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Yves Contassot : ‘ Il faut protéger la population partout, et dans les mêmes conditions ‘

Le maire-adjoint à la Ville de Paris revient sur la signature de la Charte relative aux antennes relais, sur fond de débat houleux entre les opérateurs et les associations.

01net. : Le dernier rapport de l’AFSSE (Agence française de sécurité sanitaire environnementale) sur la téléphonie mobile considère que les inquiétudes sur les antennes relais ne sont pas
scientifiquement fondées. Partagez-vous ces conclusions ?
Yves Contassot : Les experts sont des gens qui, à un moment donné, font état de leurs connaissances et de leur point de vue. Je considère que la responsabilité des politiques est de les écouter, de les entendre mais
pas forcément de les croire.La Mairie de Paris a signé le 20 mars dernier
une charte avec les trois opérateurs : dans quel climat se sont déroulées ces négociations ?
Les opérateurs ont d’abord eu des mots très durs vis-à-vis des élus. Ils étaient convaincus que la Ville de Paris voulait édicter une nouvelle réglementation, et remettre en cause le décret du 3 mai 2002. Nous n’étions clairement
pas dans la même logique. Il s’agissait pour nous de partir des individus. Peu importe ce qu’une antenne crache, la question est de savoir ce que les gens reçoivent. Par la suite, nos interlocuteurs ont changé. Et une volonté de trouver un accord
est vite apparue.La Ville de Paris et les opérateurs ont défini une méthode de calcul pour établir le niveau moyen effectif d’exposition des habitants par 24 heures. Sur ce plan, le décret du 3 mai 2002 n’était-il pas suffisant?Ce n’est pas contradictoire avec le respect du décret du 3 mai 2002, qui concerne l’émission de l’antenne. Ce texte ne raisonne pas en fréquences cumulées. A contrario, quelle que soit la puissance émise par
l’antenne, nous souhaitions que personne ne reçoive un champ électromagnétique supérieur à 2 volts en moyenne quotidienne. Ce qui veut dire que, quel que soit le pic, et toutes fréquences confondues, on ne peut jamais être à plus de
4,6 volts.Avant le 20 mars, on parlait de ‘ sites sensibles ‘, aujourd’hui la charte ne mentionne plus que des ‘ lieux de vies” ‘ou des ‘ établissements
particuliers ‘. Pourquoi un tel glissement terminologique ?
C’est volontaire. Cette notion de ‘ sites sensibles ‘ est apparue dans le rapport Zmirou, qui nous disait en substance : il n’y a pas de risque, mais en même temps il y a des endroits où il s’agit de
faire attention. Nous n’avons pas voulu faire de différenciation entre ces ‘ sites sensibles ‘ et le reste d’une population qui pourrait être exposée à n’importe quoi. Nous estimons qu’il faut protéger la population partout
et dans les mêmes conditions. Il y a simplement, pour nous, des établissements particuliers, sur lesquels il y aura un nombre de mesures effectuées plus important.Les opérateurs souhaitaient éviter tout blocage, dans la perspective du déploiement de l’UMTS à Paris, la signature de cette Charte ne constitue-t-elle pas un blanc-seing donné à Orange, Bouygues Telecom et SFR ?Il n’y a pas que l’UMTS. Les opérateurs ne sont pas tous dans la même situation. Certains ont des trous importants en matière d’implantation sur certaines fréquences. Pour des raisons commerciales, ils ont donc besoin d’installer de
nouvelles antennes. Or les installations étaient bloquées depuis des mois. Aucune installation ne pouvait se dérouler sans qu’il y ait une manifestation. Il fallait sortir de cette situation de blocage.Mais cette situation était le résultat des pratiques contestées de déploiement sauvage des antennes relais. Connaît-on aujourd’hui le nombre exact d’antennes installées à Paris ?J’ai en ma possession la liste de toutes les antennes installées à Paris, avec les fréquences respectives. Cela fait partie de la Charte. Ce document va être envoyé aux maires d’arrondissement. Nous avons aussi une carte où sont
listés ?” arrondissement par arrondissement ?” les projets d’implantation d’antenne pour les six mois à venir. Au plan économique, au plan international, il n’est pas question de dire : ‘ Paris est une
ville sans téléphonie mobile. ‘
En même temps, tout cela ne doit pas se passer dans n’importe quelles conditions ! La première d’entre elle est le respect du principe de précaution.La Charte est valable deux ans. Or, l’arrivée de l’UMTS va impliquer des fréquences différentes et l’augmentation de la densité des antennes, une révision de la Charte sera donc nécessaire…Dans un an, la Charte sera revue. Et dans deux ans, nous renégocierons soit la reconduction de la Charte, soit la mise en place d’une nouvelle charte. Tout cela est parfaitement acté. Concernant l’UMTS, personne n’est capable de dire
si cette technologie va véritablement être utilisée au niveau mondial. Les coûts d’implantation sont considérables et les coûts d’utilisation devraient exploser. Il n’est pas sûr, d’un point de vue commercial, qu’il y ait un marché pour l’UMTS. Dans
certains pays, des opérateurs y ont déjà renoncé. On commence même à parler d’autres technologies susceptibles de remplacer l’UMTS.Dans le cadre de la Charte, une commission de concertation a été mise en place. Quelles sont ses attributions ?Cette commission a pour objectif d’instruire tous les dossiers. La moindre antenne doit être déclarée auprès de la commission avec un dossier technique extrêmement détaillé. Avec, par exemple, des simulations sur les champs
d’exposition concernant les lieux de vie les plus proches de l’antenne.Comment expliquez-vous que les associations aient été exclues de cette structure de concertation ?Le climat entre les associations et les opérateurs est autrement plus tendu que ce que l’on a connu entre la Ville de Paris et ces même opérateurs. Il y a eu des affrontements verbaux très, très violents. J’ai expliqué aux
associations, dont Priartem et Agir Pour l’Environnement, que j’étais prêt à rediscuter avec les opérateurs de l’éventualité de leur présence au sein de la commission.Quels sont les moyens de pression et d’information dont disposent les riverains pour se faire entendre sur ce dossier des antennes relais ?Les maires d’arrondissement ont la possibilité d’organiser deux fois par an un Cica (un conseil d’arrondissement élargi aux associations), en présence des opérateurs. Soit un total de quarante réunions par an, pour l’ensemble de
Paris, portant sur l’état de l’existant et le déploiement. A travers leurs élus et par l’intermédiaire des associations, les gens peuvent réagir, et demander des explications sur ce qui se passe dans leur quartier. A cette occasion, les maires
peuvent recenser les demandes de mesures formulées par les riverains.L’hebdomadaire Le Point a récemment publié un document présenté comme un rapport confidentiel. Il mettait en cause les activités de l’association Priartém ainsi que celles de l’un de vos collaborateurs. Où en
est-on dans cette affaire ?
Mon collaborateur dépose plainte. Il est soutenu dans sa démarche par la Mairie de Paris, car nous estimons que les accusations portées contre lui sont fausses et calomnieuses. J’ai demandé aux opérateurs de me certifier qu’ils
n’étaient pas à l’origine de ce document. Ils m’ont tous garantis par écrit qu’ils n’étaient pas à l’origine de ce rapport et que cela ne pouvait pas provenir de chez eux.

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Propos recueillis par Philippe Crouzillacq