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Les téléviseurs connectés sont-ils prêts pour vous séduire ?

De l’avis de nombreux analystes, la télévision connectée est l’un des enjeux majeurs de ces prochaines années. La rédaction vous propose un état des lieux en cette rentrée 2012.

Apple sortira-t-il son iTV avant les fêtes de fin d’année ? Rien n’est moins sûr… Peter Oppenheimer, le directeur financier d’Apple, a déclaré à nos confrères du magazine Fortune que sa commercialisation n’était pas à l’ordre du jour.
« Concernant le marché de la télévision, Eddy Cue [senior vice-président en charge des logiciels Internet et des services] a répété que la démarche d’Apple est d’investir des marchés sur lesquels elle peut créer des expériences clients satisfaisantes et résoudre des problèmes-clés.  Les principaux problèmes sur le marché de la télévision sont, à mon avis, la mauvaise expérience utilisateur et le regroupement forcé de contenus payants. Apple pourrait sans nul doute créer une meilleure interface, mais M. Cue a expliqué que la solution serait incomplète du point de vue de l’entreprise, à moins de pouvoir proposer du contenu d’une manière différente du modèle actuellement proposé ». De leur côté, les autres constructeurs se sont déjà engouffrés sur ce segment du marché et les téléviseurs connectés occupent une part de plus en plus importante dans les catalogues.

Est-ce le moment pour le consommateur d’investir dans un tel appareil ? L’offre est-elle mature ? Les contenus et l’expérience utilisateur sont-ils à la hauteur ? Autant de questions que nous allons tenter d’éclaircir.

La télévision du futur ? La Smart TV !

D’un côté, les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’institut GfK, même si l’on s’attend à une baisse de 20 % des ventes de téléviseurs – toutes catégories confondues – pour l’année 2012 par rapport à 2011, les téléviseurs connectés ont le vent en poupe. La technologie équipe 22 % des téléviseurs trouvant acquéreur et les ventes sont en augmentation de +15 % depuis le début de l’année. Une autre étude, réalisée cette fois-ci par Display Search sur un panel de 14 000 personnes interrogées dans 14 pays, vient pourtant relativiser le succès des téléviseurs connectés, et notamment, l’intérêt du grand public pour les nouveaux usages offerts par cette récente catégorie d’appareils. D’après ce cabinet d’études, si 18 % des participants possèdent une Smart TV, 44 % d’entre eux déclarent ne pas être intéressés par le visionnage de contenus Web sur un téléviseur. L’enquête conclut que le PC fixe ou portable reste le terminal le plus utilisé pour accéder au Web.

Une expérience utilisateur bien pauvre

Selon notre spécialiste maison, qui officie au sein du 01Lab, notre laboratoire de tests, ces chiffres sont bien le reflet du marché. La croissance des ventes des téléviseurs connectés s’explique aussi, en partie, parce que la connectivité des téléviseurs – en tout cas, en ce qui concerne, les grandes diagonales – n’est plus réellement une option. Une grande majorité des téléviseurs présentent en standard une connectivité Wi-Fi (ou Ethernet) ainsi qu’une interface permettant de se connecter à différents services Web (tels que YouTube, Facebook, Twitter…) pour consulter du contenu Web. Mais les nombreux tests effectués par notre laboratoire montrent que de gros progrès restent à faire.

Se pose le problème de l’hétérogénéité des interfaces : un consommateur qui change de marque devra passer par une période d’apprentissage. Par ailleurs, la sacro-sainte télécommande n’est absolument pas l’accessoire adapté à la navigation sur le Web et encore moins à la saisie de caractères sur un écran (bien que certains constructeurs, comme Philips, aient eu la bonne idée d’intégrer un clavier sur leur petit boîtier). Mais le plus gros souci réside dans la lenteur d’affichage des informations ou des contenus sur l’écran : les processeurs qu’hébergent pour le moment les téléviseurs sont, dans leur immense majorité, largement sous-dimensionnés pour ce genre de pratiques.

Pas de précipitation?

L’autre problème, de taille, c’est l’accès aux contenus. D’un côté, les ayants droit et les diffuseurs traditionnels de contenu audiovisuel (comme les chaînes de télévision) voient d’un très mauvais œil l’arrivée d’Internet et de sa profusion de contenus dans les téléviseurs. Par ailleurs, les géants du Web – Google et son YouTube en tête – n’ont de cesse de réduire la frontière entre les contenus audiovisuels classiques et les contenus Web. YouTube compte d’ailleurs lancer en France treize chaînes de télé dès le mois d’octobre. Capa, Endemol, Marmiton ou encore Auféminin.com auraient, selon le Figaro, été retenus au terme d’un appel d’offres. Les acteurs historiques de l’audiovisuel français, dans le même temps, mettent les bouchées doubles pour parfaire leur portail de Catch Up TV (ou télé de rattrapage) et de VoD (Vidéo à la demande) et s’adapter aux technologies des constructeurs. C’est le cas notamment de Samsung et France TV qui ont signé cet été un partenariat pour intégrer le portail Pluzz dans les futurs modèles de la marque.

Ce n’est donc pas un hasard si le nouveau gouvernement a récemment évoqué la fusion du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de l’Arcep pour tenter de mettre d’accord tout ce petit monde. Le téléviseur connecté, en tant qu’ultime terminal vers lequel convergeront – sans restriction aucune – tous les contenus audio ou vidéo des chaînes de télévision et des acteurs du Web, n’est donc pas pour demain. L’attentisme d’Apple en la matière et les nombreux pourparlers que la firme a engagés avec les producteurs de contenus originaux et les diffuseurs en sont la meilleure illustration. Pour le consommateur, il est urgent d’attendre…

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Benjamin Gourdet