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Voix sur DSL : l’avenir de la boucle locale

Pour rentabiliser les infrastructures mises en place dans le cadre du dégroupage, les opérateurs proposent des services de voix sur DSL. Reste à convaincre les PME.

“Actuellement, la voix est le seul moyen de rentabiliser les infrastructures de type Digital Subscriber Line [DSL, Ndlr]” déclare Daniel Dumont, directeur de Radware France. Pourquoi ? La majorité des opérateurs, en prônant dans leur modèle économique le “ tout-données ” ont omis d’intégrer un paramètre essentiel : le trafic de données ne génère pas encore suffisamment de marge et de chiffre d’affaires pour rentabiliser une infrastructure. “Seul le trafic voix, bien qu’en perte de vitesse constante face au trafic des données, est à même de procurer des revenus suffisants pour les opérateurs”, poursuit Daniel Dumont.De fait, face à la crise subie par les opérateurs, l’heure est à l’amortissement des infrastructures déployées et à la fidélisation des clients. Afin d’y parvenir, les nouveaux services sont propulsés en première ligne, accélérant la transformation du métier des opérateurs. Ainsi, la voix sur DSL dont le rapport coût/performances est excellent, tant pour l’opérateur que pour le client final, se retrouve au c?”ur des stratégies pour la téléphonie fixe. En effet, avec cette technique, l’entreprise dispose de plusieurs lignes téléphoniques sur sa propre paire de cuivre. Un service devenu opérationnel grâce, d’une part, au coût réduit des outils de compression du signal vocal, ces derniers prenant la forme de Digital Signal Processors (DSP, processeurs de signal numérique) et, d’autre part, à la voix sur DSL qui bénéficie de l’ouverture de la boucle locale, laquelle autorise un opérateur entrant à utiliser les lignes de l’opérateur historique pour transporter voix et données.Alors que cette ouverture est maintenant effective, la concurrence s’organise activement. Les premières offres commerciales sont lancées, avec à leur tête les solutions de ténors comme Colt Telecom. La cible, clairement identifiée, est double : les petites et moyennes entreprises et, dans une moindre mesure, les usagers résidentiels. Ce marché devrait aussi bénéficier de la démocratisation des centres de contacts multicanaux.

Les connexions ADSL sont souvent situées au sein de la boucle locale

Si l’on évoque la boucle locale pour parler du haut débit DSL, c’est pour une simple raison : le débit du DSL est inversement proportionnel à la distance. L’intérêt est donc d’avoir la distance la plus courte possible entre le dernier relais et le récepteur. De ce fait, les connexions ADSL sont le plus souvent situées au sein d’une boucle locale. Par ailleurs, au-delà de la boucle locale, le transport de la voix s’effectue par l’intermédiaire d’un réseau en mode paquets, comme IP, ATM ou Frame Relay. Afin de mettre en place un tel service, les opérateurs installent deux composants essentiels, les passerelles téléphoniques (voice gateways), qui assurent la remise en forme des paquets reçus par le réseau de l’opérateur, et les équipements d’accès intégrés, Integrated Access Device (IAD), qui sont utilisés comme interfaces entre opérateurs et réseaux voix/données de l’entreprise. Les IAD concentrent les postes téléphoniques traditionnels de l’entreprise et disposent d’une interface pour être raccordés à un équipement informatique. Ils assurent le codage et la numérisation des signaux voix, puis transforment en paquets ces informations dans des cellules ATM. Conformément à la recommandation émise par l’ITU-T et l’ATM Forum, ces cellules sont acheminées ensuite vers les DSLAM en utilisant la couche AAL2 du modèle ATM. Les IAD se chargent également de l’envoi des informations relatives à la signalisation aux passerelles téléphoniques.Celles-ci, quant à elles, sont positionnées dans le réseau de l’opérateur. Elles traitent les échantillons de voix transportés dans les cellules ATM transitant sur le lien ADSL. Une fois appliquées différentes techniques d’annulation d’écho, elles décompressent les paquets reçus avant de les restituer au format désiré (interface V5 pour l’Europe ou GR-303 pour l’Amérique du Nord).Le mode de compression utilisé pour traiter la voix est de type Adaptive Delta Pulse Coded Modulation (ADPCM). Il code la voix à 32 kbit/s avec un débit constant. Cette dernière caractéristique a une grande importance. En effet, les services de voix sur DSL nécessitent des débits symétriques, égaux en sens montant et descendant. Or la technologie DSL la plus répandue est justement asymétrique (ADSL). C’est pourquoi, afin de proposer des services de voix sur l’ADSL, les opérateurs doivent être à même d’offrir des débits multiples de 32 kbit/s, correspondants au nombre de lignes téléphoniques, et ce dans les deux sens.

La taille des paquets est une affaire de compromis

Reste encore à résoudre un problème essentiel dans le cadre du transport de la voix sur un réseau DSL : le délai de mise en paquets pour l’acheminement de données vocales sur un réseau en mode commutation de paquets, comme IP ou ATM. La valeur de la taille des paquets est une question de compromis. En effet, si des paquets très courts favorisent une réduction du délai de transmission, ils en dégradent l’efficacité protocolaire (ratio entre les données utiles et le poids des en-têtes de chaque paquet voix). Enfin, l’interactivité requise pour les communications vocales limite le temps de transit de la source au destinataire à environ 150 ms. Les spécialistes de la téléphonie estiment généralement qu’à partir de 50 ms, le phénomène d’écho devient non négligeable. Ce phénomène est lié à un retour parasite du signal émis par un usager dans son propre combiné. Cet écho parasite provient de l’imperfection du circuit hybride situé du côté du commutateur de rattachement. Ce phénomène existe dans tous les cas, même avec une ligne analogique raccordée au réseau public téléphonique commuté. Des algorithmes se chargent d’annuler, en réception, le phénomène d’écho.Ces dernières contraintes techniques étant surmontées, la porte de la voix sur DSL est grande ouverte. Les opérateurs, aidés en cela par le dégroupage, s’engouffrent dans la brèche. Reste à savoir si les petites et moyennes entreprises sont d’ores et déjà prêtes à changer d’opérateur.

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Xavier Bouchet