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Pourquoi la fibre optique pourrait faire exploser nos factures internet

Les offres triple play à 30 euros seraient menacées par le passage à la technologie fibre, selon l’UFC Que Choisir qui dénonce aussi une fracture numérique plus importante qu’il n’y paraît dans notre pays.

Jusqu’ici, tout va bien :  on trouve encore des abonnements triple play fibre à moins de 30 euros en France chez Free, Bouygues Telecom, Red by SFR ou encore Sosh. Une situation qui pourrait malheureusement ne pas durer, selon l’UFC Que Choisir. Dans sa nouvelle étude sur la fracture numérique publiée aujourd’hui, l’association de consommateurs démontre que le passage à la technologie FttH (fibre de bout en bout), qui doit remplacer à terme l’ADSL, pourrait faire augmenter nos factures.

Orange domine le marché de gros du FttH.
UFC Que Choisir, étude sur la fracture numérique, septembre 2017. – Orange domine le marché de gros du FttH.

Premier problème : la position d’Orange sur le marché de gros est largement dominante puisqu’il possède 70,6% des prises raccordables en FttH. « Ce monopole devrait encore s’accentuer dans les années à venir », souligne Antoine Autier, responsable adjoint du service des études chez UFC-Que Choisir. Cela rend les autres opérateurs actuellement très dépendants d’Orange, même si SFR annonce de grandes ambitions pour fibrer la France d’ici 2025. Or, ces derniers louent l’accès au réseau FttH à un tarif deux fois plus élevé que celui de l’ADSL. Ce coût sera forcément répercuté à terme sur le consommateur.

Les différences de coût entre l'ADSL et la Fibre.
UFC Que Choisir, étude sur la fracture numérique, septembre 2017. – Les différences de coût entre l’ADSL et la Fibre.

Deuxième risque, les opérateurs pourraient être tentés de revoir à la hausse les forfaits ADSL pour inciter les abonnés à migrer vers la fibre. C’est déjà le cas chez Red by SFR, qui facture cinq euros de plus par mois certaines offres promotionnelles lorsque le client est connecté en ADSL ou en VDSL. Tout cela pourrait bien précipiter la fin des offres d’accès à Internet à 30 euros qui ont déjà disparu du catalogue d’Orange et de SFR. « Un prix abordable pour accéder à Internet, ce n’est pas un luxe mais une nécessité », souligne Alain Bazot, le président d’UFC Que Choisir. « Et ce d’autant plus qu’un nombre toujours plus important de services comme les impôts se numérisent ». L’association réclame maintenant que l’Arcep mène une analyse prospective sur l’évolution à long terme des tarifs d’accès à l’Internet fixe.

La carte de France des délaissés d'Internet.
UFC Que Choisir, étude sur la fracture numérique, septembre 2017. – La carte de France des délaissés d’Internet.

Une grande différence entre les débits théoriques et réels

L’UFC Que Choisir dénonce également « des inégalités criantes et accablantes » sur le territoire français. 7,5 millions de Français sont privés d’un accès minimal à Internet avec un débit de moins de 3 Mbit/s. Parmi eux, la moitié n’a aucun accès à Internet. Si la situation est plus dégradée qu’il n’y paraît, c’est parce que les débits réels obtenus en ADSL et VDSL ne représentent que 52,4 % des débits théoriques promis par les opérateurs. Et bien, entendu, ce sont les zones rurales qui sont les plus touchées par cette fracture numérique, tandis que l’Ile de France en est globalement épargnée. Dans 16 départements, 20% des habitants ne sont pas éligibles à une connexion minimale de plus de 3 Mbit/s.

Les départements les moins bien servis à gauche et les plus privilégiés à droite.
UFC Que Choisir, étude sur la fracture numérique, septembre 2017. – Les départements les moins bien servis à gauche et les plus privilégiés à droite.

Malheureusement, le Plan France Très Haut Débit ne devrait pas solutionner le problème à court terme. L’UFC Que Choisir est très claire : il est impossible d’atteindre les objectifs fixés pour 2022, à savoir 100% de la population couverte en THD dont 80% en FttH. « Au rythme actuel de couverture, 80% des consommateurs auront accès au FttH en … 2035 ! », peut-on lire. L’association ne croit pas beaucoup plus au point d’étape de 2020 qui promet du « bon haut débit » pour tous entre 3 et 8 Mbit/s grâce à un mix technologique. « On parle de 4G fixe et de satellite mais quel sera le débit réel de la population ? ». On attend maintenant la feuille de route du gouvernement destinée à résorber cette fameuse fracture numérique.

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Amélie Charnay