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Quand Internet rame, c’est la galère !

Même avec une connexion haut débit, certains sites, parmi les plus consultés au monde comme YouTube, fonctionnent parfois au ralenti. Comment est-ce possible ? Voici ce qui se trame en coulisse.

En ce début d’année 2011, un étrange message a accueilli de nombreux internautes français cherchant à se connecter sur le site de téléchargement direct Megaupload. Titré Alerte de connectivité, le service indiquait que le fournisseur d’accès Orange bridait certainement de façon volontaire l’accès de ses clients… et invitait ses utilisateurs à changer de FAI ! Orange n’a bien entendu pas tardé à répondre, en rejetant la faute sur le groupe taïwanais gérant MegaUpload et Megavidéo. Au centre des débats houleux entre les deux groupes, on retrouvait Cogent et OpenTransit, deux “ opérateurs de transit ”.

Hâte-toi? lentement !

Autre temps, autres sites : en 2009, puis au début du mois de mai 2011, le blogueur Korben (www.korben.info) pousse un cri d’alerte rageur. Son souci ? De nombreux internautes trouvent anormalement lent l’accès aux vidéos de YouTube. Cette fois-ci, trois fournisseurs d’accès semblent touchés. Pour le blogueur, il ne s’agit pas d’un simple problème technique, mais d’une volonté délibérée des opérateurs télécoms. Des fournisseurs d’accès qui brideraient la connectivité de leurs clients ? L’hypothèse, invérifiable, nécessite pour être comprise de plonger dans les arcanes d’Internet… Internet est un réseau de réseaux. Une myriade de réseaux domestiques, comme celui qui relie peut-être tous les ordis de votre foyer, tous interconnectés. Mais à la taille XXL ! Il s’agit de très gros réseaux qui passent dans de très gros tuyaux. Ces très gros réseaux ont des propriétaires, souvent opérateurs de télécoms comme Orange. Lorsqu’un internaute consulte un site, les données font un long voyage : entre le réseau où se trouve le serveur qui les héberge, entre le réseau de votre fournisseur d’accès, il y a aussi de nombreux réseaux intermédiaires. Des accords commerciaux existent donc entre opérateurs de réseaux pour autoriser l’utilisation de leurs tuyaux…

L’accord le plus simple, pour les propriétaires de gros réseaux physiques est dit de peering : les réseaux sont reliés physiquement dans des locaux appelés points de peering. Chaque réseau laisse passer gratuitement toutes les données de ses partenaires, et en contrepartie, utilise leurs réseaux pour faire transiter les siennes.

Problèmes de transit

Cette façon de faire ne vaut habituellement que pour les réseaux de taille similaire, pour des échanges de volumes de données équivalents. Entre petits et gros réseaux, ou quand les données ne transitent que dans un sens, d’autres types d’accords existent donc : des accords de transit. Ici, un réseau paie tout simplement à un autre réseau le droit de faire transiter ses données. C’est là que l’on retrouve le rôle de géants d’Internet, peu connus du public : les opérateurs de transit, propriétaires de gigantesques réseaux, dont le business consiste à les monnayer. Certains opérateurs de transit appartiennent à des fournisseurs d’accès, comme OpenTransit et Orange. Se pourrait-il que les FAI utilisent le nombre de leurs abonnés pour pousser les acteurs d’Internet à passer par leurs propres opérateurs de transit ?

Autre interrogation : les opérateurs télécoms, les fournisseurs d’accès, sont ceux qui financent l’infrastructure physique des réseaux. Une situation qui en rend furieux quelques-uns : Stéphane Richard, président de France Télécom, prêche pour que les éditeurs de contenus les plus visités contribuent financièrement à la mise à niveau des réseaux. En clair, YouTube, MegaUpload et consorts, trop utilisés, surchargent le réseau et doivent donc payer la facture. Laisser la connexion vers ces sites se dégrader plaiderait en ce sens… Si le message passe, les internautes seraient alors peut-être prêts à accepter l’apparition de forfaits à double vitesse : un forfait normal, lent, ou un forfait Premium, plus cher, garantissant l’accès rapide pour les vidéos, le P2P, le streaming, etc. Et tant pis pour la neutralité du Net…

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Stéphane Viossat