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Quand le Gigabit donne de l’air aux réseaux Ethernet

Adapté aux épines dorsales optiques, le Gigabit Ethernet sur fibre donne de l’air aux entreprises en mal de hauts débits. Son installation survient souvent lors d’une refonte du réseau Ethernet 10-100 Mbit/s, et sur fond d’anticipation d’une croissance des besoins de bande passante, due à l’arrivée de nouvelles applications.

Le Gigabit Ethernet intéresse un nombre croissant d’entreprises soucieuses d’équiper leurs réseaux d’établissement d’une dorsale à très hauts débits. Ce surcroît de bande passante leur permet de transporter de la vidéo, de la voix sur IP, et de multiplier les accès Internet ou des accès simultanés à des bases de données transactionnelles.À la fin de 1999, l’organisme de recherche Inria Rhône-Alpes, situé à Grenoble, s’est doté d’un réseau dorsal Gigabit Ethernet en fibre optique pour répondre aux besoins des projets de recherche en informatique.

Un surdimensionnement procurant une QoS

Les unités de recherche expérimentent des technologies récentes dans les domaines de l’imagerie médicale du Streaming video ou de la robotique. “Il nous faut anticiper les besoins des laboratoires de recherche en augmentant la bande passante et la qualité de service de notre dorsale. Le Gigabit Ethernet se présentait comme l’évolution naturelle de notre réseau fédérateur Ethernet à 100 Mbit/s commuté, explique Didier Chassignol, responsable des moyens informatiques au sein de l’Inria Rhône-Alpes. Nous disposons d’une vingtaine de commutateurs Summit 48, d’Extreme Networks, derrière lesquels nous ne connectons qu’une machine par port. Toutes les unités centrales sont désormais reliées à un port 10-100 Mbit/s. Tout cela représente 900 points de raccordement, dont 450 sont en permanence actifs. Cette abondance de ports nous permet de précâbler jusqu’aux équipements actifs. Ainsi, les déménagements et ajouts d’unités centrales ne demandent plus que des interventions logicielles. Plus généralement, ce surdimensionnement offre une qualité de service de fait.”Chez l’industriel Bic, le réseau du site central de l’entreprise, situé à Clichy (Hauts-de-Seine), repose sur une dorsale Gigabit Ethernet s’appuyant sur un SmartSwitch Router 8000, d’Enterasys Networks (ex-Cabletron), ainsi que sur une dizaine de commutateurs SmartSwitch 6000, de même origine, assurant la desserte Ethernet des étages. Le réseau héberge une trentaine de serveurs, principalement sous Windows NT, couplés à des liaisons de transmission de données en Frame Relay à l’international (via Equant) et à l’échelon national (via Transpac).

Un réseau fédérateur faisant l’économie de modems

Il dessert environ quatre cents postes sur le site central, auxquels il convient d’ajouter les utilisateurs des filiales européennes qui se connectent régulièrement sur le serveur AS/400, d’IBM, situé au siège de l’entreprise. En effet, les nouveaux locaux en région parisienne accueillent des applications destinées à l’Intranet mondial de Bic. “ Notre réseau Gigabit Ethernet est destiné à remplir plusieurs objectifs. Le principal consiste à proposer aux utilisateurs de notre réseau européen des outils d’infocentre développés par Cognos. Il s’agit de mettre en place une solution de datawarehouse avec une interface Web, devant être opérationnelle ce mois-ci. Des applications IP seront de plus en plus utilisées sur notre réseau pour les outils de collaboration, comme les prises de notes, les sondages et les séances de discussion. De plus, la dorsale doit servir à améliorer les procédures de sauvegarde, aussi bien pour les accès utilisateurs (environ 170 Go pour l’AS/400) que pour la trentaine de serveurs NT, qui totalisent près de 300 Go”, déclare Jean-Luc Kapetanovic, responsable technologique chez Bic.Grâce à ce nouveau réseau fédérateur, les sites de Bic disséminés en France accèdent à Internet via des liens longue distance Frame Relay nationaux convergeant vers le siège social. Sur ce site central, un proxy recueille les sessions utilisateurs et les redirige vers un routeur. Cette solution évite à Bic d’équiper les sites de modems ou d’adaptateurs RNIS. “Nous voulions tirer profit des investissements que nous avions faits avec les commutateurs SmartSwitch 6000, de Cabletron [devenu Enterasys depuis mars 2000, NDLR] de notre ancienne dorsale. Nous avons donc augmenté la configuration du site central tout en restant fidèles à cette marque. D’autant plus que nous utilisions Spectrum, le logiciel de supervision de réseau du même constructeur. Bien que nous n’ayons pas pour l’instant de problème de surcharge de bande passante, nous nous servons de ce logiciel pour examiner la charge du réseau en général et de l’épine dorsale, en particulier, afin d’identifier les goulets d’étranglement au niveau des serveurs”, précise Jean-Luc Kapetanovic.

Le Gigabit Ethernet dans une boucle locale

Une autre utilisation du Gigabit Ethernet concerne les boucles locales, comme celle mise en place, grâce au concours de l’opérateur Completel, par Net-Up, la filiale Internet d’Avenir Télécom. “Notre objectif était de relier les neuf sites de Marseille à notre site central, au sein d’un réseau global, regroupant entre huit cents et mille postes”, explique Philippe Augan, directeur général de Net-Up. Ces sites, tous situés dans un proche périmètre, sont raccordés par Completel via des routeurs de Cisco, équipés de convertisseur optique, à une boucle locale en fibre installée dans le domaine public. Plusieurs clients peuvent partager cette infrastructure mais sont isolés les uns des autres par la technique du réseau privé virtuel. “Pour l’heure, seuls sept sites sont connectés à cette boucle Gigabit Ethernet. Nous avons centralisé tous les serveurs sur un même site et, par conséquent, la plupart des traitements effectués par nos équipes. Une base de données transactionnelle Sybase traite aussi des données de gestion commerciale et du suivi des abonnements Internet, par exemple”, poursuit-il.En moyenne, plus de mille cinq cents sessions simultanées sont ouvertes. Les utilisateurs des sites de Marseille se connectent et se servent des applications hébergées par les serveurs de la salle informatique du site central, comme s’ils travaillaient en local. Cette boucle en fibre optique permet d’écouler la collecte du trafic pour Internet et le transit interne. De plus, certains des partenaires du groupe Avenir Télécom tels que TV-Up transportent des flux vidéo RealVideo et QuickTime à travers la boucle à hauts débits. Aujourd’hui, ce sont surtout des données qui transitent via le réseau, mais Net-Up prévoit de s’orienter vers des solutions de voix sur IP pour, d’abord, l’interconnexion interne, puis vers la France entière.

Un déploiement souvent rapide

Moins de quinze jours ont été nécessaires pour mettre en place la première liaison entre le site central de Net-Up et le premier site. Le reste de la migration s’est effectué entre mai et septembre 2000. En effet, pour construire la boucle locale qui s’appuie sur le réseau de Completel, il a fallu creuser des tranchées passant sous des routes et donc attendre les autorisations administratives.À l’Inria Rhône-Alpes, la migration de la dorsale 100 Mbit/s Ethernet vers le Gigabit Ethernet a été rapide. Pour mettre en ?”uvre les équipements et faire migrer l’ensemble du parc, il n’a fallu que deux mois. Le précâblage du bâtiment avait été prévu pour supporter ce changement d’échelle. La phase d’appel d’offres s’est tenue entre le mois de mars et la mi-juillet 1999. Le déploiement a commencé au début de septembre pour se terminer à la fin d’octobre 1999. Chez Bic, le câblage a commencé dès le début de l’année 2000 pour prendre fin au printemps.

Concevoir l’architecture très en amont

Présenté comme l’évolution logique de l’Ethernet 100 Mbit/s, le Gigabit Ethernet impose néanmoins de revoir son architecture réseau. “Notre déménagement à Clichy a été pour nous le point de départ de cette migration. Il fallait regrouper trois entités distinctes – le siège social, la filiale française et Bic Graphic – sur un seul site. Nous avons préparé l’opération pendant huit mois, car il a fallu mettre en place une infrastructure solide sur laquelle nous allons nous appuyer au moins pendant dix ans”, commente Jean-Luc Kapetanovic. Et d’ajouter : “Nous avons fait très attention au câblage. Nous avons choisi des câbles catégorie 6 écrantés, capables de véhiculer des données en 100 Mbit/s Full duplex et compatibles avec le Gigabit Ethernet. De plus, la différence de prix entre le câblage de catégorie 5 et celui de catégorie 6 représente environ 200 000 F, alors que le coût des travaux s’élève à 2 millions de francs.”À l’Inria, la prise de décision a été l’objet d’un processus relativement complexe, comme le relate Didier Chassignol : “Lors de l’appel d’offres, il nous était difficile de rédiger un cahier des charges technique en raison de l’évolution très rapide des équipements. Nous avons dû utiliser la procédure d’appel d’offres sur performances, certes un peu plus longue, mais qui permet un dialogue avec les fournisseurs.”

À suivre : le Gigabit sur câble à paires de cuivre

La fibre optique reste le support privilégié pour le Gigabit Ethernet et s’étend progressivement aux serveurs du LAN. Mais le Gigabit Ethernet sur câble à paires de cuivre intéresse aussi les entreprises. Cette technologie présente, en effet, l’avantage d’un coût de câblage inférieur à celui de son équivalent sur fibre optique. Certains constructeurs proposent déjà des cartes réseaux équipées d’un port Gigabit Ethernet en RJ 45, capables de fonctionner en 10-100 Mbit/s pour moins de 3 500 F ht. Elles sont aujourd’hui réservées aux serveurs fortement sollicités via le réseau. “D’ici trois à cinq ans, presque tous nos postes utilisateurs seront en Gigabit Ethernet, précise Jean-Luc Kapetanovic. Avec un câblage en cuivre de catégorie 6 et nos équipements Enterasys, nous sommes prêts pour le Gigabit Ethernet sur cuivre. Nous serons toutefois obligés de remplacer les cartes réseaux Ethernet 10-100 Mbit/s équipant les quatre cents postes de travail, par des cartes 1 000BaseTX. Actuellement, nos serveurs reçoivent progressivement des cartes Gigabit Ethernet.”À l’Inria Rhône-Alpes, on envisage aussi l’avenir à court terme. “Dans deux ou trois ans, le Gigabit Ethernet sera devenu un standard pour la connexion des postes de travail et il faudra alors se tourner vers le 10 Gigabit Ethernet pour les backbones, commente Didier Chassignol, qui précise : Pour l’instant, nous allons équiper progressivement nos cent serveurs de cartes 1 000BaseTX, mais pas les postes de travail. En effet, rares sont les utilisateurs qui ont besoin des débits fournis par le Gigabit Ethernet.”

Sécurité et qualité de service

Le Gigabit Ethernet est une technologie fiable et relativement bien maîtrisée. Chez Bic, par exemple, seules quelques coupures du réseau ont été observées. L’équipement fautif, le n?”ud central (SmartSwitch Router), a été identifié au bout de trois ou quatre jours. Les difficultés étaient dues à l’une des deux cartes CPU de cet équipement. Le problème a été vite
résolu en mettant à jour le firmware de la carte. Même témoignage à l’Inria : “Le déploiement s’est relativement bien passé. Même si le protocole, le GVRP (Garp VLan registration protocol), que nous avions pourtant testé, et qui permet d’annoncer les VLan bâtis sur le standard IEEE 802.1q, s’est révélé peu fiable une fois le réseau mis en place. Néanmoins, l’usage de la dorsale ne s’en trouve pas perturbé. Par ailleurs, nous avons eu à déplorer des redémarrages intempestifs sur un routeur. Nous avons procédé à la mise à jour du logiciel de routage, et tout est rentré dans l’ordre”, commente Didier Chassignol.Net-Up n’a pas non plus connu de problème particulier lors de la mise en place du Gigabit Ethernet, malgré l’existence de VLan, nécessaire pour rapatrier tous les flux sans les mélanger. Net-Up conserve, avec cette technologie, la maîtrise du routage et le plan d’adressage IP originel. Autre point commun aux trois entreprises : la redondance des équipements. Là aussi, un seul leitmotiv : la qualité de service. Pour s’assurer une haute disponibilité du backbone, les équipements d’interconnexion Gigabit Ethernet en interne et en externe sont systématiquement doublés. Chez Bic, c’est la dorsale entière qui a été reconstruite dans un autre bâtiment. Les deux backbones sont reliés par des liens Gigabit Ethernet. Les équipements réseaux de la partie télécoms ont été doublés, et la boucle locale des liens télécoms est aussi sécurisée par l’installation (par France Télécom) d’une boucle fibre optique permettant le basculement automatique sur un centre de secours.

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Frédéric Gautier