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Une course de voitures dans Excel, un flipper dans Word… Vos logiciels cachent de drôles de surprises Thibault Bertrand

Une course de voitures dans Excel, un flipper dans Word... Vos logiciels cachent de drôles de surprises
Sans rien dire à personne, ou presque, les développeurs déposent dans les logiciels des petits programmes. Ces oeufs de Pâques, comme on les appelle, sont bien dissimulés. Mais offrent, à qui sait les dénicher, d'heureuses surprises.

Thibault Bertrand , L'Ordinateur Individuel (n° 122), le 01/11/2000 à 00h00

Contrairement à leurs homologues en chocolat, ils ne sont pas comestibles ni ne se nichent au pied des arbres ou dans le creux d'un mur. En re-vanche, leur découverte est une affaire autrement plus complexe. Car ces petits pensionnaires clandestins sont d'une discrétion sans égal. Tapis quelque part dans nos logiciels, ils se fondent de manière totalement invisible dans les innombrables lignes de code qui les composent.

Ces oeufs de Pâques d'un genre bien particulier peuvent se manifester sous de multiples formes : un écran affichant une liste de développeurs à la façon d'un générique de film, un menu inédit permettant d'accéder à des fonctions amusantes, une petite animation en 3D, ou encore un jeu... La seule façon de les dénicher est d'effectuer une combinaison secrète de touches, de clics et de commandes, dans un ordre précis.

Une pratique née dans les années 70

Quelle que soit leur forme, ces Easter eggs ou gang screens , comme on les appelle outre-Atlantique, où ils sont nés, possèdent un point commun : fruit d'une démarche purement gratuite et personnelle des programmeurs, ils échappent à l'emprise de l'éditeur du logiciel. C'est d'ailleurs pour cette raison que les cheat codes des jeux, ces combinaisons de touches qui permettent d'accéder à des niveaux, des armes ou des pouvoirs spéciaux, ne sont pas des oeufs de Pâques, car ils font partie intégrante du cahier des charges du jeu.

Méconnus, les oeufs de Pâques existent pourtant depuis la nuit des temps - de la micro-informatique s'entend. Cachés dans les lignes de commande d'Unix, les premiers sont apparus aux Etats-Unis dans les années 70. Au début, ces petits logiciels pirates n'étaient pas destinés aux utilisateurs, mais plutôt à la caste des programmeurs elle-même. Le phénomène partait d'une idée simple : laisser une trace, quelque part dans le logiciel, du nom des personnes ayant participé à son développement. Une motivation somme toute légitime, puisque, à l'exception du numéro de version et du nom de l'éditeur, aucune allusion n'est jamais faite aux auteurs du programme.

Parfois, ils font même de la musique

Au fil du temps, les technologies se sont améliorées, les PC sont passés à l'ère du multimédia, la 3D est apparue, et les oeufs de Pâques sont devenus de plus en plus sophistiqués. L'apparition de Windows, dans les années 90, a donné une dimension supplémentaire au phénomène, en permettant aux programmeurs d'exploiter des ressources multimédias pour concevoir des Easter eggs plus visuels, et parfois même musicaux. L'envie de se distinguer aidant, les plus inventifs ont ainsi pu laisser libre cours à leur créativité pour concevoir des oeufs de Pâques encore plus aboutis et tenter de se différencier ainsi de leurs confrères.

Enfin, grâce à Internet, l'engouement a peu à peu débordé le cercle des initiés pour toucher une population de passionnés ou de curieux. On trouve même sur le Web des sites, souvent conçus par des programmeurs, recensant des centaines d'oeufs, dans tous les domaines possibles, des logiciels grand public aux routeurs d'entreprise, de l'environnement Windows à celui du Mac, en passant par Unix...

Afin d'éviter de se mettre à dos leurs équipes de développeurs maison, les entreprises ont toujours fermé les yeux sur ce phénomène. Interrogé sur cette question sur le site de Microsoft par un utilisateur, Bill Gates, d'ordinaire pourtant peu disert sur le sujet, reconnaissait tolérer les Easter eggs : " Je ne suis pas contre, à condition qu'ils ne nécessitent pas trop de temps de développement et qu'ils n'utilisent pas trop de ressources. " C'était en 1996. Depuis, silence.

On peut se faire licencier pour ça

Visiblement, rien n'a véritablement changé puisque l'on trouve toujours des oeufs de Pâques dans les derniers logiciels sortis. Ou presque, comme l'indique Pascal Brier, directeur marketing produits de Microsoft France : " Ces programmes sont effectivement tolérés, mais pas dans les logiciels serveurs, comme Exchange ou Windows 2000 Serveur, qui exigent des impératifs de sécurité très stricts. "

En cas de pépin, l'éditeur pourrait être mis en cause. D'après lui, le phénomène serait parfaitement maîtrisé : " Les directeurs de projet savent parfaitement si les programmes développés par leurs équipes contiennent des oeufs de Pâques. A eux de juger s'ils sont acceptables ou non. "

Pour l'heure, les seuls dommages causés par un tel logiciel concernent un développeur de la firme Maxis, l'éditeur du célèbre jeu Sim City , licencié pour avoir caché un oeuf dans le jeu Sim Copter . Toutefois, l'histoire ne dit pas, si, en guise de cadeau d'adieu, l'infortuné programmeur s'est vu offrir un oeuf en chocolat.


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