" Notre politique de croissance externe ne s'arrêtera pas tant que nous ne serons pas numéro un en Europe ", assène Renato Soru, PDG et fondateur de Tiscali . Une ambition imperturbable dans un contexte pourtant meurtrier pour l'ensemble des FAI européens indépendants, entraînés dans une spirale de consolidation rapide depuis deux ans.
Cinq opérateurs à l'échelle européenne
Sceptiques, les analystes estiment néanmoins que l'année 2001 devrait marquer la fin des derniers grands FAI indépendants en Europe, incapables de trouver les moyens d'assurer leur indépendance financière. Jusqu'à ce matin, on en comptait cinq. Tiscali et LibertySurf - qui ne font plus qu'un désormais -, mais aussi Freenet (Allemagne), Germany.net (Allemagne) et Scandinavia Online (Suède).
L'an passé, cinq opérateurs de l'accès Internet (Freeserve, World Online, Ya.com, Club-Internet, Spray Networks) étaient déjà tombés dans l'escarcelle des quatre grands du secteur (Wanadoo, Tiscali, T-Online, Terra Networks).
De fait, Tiscali est le seul FAI indépendant à avoir procédé à des acquistions et à se retrouver ainsi au coude-à-coude avec des opérateurs télécoms historiques et le géant américain AOL-Time Warner. L'allemand T-Online , leader incontesté au niveau européen avec près de 7 millions d'abonnés actifs au 30 septembre, et Wanadoo, avec environ 4 millions d'abonnés actifs à la même date, sont les filiales Internet respectives de Deutsche Telekom et de France Télécom.
Le géant AOL-Time Warner est dans une situation intermédiaire. Historiquement, la société dirigée par Steve Case est un pure player de l'Internet. Cependant, l'arrivée en Europe de l'américain a été grandement facilitée par les succès engrangés outre-Atlantique.
Le tournant World Online
C'est à l'automne dernier que le petit FAI italien a pris son envol continental grâce au rachat de World Online. Tiscali s'est en effet offert le FAI néerlandais à la suite du scandale provoqué par l'ancienne présidente de la société, Nina Brink, qui avait vendu l'ensemble de ses parts juste avant l'introduction en Bourse de la société .
Cette acquisition constituait a posteriori une double bonne affaire pour l'italien. D'une part, Tiscali a ainsi récupéré les 4 millions d'abonnés de la société batave, qui représentaient jusqu'à aujourd'hui près de 60 % de son portefeuille d'abonnés.
D'autre part, il s'est emparé de la trésorerie de World Online, consituée à l'occasion d'une entrée en Bourse euphorique. Tiscali dispose de 1,5 milliard d'euros dans ses coffres avant le rachat de LibertySurf, qui lui apportera de son côté 359 millions d'euros complémentaires. Un trésor conséquent pour partir à la conquête de nouvelles parts de marché.
Reste nénamoins à convaincre les analystes de la viabilité du modèle économique de Tiscali (reversement des tarifs d'interconnexion, publicité et commerce électronique). Pour Hellen Omwando, analyste spécialiste des ISP et portails chez Forrester , les mastodontes T-Online et Wanadoo devraient s'imposer à terme. Il leur faudra néanmoins compter avec l'italien et ses ambitions de numéro un.
Tiscali prouve donc qu'il est possible de réussir dans l'Internet européen en partant de rien ou presque. Créée en 1997, la société était un acteur local, en l'occurrence en Sardaigne, jusqu'en avril 1998.
A cette date, Tiscali obtient une première licence qu'il lui permet d'offrir de la téléphonie sur IP sur sa terre d'élection, mais également à Milan et à Rome. En mars 1999, cette autorisation est étendue pour l'intégralité du territoire italien.
En mars 1999, et à peine un mois avant LibertySurf, Tiscali lance TiscaliFreeNet, son service d'accès à Internet gratuit.
Le modèle économique repose notamment sur un contrat spécifique avec Telecom Italia, l'opérateur historique en Italie. En juillet 1999, Tiscali met en place un service d'accès à haut débit, grâce à un accord sur mesure à long terme avec Autostrade Telecommunicazioni.
En octobre 1999, Tiscali se lance à l'assaut de l'Europe en s'introduisant en Bourse au prix minimal de 4,6 euros par action.
La valorisation de la société atteignait alors près de 470 millions d'euros. Malgré un parcours tourmenté en Bourse et un contexte morose, cette dernière est désormais estimée à 1,134 milliard d'euros après le rachat de LibertySurf.
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