Passer au contenu

Présidentielle : dix mesures pour relancer le jeu vidéo français

Le Syndicat national du jeu vidéo a rendu public une liste de dix mesures, envoyée aux candidats à la Présidentielle, afin de permettre à l’industrie vidéoludique française de prospérer et de devenir le fer de lance d’une France numérique.

A un peu plus d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle, en présentant ses « dix mesures clés pour relever les défis industriels du jeu vidéo en France », le Syndicat national du jeu vidéo (SNJV) interpelle les candidats à la Présidentielle et demande « simplement un arbitrage », comme l’expliquait Nicolas Gaume, son président.
Un arbitrage qui consiste ni plus ni moins à donner les moyens à l’industrie vidéoludique française de croître et de concurrencer non pas tant les pays européens que les titans américains et asiatiques.

Retour en arrière pour mieux avancer

Tout part d’un constat assez simple et juste dans les grandes lignes. « Le jeu vidéo est la seule industrie numérique grand public dans laquelle la France ait excellé », explique ainsi Julien Villedieu, délégué général du Syndicat national du jeu vidéo. C’est également un marché en constante croissance depuis trente ans (en moyenne 10 % par an, selon le SNJV). Un marché où la France a connu son heure de gloire jusqu’en 1995 et a ensuite perdu « le combat des “nouvelles” consoles » (de l’époque) et « le passage à la 3D », explique Nicolas Gaume.

Un échec expliqué, à en croire le SNJV, essentiellement par trois facteurs : une méconnaissance et un manque de reconnaissance du secteur vidéoludique, déconsidéré par les investisseurs ; une inadaptation des structures de financements nationaux ; un problème structurel, juridique.

Le financement privé trop limité

Regroupées en cinq thématiques, ces dix mesures visent essentiellement à faciliter l’accompagnement économique des projets vidéoludiques français dans un contexte où les éditeurs demandent de plus en plus aux développeurs de leur fournir des jeux terminés. Il faut donc une mise de départ conséquente.

Or, comme le précisait Nicolas Gaume, la fabrication d’un jeu pour Facebook, pour le Web ou les smartphones coûte entre 50 000 et 300 000 euros. Un jeu pour console représente un budget d’environ 5 à 20 millions d’euros. Et de mettre ces sommes en perspective avec les fonds d’investissement privés américains et français. En 2008 (derniers chiffres connus), le capital-risque pour le jeu vidéo représentait 30 milliards d’euros aux Etats-Unis. En France, les sommes allouées sont ainsi passées de 570 millions d’euros au début des années 2000 à 45 millions d’euros en 2008.

Le financement public trop chaotique

Par ailleurs, le financement public s’avère souvent difficile à obtenir. Les jeux vidéo sont « trop culture pour le ministère de l’Industrie et trop techno pour le ministère de la Culture », synthétise Julien Villedieu. Pire, il est souvent inadapté au fonctionnement et au rythme de production des jeux, surtout dans les petites structures. « Les risques spécifiques aux jeux vidéo étant mal perçus et anxiogènes pour les structures de financement, comme la Caisse des dépôts », commentait Julien Villedieu.

D’où l’importance de créer ou de pérenniser des structures et des systèmes de financement adéquats, qui accompagneraient les studios non seulement lors de leurs premiers pas, mais aussi une fois leurs premiers succès connus. Car le paysage vidéoludique français, hormis quelques grosses structures comme Ubisoft ou Ankama, est surtout composé de TPE et de PME. Des studios qui n’ont donc pas forcément les moyens de passer de petites productions à des projets plus ambitieux. Le SNJV prône ainsi la création d’un fonds d’avances participatives de 100 millions d’euros, qui assurerait, selon le syndicat, « l’accompagnement de plus d’une centaine d’entreprises du jeu vidéo. »

D’autant que l’aide à la création vidéoludique ne se ferait pas forcément à fonds perdus. Prenant l’exemple d’un mécanisme déjà existant, le SNJV donne les chiffres suivants concernant le crédit d’impôt jeu vidéo. Pour un euro accordé, l’Etat récupère 1,8 euro grâce aux recettes fiscales et sociales.

Une industrie mature mais pas structurée

Mais le financement n’est pas tout. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’industrie vidéoludique française ne possède pas de réglementations, de conventions propres. Ainsi, certains studios ou éditeurs, même parmi les plus connus, sont sous la convention de la métallurgie, d’autres de l’industrie du jouet, d’autres encore sont assimilés à des bureaux d’études. Les acteurs du jeu vidéo ont donc besoin de créer un cadre, car ils ne rentrent « jamais dans les cases », expliquait Nicolas Gaume.

Des cadres pour l’emploi. « Nous avons besoin de flexisécurité », continuait-il, tout en précisant immédiatement que cette flexibilité tient surtout à la nécessité de se former en permanence et de pouvoir permettre l’évolution des acteurs de la création vidéoludique. Une nécessité, aussi bien pour les personnes que pour l’univers du jeu vidéo, afin d’éviter une certaine fuite des cerveaux. Car, avec la montée en puissance des jeux vidéo sur le Web, les recruteurs se retrouvent en concurrence avec des SSII, au cadre bien mieux établi et plus sûr.

Des cadres également pour résoudre les zones de flou autour de la propriété intellectuelle, qui peuvent nuire à l’exportation ou à la vente sous licence de certains titres. Car les lois sur les droits d’auteur et la propriété intellectuelle ne prennent pas en compte, selon Nicolas Gaume, « la spécificité vidéoludique, où l’ingénieur qui écrit le code est autant auteur que le musicien », comme le notait d’ailleurs le rapport du député Patrice Martin-Lalande, publié fin 2011 (Google Docs).

Un chantier en cours

Sur ce dernier point, celui de la structuration de l’industrie, le Syndicat national du jeu vidéo se veut rassurant. Son bureau travaille à la mise en place d’un « référentiel métier » qui devrait être rendu public en juin prochain. Un travail colossal qui devrait aboutir à une photographie « à un instant T de la réalité de l’industrie » vidéoludique française, indiquait Nicolas Gaume, et qui aura des répercussions d’un bout à l’autre de la chaîne, de la formation en école à l’application sur le terrain. Une formation, que le SNJV n’aborde pas dans ses dix mesures. Car les talents sont nombreux en France, à en croire le président du Syndicat national du jeu vidéo, c’est la pérennisation de l’industrie qui pose problème face à des pays hypercompétitifs et attractifs comme le Canada, Singapour ou encore l’Australie.

Ces dix mesures adressées aux présidentiables aideront-elles à faire bouger les choses ? Le SNJV l’espère, même si certaines de ses mesures n’en sont pas à leur première mise en avant. Même si, citant un employé du ministère de la Culture, Julien Villedieu lâchait, en forme de boutade : « Dans la classe politique, le jeu vidéo, c’est encore la Gameboy ». Et Nicolas Gaume de conclure : « Ce que je veux, c’est que Quantic Dreams (le studio derrière Heavy Rain), Ubisoft (…), Ankama et les autres restent en France et s’y développent. » Avant d’avoir de beaux jours devant lui, le jeu vidéo français a un sacré parcours du combattant à franchir…

🔴 Pour ne manquer aucune actualité de 01net, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.


Pierre Fontaine