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To “e” or not to be?

e-business, e-magination, e-to-e, e-tc. On n’en peut déjà plus de l’e-mania. Ne reste plus que l’ENA, qui pourrait devenir l’e-NA. Une bonne e-dée?

Avouez que le problème est corsé. Prenez, par exemple, un PDG comme Francis Mer, d’Usinor. Un patron, comme tant d’autres, confronté à la question la plus stressante du moment : comment mettre sa boîte à l’heure d’Internet ?Dans le cas d’Usinor, l’exercice, effectivement, est plutôt coriace : le mot usine dans le titre ; Longwy en fond de tableau ; un vieux relent de charrettes et de grèves. Ça vous colle une image de laminoir, noir, noir, pour des années. Et, du coup, une action qui se traîne entre 9 et 20 euros. Vu du Nasdaq, cela ne fait pas très Net…Donc, que peut faire M. Mer pour donner à son groupe l’éclat brillant d’une web-compagnie ? Accorder des interviews à La Vie Financière pour dire que ” la Toile va très sensiblement augmenter les performances d’Usinor, accroître le rendement du processus sidérurgique, réduire le coûts des transactions, accélérer le flux des produits ” ?C’est la solution économiquement correcte, mais aussi efficace sur les day-traders qu’une encyclique de Jean-Paul II sur le comportement des ados de Bobigny. M. Mer aurait aussi pu essayer d’annoncer qu’Usinor allait, comme les start-up, faire quelques années de pertes, mais ses prédécesseurs ont, malheureusement, déjà fait le coup plusieurs fois.Alors quoi ? Qu’inventer pour fabriquer de l’Usinor.com ? Vendre des rouleaux de métal aux enchères sur iBazar ? Créer un portail acier-inox avec AOL ? Fabriquer des agendas électroniques en carbone avec Palm ? Placer une webcam à la cantine ?Non, sérieusement. L’idée chic et choc eût été de proclamer la création d’e-Usinor. Coller un ” e ” devant sa marque, son nom, son concept, son business… Voilà, en effet, le sésame de la nouvelle économie, le plan de com’.com qui transforme un brontosaure rouillé en gazelle digitale.e-légant, plein d’e-sprit, et e-conomique. Genre l’ENA, qui, en mal de candidats, deviendrait l’e-NA, voyez le style. IBM a montré le chemin : il commercialisait jadis de vulgaires gros PC ; il propose aujourd’hui des ” solutions de e-business “. Idem pour Oracle, qui, au départ, vendait des logiciels.Du coup, Decan, une obscure société d’ingénierie, est maintenant devenue une e-compagnie et cherche des ingénieurs qui ont de l’e-magination. Tel leader du BTP, qui faisait dans la brique et le mortier, se lance dans la e-construction.La moindre attachée de relations publiques qui a une adresse e-mail fait des e-RP. Ne parlons pas des cabinets de conseils, passés experts ès e-langue, avec des concepts (le ” e-to-e “) et des slogans (” e-ducate, e-xhibit, e-xplain and e-xcite “) à faire vibrer les salles.Le summum de l’e-xagération étant atteint par ce dirigeant de ChateauOnline.fr qui proclame vouloir devenir ” le représentant de la e-qualité de vie “. Evidemment, c’est 100 fois plus branché que de dire que le job consiste à stocker des cubitainers de sancerre dans un entrepôt de Garonor, et à les expédier aux clients par Chronopost.To ” e ” or not to be ? Le seul problème avec cet élixir de modernité est qu’il est déjà obsolète. Les e-experts sont formels. Puisqu’en 2003, il y aura davantage d’internautes reliés au web via leur téléphone mobile que via leur PC, le vrai signe extérieur de jeunesse, ce sera, non pas le ” e “, mais le ” m “, comme mobile.D’avance, on se réjouit devant le trésor de créativité que ce ” m ” recèle. Surtout par rapport au ” e “. E-m-aginez un peu ! Il y aura des m-anagers, de la m-onnaie, des m-achins, et, sûrement, du m-business, du m-achat, du m-sexe, etc. Bref, tout un univers de m-qualité de vie.Les seules interrogations qui demeurent sans réponse sont la durée de vie du ” m “, la réalité de son existence, sa résistance à une utilisation prolongée… Le genre de questions sérieuses, finalement, que l’on posait dans lancienne économie. Comme on dirait au café du e-commerce : ” Y a-t-il vraiment de la e-bière sous la m-ousse ?

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Eric Meyer, rédacteur en chef