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Les nouveaux “ experts ” du crime

Les services techniques et scientifiques de la gendarmerie nationale ont développé des méthodes d’investigation sophistiquées qui révolutionnent les enquêtes criminelles

Des Brigades du Tigre aux Experts et N.C.I.S. en passant par Sherlock Holmes, la police scientifique a toujours fasciné les écrivains et les réalisateurs. Si la fiction a souvent anticipé la réalité, elle est rattrapée aujourd’hui par les évolutions technologiques. Dans les affaires criminelles, des enquêteurs d’un nouveau genre ont fait leur apparition. Informaticiens, experts en électronique et en télécommunications, ingénieurs, scientifiques ou profileurs ont développé au sein de la Gendarmerie nationale des technologies qui n’ont rien à envier aux séries américaines.Situé au fort de Rosny-sous-Bois (93), le centre technique et scientifique de la Gendarmerie nationale joue un rôle essentiel dans les enquêtes menées sur le territoire français. Au cœur du dispositif, l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN). Deux cent soixante gendarmes spécialisés, des “ experts ” version française, sont affectés à ce service de pointe en matière d’investigations techniques. “ L’institut a pour vocation l’analyse et l’identification des indices prélevés sur le terrain par les N-tech, des gendarmes qualifiés, dans le cadre d’enquêtes judiciaires, explique son patron, le colonel de gendarmerie François Daoust. L’expertise de ces hommes relève de domaines aussi variés que la balistique, l’informatique, l’électronique, la biologie, l’entomologie, la toxicologie… ”. Leur champ d’action s’étend de l’intervention sur des scènes de crime aux investigations scientifiques sur les lieux de catastrophes aériennes (l’accident de l’Airbus A320 au Mont Saint-Odile en 1992, le crash de l’A330 entre Rio de Janeiro et Paris en 2009).Trois divisions criminalistiques apportent leur concours aux enquêtes : physique-chimie, ingénierie et numérique, identification humaine. Ce sont elles qui ont travaillé sur le quintuple meurtre commis le 11 avril 2003 au Grand-Bornand. La disparition de la famille Flactif, un couple et leurs trois enfants, demeure un mystère jusqu’à ce que des prélèvements minutieux soient effectués dans leur chalet et analysés par les laboratoires de la gendarmerie. Malgré le “ grand nettoyage ” du meurtrier, les indices désignent le voisin comme coupable du crime. Un cas d’école qui met en lumière l’importance de la “ preuve scientifique ” comme élément incontournable de l’enquête criminelle. Plus récemment, l’IRCGN a été mis de nouveau à contribution dans l’affaire des antiradars illégaux.Les cybergendarmes ont réussi à identifier près de 600 conducteurs qui s’étaient procurés ces boîtiers prohibés sur Internet en traquant les transactions de ventes Paypal. Les brigades de terrain peuvent s’appuyer sur des équipes spécialisées dans différentes technologies de pointe. Au sein de la division Ingénierie et numérique, le département SIP (Signal, Image, Parole) est sollicité dans le traitement des enregistrements numériques audio et vidéo. Il analyse les enregistrements de vidéosurveillance, les interceptions téléphoniques, les boîtes noires, établit l’authentification de voix grâce à de nombreux matériels et de logiciels de lecture. À côté, les enquêteurs du département Informatique électronique balayent tout le spectre de l’extraction des données informatiques et du traitement de l’information. Il en va de la récupération de données dans des fichiers cachés, protégés par mots de passe, effacés ou cryptés, sur tout type de support numérique (disques durs, disquettes, CD-Rom, etc.). La cible : des images pédopornographiques, des traces d’échanges délictueux par Internet, la délinquance économique ou financière, la contrefaçon de documents, les menaces ou diffamations. Ils détectent également les actes de délinquance sur les réseaux informatiques ou de télécommunications. Leur expertise s’étend aux fraudes décelables sur des cartes mémoire et à l’analyse des données contenues dans la mémoire des téléphones portables.Dans les mêmes locaux, un autre organisme central de la police judiciaire œuvre dans l’ombre contre la criminalité. Le Service Technique de Recherches Judiciaires et de Documentation (STRJD) est une émanation du premier fichier manuel de recherches créé à Versailles en 1932. Il centralise et exploite toutes les informations relatives aux crimes et délits transmises par les unités de la Gendarmerie nationale. De nombreux fichiers ? procès-verbaux, fiches de renseignements, rapports… ? sont traités et mis à la disposition des enquêteurs.

Des données passées au crible

Plus connue sous l’appellation Judex, cette base de données est actualisée quotidiennement. Elle référence plus de dix millions d’affaires en cours et un million d’images pédopornographiques. Cette base devrait être prochainement remplacée par l’application Ariane (Application de recherche d’identification d’analyse pour les enquêteurs) qui regroupera aussi les renseignements du fichier de la Police nationale (Stic). Pour faire face à la délinquance liée aux technologies numériques, le STRJD s’est vu confier la police du réseau Internet et la lutte contre toutes les formes de cybercriminalités (pédopornographie, escroqueries, contrefaçons, racisme, xénophobie, etc.). Les gendarmes affectés à ce service sont spécialisés dans l’investigation sur le Web, la détection des infractions et l’identification des auteurs. La priorité est donnée à la lutte contre la pédopornographie, un phénomène qui connaît une forte croissance.

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Frédérique Crépin