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01net. : Vous militez pour la terminologie GNU/Linux plutôt que celle de système Linux. Pourquoi ce distinguo ?
Richard Stallman : Je ne tolère pas l'erreur et parler du système Linux est une erreur. Linux est un noyau, pas un système d'exploitation. En 1984, la Free Software Foundation a commencé à développer un ensemble de logiciels libres (compilateurs, librairies, éditeurs, etc.), baptisés GNU - signifiant GNU is not Unix, GNU n'est pas Unix -, pour les systèmes Unix. C'est seulement en 1991 que Linus Torvalds a créé le noyau Linux, en utilisant les logiciels GNU.
Les soi-disants systèmes Linux sont donc le noyau Linux plus les logiciels GNU. Par conséquent, on doit parler de système GNU/Linux plutôt que de Linux. D'ailleurs, de mon point de vue, c'est plutôt GNU que Linux ! Nous avons commencé ce travail avec un idéal : la liberté. Linus Torvalds ne partageait pas notre but et ne le partage toujours pas aujourd'hui. Il fait partie de la communauté open source.
Quelles différences percevez-vous entre les adeptes du logiciel libre et les partisans du mouvement open source ?
Moi, je suis pour les logiciels libres, donc je ne peux pas parler au nom de ceux qui se contentent d'être open source. Disons que les autres font de la coopération mais pas de l'éthique, ils ne se soucient pas de morale.
Quels est votre idéal de liberté, de morale ? Quel but poursuivez-vous ?
Le logiciel libre, c'est : Liberté, Egalité, Fraternité. La liberté, c'est de pouvoir utiliser n'importe quel programme et de le modifier si l'on en a envie. C'est aussi de pouvoir copier un programme et le donner à un ami, par exemple.
L'égalité, c'est accepter que tous les utilisateurs aient les mêmes droits. Enfin, la fraternité, c'est de coopérer ensemble pour partager ses trouvailles, améliorer les logiciels.
Admettons que je sois développeur. Ma liberté, c'est aussi de choisir si je veux vendre du code source sous une licence propriétaire ou une licence libre comme la GPL ?
Non ! Le logiciel propriétaire est immoral et ne doit pas exister. Si vous me donnez une copie de ce programme, j'ai le droit de l'utiliser librement. Les utilisateurs ont le droit de décider eux-mêmes ce qu'ils font des logiciels qu'ils utilisent.
Le choix n'est pas aux développeurs, on ne laisse pas les entreprises ou un tyran décider. Vous n'avez pas le droit d'imposer vos préférences. La mission de la FSF est de convaincre les utilisateurs de ne plus tolérer de logiciels propriétaires.
La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres, se plaît-on à rappeller. La liberté que vous prônez est celle des utilisateurs, pas celle des développeurs ?
[Haussant le ton, agacé] Je n'aime pas vos questions genre " avocat du diable ". Ce n'est pas un moyen d'aborder positivement les problèmes et je n'ai pas envie d'y répondre. Tout ce que je dis, c'est : vous avez une copie d'un programme, vous en faites ce que vous voulez, et c'est tout.
Comment les entreprises développant des logiciels libres peuvent-elles vivre de leurs programmes ?
Cette question ne m'intéresse pas. Moi, je suis contre la société de marché. Je dis : tant qu'on respecte les libertés des autres, on peut faire du commerce. En revanche, si vous développez un programme mais que vous avez peur qu'on vous emprunte des idées, alors, ne faites rien !
Les utilisateurs de logiciels se soucient-ils vraiment des libertés que vous défendez à la FSF ?
C'est le problème. Beaucoup de gens ne recherchent pas la liberté. Les gens ont été éduqués à supposer que la liberté est impossible dans le domaine des logiciels. Il faut leur apprendre, qu'ils comprennent que les entreprises font croire que le logiciel propriétaire est quelque chose de naturel. Pourtant, c'est faux.
Cette semaine, vous rencontrez hommes politiques et décideurs pour les convaincre de renoncer aux brevets logiciels. Quel accueil réserve-t-on à vos idées ?
Je note un véritable intérêt de la part du gouvernement et des hommes politiques français. Hier soir, j'ai rencontré Noël Mamère [candidat des Verts à la présidentielle l'année prochaine], et je crois qu'il a compris le sens de notre action.
Existe-t-il un niveau de brevetabilité acceptable ?
Je pense qu'il est plus facile de chasser entièrement les brevets que de définir, au cas par cas, ce qui est acceptable ou non. Les brevets sont une affaire de bureaucratie, et ajuster le comportement d'une bureaucratie est trop difficile. Ma réponse est donc négative.
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