" J'ai confiance dans votre capacité à poursuivre et à amplifier le développement économique. " Ainsi s'exprimait hier Lionel Jospin devant un parterre d'acteurs de l'Internet et des NTIC. Ces " entreprenautes " étaient réunis dans le cadre de l' EBG (Electronic Business Group) présidé par François-Henri Pinault.
Le Premier ministre s'est voulu rassurant quant aux difficultés économiques actuelles qualifiées de " conjoncturelles " . Soucieux de soutenir le moral des troupes, Lionel Jospin n'était pas venu les mains vides. Il a ainsi annoncé la création d'ici à la fin de l'année d'un fonds de coïnvestissement destiné à aider les jeunes pousses à compléter ou renouveler leurs tours de table. D'un montant initial de 60 millions d'euros, celui-ci pourra être augmenté par la Banque européenne d'investissement.
" Rien ne justifie un surcroît de pessimisme "
Par ailleurs, une enveloppe de 150 millions d'euros, récemment débloquée par Bercy, sera consacrée au soutien aux PME et à " l'augmentation de l'effort public en faveur de l'innovation ".
Pour le Premier ministre, face à la crise, " rien ne justifie qu'un surcroît de pessimisme succède à un excès d'enthousiasme ". Dans le même temps, le candidat putatif à l'élection présidentielle qu'il est aussi affichait son ambition " que la France devienne l'économie numérique la plus dynamique d'Europe ".
Et Lionel Jospin de dresser un bilan assez flatteur de l'action menée par les pouvoirs publics en matière de NTIC depuis son arrivée à Matignon en 1997. Il a ainsi évoqué, pêle-mêle, l'adoption des bons de croissance, la création de fonds de capital-risque, l'inévitable " lutte contre la dimension territoriale du fossé numérique " et les progrès accomplis dans le domaine de l'administration électronique.
Aujourd'hui, se tiendra à Matignon un nouveau Cisi (Comité interministériel sur la société de l'information), qui devrait, entre autres choses, fixer les modalités d'un " guichet électronique unique " pour l'ensemble des démarches administratives. Sa création est prévue pour 2005.
Pour l'heure, le portail Service-public.fr fait office de porte d'entrée unique vers l'Administration en ligne. Selon Nielsen-NetRatings, ce site a été consulté en octobre 2001 par 333 823 internautes visiteurs.
Tout est parti d'une tribune du président de l'Electronic Business Group, François-Henri Pinault publiée le 8 novembre dans Le Monde . Sans faire l'impasse sur la situation économique, l'entrepreneur y fustigeait " les non-sens qui nient la réalité " , et ce " chant des pleureuses " dont une certaine presse économique se ferait le relais.
Le président de l'EBG y annonçait son intention " de ne pas abandonner l'espace de l'expression publique " aux mauvais augures.
Le ton était à la mobilisation générale, et les adhérents de l'EBG se sont donc retrouvés hier soir pour resserrer les rangs. Au programme, en préambule du discours de Lionel Jospin, un débat format " Dossiers de l'écran ".
Chacun des intervenants disposait de trois minutes pour faire part à l'auditoire de son optimisme pour les mois à venir. Un exercice périlleux où, malgré la bonne volonté des participants, l'optimisme était parfois un peu poussif.
Pour l'économiste de marché chez HSBC Antoine Brunet, " nous sommes aujourd'hui dans une récession internationale " , mais grâce aux efforts des autorités, " aux réglages généreux des banques centrales et au contre-choc pétrolier (...), la reprise peut être attendue pour le second semestre 2002 " .
De son côté, Frédéric Rombaud, d'Apax Partners, opte pour une démonstration emprunte de méthode Coué. " Le capital investissement traverse une crise sans précédent. Beaucoup de fonds investis dans les start-up vont disparaître. Certains LBO ne permettront pas de retour sur investissements. " Mais il reste des raisons d'espérer. Tout d'abord, " le capital investissement continue. Il en est de même pour la loi de Moore ". Et enfin, citant le cas de Microsoft, " c'est en période de crise que se créent parfois les plus belles entreprises " .
Plus pragmatique, le responsable de Renault présent sur le plateau confirme que la plate-forme mondiale de B-to-B Covisint est une réalité et que, grâce à elle, le constructeur automobile escompte faire une économie de 300 euros par voiture à l'horizon 2004.
Restaient les acteurs plus spécifiquement ancrés dans l'activité et le média Internet.
Pour Cyril Zimmermann, fondateur et directeur de la régie publicitaire Hi-Media, " les doutes sont derrière nous " . Et si l'on retrouve moins de start-up parmi les annonceurs, les entreprises traditionnelles adoptent le média.
Enfin, pour commenter la vie des médias, le directeur général du Monde Interactif (dont la version papier vient de s'arrêter), Bruno Patino, se sentait d'humeur très rock-and-roll. Parler avant le Premier ministre, " c'est un peu comme faire la première partie des Rolling Stones " , a-t-il indiqué.
Selon lui, la viabilité du modèle payant en matière de presse électronique reste à démontrer, et le Wall Street Journal (souvent cité en exemple dans ce domaine) penserait même créer une zone de gratuité pour février 2002.
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