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E-BUSINESS

Le nouveau business du sexe

Le sexe est le plus vieux business du monde, certes. Mais le multimédia rebat les cartes, renouvelle les acteurs et ouvre de nouvelles perspectives. Gros plan sur la seule cash-machine du web.
La rédaction, Newbiz (n° 12), le 24/08/2001 à 16h00
" Parlez-vous durant un 69 ? - Non. Il y a un risque : l'écho. - Vous arrive-t-il de jouir pendant un 69 ? - Non. C'est pour ça que je suis contre, d'ailleurs. " Ce dialogue surréaliste inaugurait, le 31 mai dernier, la première émission de mysexytv.com.
Ce jour-là, Estelle Desanges, une star du X reconvertie en présentatrice, recevait le dandy provocateur Frédéric Beigbeder. Derrière l'écran ? Le bouquet de télés internet Canalweb. " Je les avais appelés il y a un an, mais ils m'avaient gentiment dit qu'ils ne donnaient pas dans le sexe. Et, aujourd'hui, ils réclament mes interviews strip-tease ! " , s'amuse Olivier Nicolas, le patron d' orgsex.com. En 2000, fort de sa levée de fonds de 130 millions de francs, Canalweb ne jurait effectivement que par l'internet gratuit. Aujourd'hui, il veut des émissions rentables. Le sexe en ligne serait-il la recette magique ? La (seule) cash-machine du Net ?
Une chose est sûre : personne ne sait exactement ce que rapporte le business du cybersexe. Les patrons du web rose préfèrent dévoiler les charmes des actrices porno que leur chiffre d'affaires. Mais ils ne peuvent occulter la vitalité de leur business. NetValue estime que 27 % des internautes français ont fréquenté un site adulte (comprenez érotique) en mars 2000 tandis que Forrester affirme que 20 % des surfeurs américains font de même. Cette industrie est l'une des plus rentables du web. " Les sites de contenu qui produisent et diffusent des images porno affichent 50 ou 60 % de marge opérationnelle " , affirme Mark Tiarra, le patron du groupe du même nom (qui réunit quarante sites X) et président d'un grand lobby du métier. Comment font-ils, lui et ses semblables, pour dégager autant de bénéfices ? Et qui profite de l'argent des cybervoyeurs ?
Pour les sites de sexe en ligne, la rentabilité est une nécessité. En effet, quand on s'appelle Baise-moi.com, les capital-risqueurs ne se précipitent pas pour vous financer... Le modèle économique de ces sites repose donc sur l'entraide entre " gens du milieu ", voire entre concurrents.
Selon le portail spécialisé sextracker.com, le Net abriterait quelque 280 000 sites gratuits, baptisés " tinies ". L'internaute y accède par un moteur de recherche classique, par un portail spécialisé ou par un annuaire thématique (blondes, gros nénés, gays...). Le rôle de ces tinies ? Appâter le chaland vers les sites payants. Et là, tous les moyens - même les plus tordus - sont bons. Combien de sites adultes payants sur le Net ? Impossible à dire. On sait seulement qu'ils appartiennent le plus souvent à de grosses sociétés, les " fancies ". Ces dernières rétribuent les sites gratuits pour leurs bons services. En leur donnant, par exemple, 300 dollars pour chaque nouvel abonné recruté par leur intermédiaire ou 50 % du montant des achats effectués dans leur cyberboutique.
Sur les sites payants eux-mêmes, les idées pour faire entrer de l'argent ne manquent pas. La plus efficace ? Le " dialer ". Ce kit de connexion téléchargeable permet à l'internaute de payer ses consommations à la minute. Comme pour le Minitel, elles sont surtaxées : de 5,53 francs la minute à... 30 francs lorsque l'utilisateur est " balancé " (à son insu) sur un numéro aux Bahamas.

Le but des sites gratuits ? Attirer l'internaute vers les sites payants

Autre originalité du secteur : il profite à des milliers de particuliers, les webmasters. " Ils ont entre 19 et 25 ans, sont célibataires, souvent étudiants, et ils consacrent entre trois et cinq heures par jour à cette activité " , résume Benjamin, 20 ans, webmaster de six sites X et de loftstoryx.com.
Leurs gains ? Entre 2 000 et 15 000 francs par mois. Certains " ténors " gagneraient même jusqu'à 40 000 francs. Les webmasters qui se découvrent ainsi une vocation sont tentés de monter leur société. Dans le métier, en effet, on peut facilement démarrer petit, avec deux à cinq salariés. Les plus actifs exploitent souvent une niche.
Pour orgsex.com, par exemple, Olivier Nicolas a ciblé les couples échangistes et joué sur l'impertinence (grâce à ses fameuses strip-interviews, convoitées par Canalweb). Aujourd'hui, il se diversifie, mais avec ses 2,5 millions de francs de chiffre d'affaires, il ne peut pas concurrencer les grands fancies. " Les trois plus grosses sociétés américaines pèsent de 60 à 80 millions de dollars de chiffre d'affaires et emploient de 60 à 100 personnes " , indique Luke Ford, journaliste canadien spécialisé dans le cybersexe.
Dans la hotte des fancies, il y a toujours plusieurs sites (Voice Media revendique neuf sites payants et 3 000 sites " rabatteurs " gratuits) et une large gamme d'activités : production et revente de contenus (photos, vidéos, shows en direct), messageries roses, sex-shop en ligne... Depuis deux ou trois ans, ces " pure players " sont concurrencées par les filiales internet des éditeurs classiques, comme Playboy ou Penthouse... qui, eux, ont du mal à décoller sur le web.
Aux États-Unis, Playboy.com, par exemple, a raté son introduction en Bourse. En Europe, le leader Private Media - qui produit des images vidéo - a fait, lui, une belle percée. En 2000, le Net a représenté 5,3 millions de dollars de son chiffre d'affaires, sur un total de 27,1 millions. En revanche, le leader français, Vidéo Marc Dorcel, reste sur la touche, avec seulement 500 000 francs de recettes web pour un chiffre d'affaires total de 34 millions.

Les opérateurs télécoms sont les grands bénéficiaires du cybersexe

Mais les vrais gagnants du cybersexe sont ailleurs. Au premier rang des bénéficiaires, les intermédiaires des kits de connexion. Ces sociétés ouvrent des lignes surtaxées auprès des opérateurs (France Télécom, en France) et les louent ensuite aux petites sociétés ainsi qu'aux webmasters (qui, en tant que particuliers, n'y ont pas accès). En France, trois anciens du Minitel rose squattent ce créneau : 123 Multimedia, Creanet et Néocom. " Nos solutions de paiement à la durée sur l'internet nous rapporteront, cette année, 100 millions de francs, sur un chiffre d'affaires total de 150 millions " , affirme Laurent Sarver, PDG de Creanet.
Autres grands bénéficiaires, les opérateurs. France Télécom s'attribuerait, selon ses clients, environ 25 % du chiffre d'affaires dégagé par les kits de connexion. Chez l'intéressé, on parle plutôt d'une commission de 12 % sur les appels à 9,21 francs la minute et d'un volume d'affaires de 100 millions de francs, " dont une très faible minorité en faveur des sites roses " .
Peu importe. Les nababs du cybersexe fantasment déjà sur les nouvelles recettes pour faire payer l'internaute. La mode est à l'audioweb. Cette technique permet de dialoguer par téléphone avec les actrices porno tout en les regardant s'effeuiller sur l'écran de son PC. Et le journal anglais New Science indique qu'en Australie un chercheur vient de déposer un brevet pour une poupée gonflable réagissant à des impulsions déclenchées via l'internet. Le jour où une telle créativité secouera les autres secteurs du commerce électronique, l'e-business, c'est sûr, décollera.

Les dix sites adultes les plus fréquentés en France

 
 Nom des sites     Commentaires     Nombre de visiteurs uniques * 
 parisvoyeur.com     Site phare de la société française Carpe Diem     417000 
         
 pasdeproblemes.com     Énorme galerie (500 000 photos et 200 000 vidéos)     351000 
         
 baise-moi.com     Site " hard " de la société québécoise Faitdufric.com     283000 
         
 http://sex.lordgun.com     Annuaire thématique de sites de sexe     231000 
         
 babenet.com     Galerie de 60 000 photos et 10 000 vidéos     190000 
         
 toperotique.com      Portail français regroupant 2 000 sites érotiques     178000 
         
 porncity.net      Hébergeur de sites adultes gratuits      177000 
         
 contactreel.com     Site de messagerie coquine et de rencontre de Carpe Diem     167000 
         
 3xfree.com     Annuaire de vidéos " hard " à télécharger      164000 
         
 sexy-hit.com     Annuaire thématique de sites adultes gratuits     163000 
 
* En mars 2001.

Source : Netvalue, mai 2001.

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