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Lotus ne jure plus que par le serveur d’applications Websphere

Les technologies d’IBM deviennent incontournables dans la solution de travail de groupe de Lotus et s’immiscent dans celle de gestion de la connaissance.

Lotus est bien soluble dans IBM. C’est désormais une évidence. Son identité se dilue chaque année un peu plus dans celle de sa maison mère. Au nom de la synergie de groupe, ses forces de vente ont déjà fusionné avec celles d’IBM Software. Les logos de la filiale, ramenée au statut de marque commerciale, rapetissent quand ceux de Big Blue se font plus imposants. Ce qui se voit à l’extérieur se vérifie aussi à l’intérieur des produits. C’est désormais l’autonomie même des logiciels qui est remise en cause. Les partenaires et clients de la filiale, réunis fin janvier, lors de la manifestation Lotusphere 2002, ont eu un avant-goût de ce qui les attend dans les prochains mois et les années à venir. Domino, en tant que logiciel de travail de groupe, devrait demeurer un produit indépendant. Mais, en tant que plate-forme de développement pour des fonctions métier, il sollicitera davantage le serveur d’applications Websphere comme béquille Java. De son côté, le logiciel de gestion de la connaissance Discovery Server perd son frontal K-Station. Celui-ci disparaît en tant que produit indépendant. Il a été fondu au sein de Websphere Portal, qui devient la nouvelle interface pour de multiples applications IBM et Lotus, dont, naturellement, Discovery Server.

” On ne réécrira pas tout Domino en Java “

C’est la fin de la culture Lotus, et de son concept de produits complets, se suffisant à eux-mêmes. Le forum de discussion mis en place à l’occasion du salon se faisait l’écho des inquiétudes et des grincements de dents des partenaires et des clients. Les réactions étaient d’autant plus vives que les modalités pratiques de cette évolution sont encore loin d’être réglées : comment s’effectuera l’intégration à Websphere ? Comment sera tarifé ce dernier ?La grand-messe Lotusphere avait pourtant bien commencé. Les versions RNext de Domino et Notes, baptisées commercialement sans surprise versions 6, étaient promises pour le troisième trimestre de cette année. Des versions d’évaluation devraient même être disponibles dès ce mois-ci. Al Zollar, directeur général de Lotus, a en outre confirmé l’engagement vers J2EE, plate-forme de prédilection, de préférence à.Net de Microsoft, qui sera adressée via des services web. Il a aussi indiqué que Domino, dans un futur non daté, pourrait être vu comme un jeu d’applications s’exécutant au-dessus de J2EE. Il a toutefois précisé ensuite en privé : “On ne réécrira pas tout Domino en Java.” Du coup, si la stratégie est claire, les moyens d’y parvenir sont, eux, nettement plus obscurs. Lotus ne s’aventure pas à détailler les fonctions qui seront touchées par un nouveau développement en Java. Dans sa quête vers Java, Domino devra composer de plus en plus avec le serveur d’applications d’IBM. Tous deux partagent déjà quelques fonctions redondantes, comme le moteur de Servlets. Les arbitrages technologiques ont conduit Lotus à s’appuyer un peu plus sur Websphere. Les informations qui avaient filtré avant le salon laissaient au contraire penser que Lotus allait muscler les capacités de traitement Java de son outil de travail de groupe. La vision du groupe IBM Software a finalement prévalu.S’il fallait une autre preuve de l’emprise toujours plus grande de la maison mère, elle est fournie par Al Zollar lui-même. En effet, en réponse à un journaliste, il a précisé que Domino s’exécuterait au-dessus de la plate-forme J2EE. Toutefois, seul le serveur d’applications d’IBM sera proposé par défaut. L’engouement de Lotus pour le standard J2EE a les limites que lui fixe IBM. Dans les allées du salon, on faisait cependant remarquer qu’il sera toujours possible de greffer un serveur d’applications tiers ?” par exemple, un de ceux issus du monde libre, comme Tomcat.

Exit K-Station, vive Websphere Portal

La gestion de la connaissance est tout aussi symptomatique du revirement stratégique de Lotus. Discovery Server, qui avait été la grande vedette de la précédente édition de Lotusphere, a été pratiquement passé sous silence cette année. L’éditeur entendait initialement révolutionner cette discipline en associant dans un même produit gestion des documents et des hommes. En lui adjoignant le frontal K-Station au sein de Discovery System, il en faisait une solution complète ?” donc, en théorie, plus rapide à déployer que les boîtes à outils des concurrents. Le concept de “knowledge management en boîte” n’a toutefois, pour l’heure, séduit que bien peu d’entreprises : les références se font toujours attendre.Depuis, Lotus a revu sa copie : K-Station a été dissocié de Discovery Server pour intégrer Websphere Portal, l’offre de création de portails d’IBM basée sur son serveur d’applications. K-Station disparaît en tant que produit autonome, et Discovery System se résume désormais à Discovery Server. L’explication est fournie par Larry Bowden, vice-président des solutions de portail pour IBM Software : “En fait, K-Station a été décomposé en fonctions qui ont été réécrites pour Websphere Portal.” Et comme IBM n’entend pas maintenir un double développement coûteux, K-Station se retrouve rayé du catalogue de Lotus. IBM entend, en revanche, développer son offre de portails. Dès cette année, Websphere Portal sera proposé en trois versions : Enable, Extend et Experience. Enable associe, au-dessus du serveur d’applications, Portal Server et des fonctions de personnalisation. Extend comprend en outre les fonctions du fameux logiciel K-Station, ainsi qu’un outil de recherche plus puissant. Et la version Experience ?” la plus complète ?” englobe la précédente, à laquelle elle ajoute notamment les fonctions de Quickplace et de Sametime, qui n’étaient pas incluses dans K-Station, et un module d’administration de Tivoli.La synergie avec les autres marques d’IBM Software a aussi ses bons côtés. Domino 6 se voit ainsi gratifier d’un module d’administration hérité de Tivoli. Il offrira un meilleur suivi des performances grâce à de nouvelles séries de mesures qui déboucheront sur de nouvelles statistiques. L’objectif est d’accroître le niveau de performances en identifiant mieux les goulets d’étranglement. La montée en puissance est l’un des axes forts de développement de Domino. Nulle mention n’a été faite, lors de Lotusphere 2002, d’une quelconque intégration avec le routeur de messages Sendmail, adopté par IBM, et parfois déployé devant Domino pour muscler ses capacités de traitement. Mais, comme le notait un rien désabusé un participant de la manifestation, “ce qui a été annoncé pour les prochaines années, ce sont les produits que l’on attendait aujourd’hui “.

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Olivier Roberget