, l'excellent logiciel de traduction Babylon, le célèbre programme de transfert de fichiers CuteFTP, ou les assistants de téléchargement GetRight ou Go!Zilla. Et ce n'est là qu'un petit échantillon.

" Plus de 800 logiciels, freewares ou sharewares, aujourd'hui disponibles sur le Net recèlent un composant qui espionne les internautes. C'est un phénomène inquiétant et en pleine expansion : en l'espace d'un an, leur nombre a doublé !  ", fait remarquer Serge Piasek, PDG de CheckFlow, éditeur spécialisé dans les logiciels de protection contre les mouchards.

Généralement le spyware commence par récupérer les informations que l'utilisateur fournit de plein gré, lors de l'installation du programme. Par exemple son âge, son sexe, sa situation familiale, géographique ou professionnelle. Mais le logiciel espion ne s'arrête pas là, et s'intéresse ensuite à ses comportements d'internaute.

Ils peuvent récupérer un numéro de carte bancaire

insi, Mindset, une société américaine de marketing en ligne, a inséré un module dans iMesh qui lui permet de récupérer toutes les adresses des sites Web visités par l'internaute et les informations de tous les formulaires qu'il remplit.

Une procédure dénuée de tout filtrage puisque, de l'avis même de Mindset, le module espion peut enregistrer accidentellement des informations personnelles comme le nom de famille de l'internaute, son numéro de carte bancaire ou son adresse électronique.

Autant de données que la société de marketing se défend bien sûr d'utiliser ou de revendre, à l'instar de la majorité des créateurs de spywares, qui assurent ne pas exploiter de fichiers nominatifs. Quoi qu'il en soit, le logiciel prolonge souvent son intrusion en récupérant également des informations techniques, comme l'espace libre sur votre disque dur, votre configuration (carte graphique, scanner), votre version de Windows, voire l'adresse Internet (adresse IP) qui identifie votre ordinateur sur le réseau.

Une opération qu'il effectue généralement en toute légalité. En effet, les contrats d'utilisation de ces logiciels contiennent presque toujours quelques phrases qui stipulent que des données vous concernant vont être transmises par Internet. Il est vrai que ces phrases sont généralement noyées dans plusieurs pages de texte, écrites en anglais et s'affichant dans une fenêtre de dimensions réduites.

Petit conseil : avant de lancer l'installation d'un programme gratuit, ayez la curiosité d'en consulter les clauses contractuelles. Vous pouvez éventuellement les copier-coller dans Word pour une lecture plus confortable. C'est parfois très instructif !

La complicité intéressée des éditeurs de logiciels

quelles fins sont recueillies toutes ces données ? Difficile de le savoir précisément. Elles alimentent sans aucun doute des bases de données sur le comportement des consommateurs, dans un but publicitaire.

Ainsi, la société américaine Cydoor, dont le spyware du même nom est l'un des plus connus au monde, est spécialisée dans l'affichage, sur le Bureau de Windows ou à l'intérieur de logiciels, de bandeaux publicitaires personnalisés en fonction des données personnelles collectées. Concrètement, un annonceur spécialisé dans l'automobile peut cibler tous les internautes masculins, appartenant à une tranche d'âge donnée et dotés de revenus mensuels supérieurs à 2 000 euros. Il peut même demander l'affichage de sa publicité sur les PC des internautes qui visitent un site concurrent.

Le public visé est large : le mouchard de Cydoor est déjà présent sur les PC de plus de 20 millions de personnes ! Près de 100 000 personnes téléchargeraient involontairement ce module chaque jour, sur des sites comme Download.com ou Clubic.com. Cette présence massive a une explication : Cydoor rémunère les éditeurs de logiciels. Ceux-ci doivent simplement ajouter un petit module espion (environ 200 Ko) à leur programme pour obtenir la moitié des recettes générées par l'affichage des pubs sur l'ordinateur de l'internaute. Une formule qui a séduit les éditeurs de logiciels largement diffusés tels que le programme de recherche musicale Abe'S MP3 Finder, le navigateur Web Opera, ou encore le traducteur Babylon.

Le discours officiel se veut toutefois rassurant. Comme la plupart de ses concurrents créateurs de mouchards (Onflow, Radiate, webHancer, etc.), Cydoor garantit que les données collectées resteront anonymes. L'entreprise américaine dit même avoir abandonné l'utilisation d'un numéro d'identification, qui permettait de ficher tous les comportements associés à un même ordinateur. Le sentiment d'être surveillé agace cependant les internautes.

" Je n'ai rien à cacher, mais personne ne m'a demandé mon avis !  ", s'indigne Frédéric Magnon, ingénieur commercial à Marseille. Il a déjà éradiqué plus d'un mouchard sur son PC grâce au logiciel Ad-Aware, de Lavasoft. "  En plus, ils utilisent une partie de la mémoire vive et occupent de la bande passante lorsqu'ils se connectent à Internet. Bref, cela ralentit mon ordinateur  ", déplore-t-il.

Des abus qui sont rarement sanctionnés

ais les programmes espions trouvent toujours de nouvelles ruses pour s'introduire dans les PC. Fin janvier, un webmestre a découvert le spyware VX2 dans le logiciel de partage de fichiers MP3 AudioGalaxy. Un module que les créateurs du logiciel se défendent d'avoir installé.

Mais ces révélations, parfois relayées par des sites spécialisés comme SpyChecker.com ou Tom-Cat.com, débouchent rarement sur des actions en justice, les auteurs ou éditeurs mis en cause étant la plupart du temps introuvables ou insolvables. Un procès a cependant été engagé aux Etats-Unis.

Un internaute américain a en effet porté plainte contre le groupe AOL-Netscape (devenu depuis AOL-Time Warner). Il accuse le module SmartDownload, qui est associé au navigateur Netscape, d'avoir divulgué des données personnelles sans le consentement des utilisateurs. Serait-ce le début de la riposte ?

Quelques précautions à prendre

Lisez le contrat de tout logiciel téléchargé. Avant d'installer un logiciel gratuit, consultez son contrat d'utilisation. Il évoque peut-être la présence d'un module espion comme Radiate ou Cydoor, ou signale la transmission de données personnelles.

Evitez les téléchargements superflus. Lorsque vous installez un logiciel récupéré sur Internet, refusez l'installation de programmes supplémentaires gratuits. Rarement indispensables, ils dissimulent parfois un mouchard.

Surveillez votre PC. Lorsqu'un spyware envoie des données ou reçoit des bannières de pub, l'icône de connexion Internet clignote et les compteurs d'octets envoyés et reçus s'emballent... Or ce n'est absolument pas normal quand on ne surfe pas !

Informez-vous. Des sites comme www.anonymat.org proposent des articles instructifs sur les spywares. Le site en anglais de Steve Gibson (grc.com), spécialiste en sécurité informatique, évoque en détail la découverte du mouchard SmartDownload d'AOL-Netscape.



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