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Il a fallu trois ans au Nasdaq de Wall Street pour faire atterrir les cours des dot com, et " ruiner ", en une seconde, les millionnaires virtuels de l`internet. Par ricochet, le printemps 2000 fut aussi fatal au Nouveau Marché de Paris, via les titres TMT (technologie, médias, télécommunications). Mais les valeurs internet les plus anciennes n`avaient guère plus d`un an et demi d`existence en France. Fi System, par exemple, est entrée le 7 octobre 1998 sur le marché de Paris : " Les web agencies cotées sur le marché français ont perdu entre 60 et 90 % de leur valeur sur leur cours le plus haut, et cela n`avait rien à voir avec la réalité de leur travail ", se souvient Denis Lafont, vice-président corporate development chez Fi System, entreprise qui ne se considère plus depuis longtemps comme une start up.
La folie haussière de l`année 1999, qui avait vu l`augmentation artificielle de 200 % de certaines valeurs d`entreprises françaises spécialistes de l`internet, s`est transformée en folie baissière dans le sillage du Nasdaq. Pire, certaines valeurs sont passées sous leurs cours d`introduction et y restent depuis. C`est le cas de Bourse Direct et de Fimatex, courtiers en ligne, de Multimania, site de communauté, de Net Value, société de mesure d`audience sur internet, de Père-Noël. fr, cybermarché atypique mais pugnace. . . D`autres s`en tirent mieux, à l`image de Fi System justement qui, entrée en Bourse au cours de 16,77 euros (devenu 3,354 euros après le passage de la valeur nominale de l`action de 5 à 1 franc), est monté à 160 euros en février 2000 avant de revenir à 18,35 euros début novembre : " Son cours est massacré ", estime cependant Pierre Rémy, directeur de Spef IPO (*) et de Spef e-fond, deux fonds de capital-risque, filiales des Banques Populaires. " La volatilité des marchés est extrême sur les valeurs hight-tech et internet, et ces marchés sont malheureusement moutonniers. Le Nasdaq fait la loi à Paris, c`est sidérant ", poursuit-il. Mais le bon sens indique que les marchés " ont toujours raison ", estime-t-il encore, même si Paris a tort de suivre les Américains à la lettre alors que la nouvelle économie française est plus récente. " Les temps de réaction des analystes français sont de plus en plus courts, et ils n`ont pas le recul nécessaire " , déplore Lennart Brag, président de Net Value. Problème: comment analyser l`historique d`une société qui n`en a pas au moment de son introduction en Bourse ? C`est là la principale difficulté que rencontrent les introducteurs pour fixer un cours, les investisseurs pour le soutenir. C`est bien pourquoi la période de préparation à l`entrée doit porter sur plusieurs mois, voire une année, pour essayer de rendre pertinents les modèles d`analyses généralement dévolus à l`ancienne économie. Quelques critères de l`ancienne économie servent à suivre la vie de la société : - le PER (Price Earning Ratio ), qui représente le rapport cours/bénéfice. Il se calcule en divisant le prix de l`action par le bénéfice net par action. Si le résultat obtenu est faible, l`action fléchira ; - le ratio de rendement, qui se calcule en divisant le dividende par le cours de l`action : un fort rendement influencera le cours de l`action par le haut ; - le ratio capitalisation/chiffre d`affaires, qui est un bon thermomètre pour les start up, à condition que le titre soit stable, sinon la capitalisation boursière dégringolera avec la chute du cours et le ratio s`étiolera. Par ailleurs, la projection d`objectifs est aléatoire pour une dot com tant que le titre n`a pas prouvé ses forces ou montré ses faiblesses. . . D`autre part, les business plan sont souvent gonflés, ce qui a pour effet de rendre quasiment impossible le respect des prévisions, outil principal d`analyse des start up. Les investisseurs pensent alors, à bon droit, que l`entreprise a été surévaluée à l`introduction et ils la sanctionnent sur le marché. Aussi, les entreprises ont-elles intérêt à formuler des prévisions prudentes, à anticiper et expliquer au plus tôt les dérapages pour éviter la chute des cours lors de l`annonce des résultats définitifs de l`exercice. Leur communication trop exclusivement basée sur l`analyse financière doit également faire une part plus importante à leur environnement général. Par ailleurs, la croissance du chiffre d`affaires n`est prise en compte que si elle s`accompagne de résultats nets positifs ; or, les dot com mettent deux à trois ans avant de quitter le rouge. Les start up sont parfois amères, la plupart sont lucides. Elles notent toutes un manque de sélectivité du marché, qui a " tendance à tout confondre dans l`internet. Le marché financier a du mal à faire de la segmentation, or, on reconnaît cinquante business différents dans l`internet en Europe, et ils ne peuvent pas s`apprécier chacun de la même manière ", affirme Denis Lafont. Charles Moranes, directeur général de Fimatex, pense " que le modèle gratuit est condamné et que cette condamnation pèse sur l`ensem- ble du marché " . C`est ainsi que Multimania peine à retenir les internautes sur ses pages propres avec publicité ou sur sa place de marché. Le cybermarché Père-Noël. fr a vu son cours chuter de 50 % depuis le 6 avril 2000, date de son IPO, la veille du krach de Wall Street ! Pas de chance : la répercussion est immédiate et injustifiée. Aujourd`hui l`action est à 8,5 euros, et pourtant la société prospère ! Elle détient 4,2 % de part d`audience des internautes français. " On ne communiquait pas assez , avoue Jean-René Bouton, directeur commercial. Or, la Bourse a besoin d`être informée. On rectifie le tir maintenant en annonçant des résultats trimes- triels et en faisant savoir que notre meilleure publicité est le marketing viral. Elle ne nous coûte rien, mais nous isole un peu de l`extérieur, c`est vrai. " Le marché a horreur de ne pas savoir, surtout quand il s`agit d`une société à capitalisation très faible comme Père-Noël. fr (150 MF) et d`un faible flottant (4 % du capital seulement). Les dirigeants ont intérêt à intégrer quelques règles de bon fonctionnement pour assurer une tenue correcte de leur cours en Bourse : - avoir un bon produit doté de bonnes capacités d`évolution sur un marché porteur ; - avoir la capacité de développer la clientèle disposant d`un pouvoir d`achat suffisant ; - être le premier arrivé sur son segment de marché ; - satisfaire l`utilisateur grâce à l`ergonomie du site et à la relation directe établie avec lui ; appuyer sa croissance sur le réseau formé par les utilisateurs. A cette liste, Lennart Brag ajoute qu`il faut avoir " du temps devant soi, du financement, de la trésorerie, des compétences de gestion, des partenariats solides, la maîtrise des investissements, une technologie propriétaire ". C`est beaucoup et il faut le faire savoir aux marchés. Cela passe forcément par les analystes. Des analystes capables de comprendre le fonctionnement positif d`entreprises qui ne génèrent souvent que des pertes ! Or, pratiquement toutes les entreprises du Nouveau Marché constatent un manque cruel d`analystes formés à cette nouvelle démarche. De là à les rendre responsables de tous leurs maux, le pas est vite franchi. (*) IPO : initial public offering.![]() |
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