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Les agences web vont devoir se pencher sur la qualité de développement

Depuis la rentrée 2000, les agences web jusqu’alors en forte croissance ne sont plus qu’en simple croissance. Ce changement de tendance leur impose davantage de rigueur.

Elles n’ont plus le choix, en tous cas c’est ce que l’on aimerait croire. Sorties de l’euphorie depuis l’an dernier, les agences web hexagonales commencent ?” enfin ?” à s’interroger sur la qualité de leurs développements. L’ère des sites jetables, faits à la va-vite, et reposant sur des technologies instables touche peut-être à sa fin. Quoi qu’il en soit, au moins dans leurs déclarations d’intention, le désir des prestataires de donner satisfaction sur le long terme reprend le dessus. Pour l’heure, rare est le client n’ayant jamais eu à subir leur manque de méthodes de travail internes et externes.“Sur le projet Houra.fr, nous avons constaté de nombreux dysfonctionnements ou abus, se rappelle Eric Boisson, responsable technologique, anciennement employé par le site de commerce électronique. Les spécifications étaient fréquemment trop larges, vagues, pas assez techniques, vendues une fortune et accompagnées de développements aléatoires.” Qui plus est, cet ” amateurisme ” se double d’un manque de transparence du prestataire.

Rien d’évident pour développer sur internet

Il arrive en effet couramment que le client se voit refuser l’autorisation d’inspecter l’avancement du projet sur site. De guerre lasse, et flairant un vide sur le marché des services web, Eric Boisson décide alors de créer Thinkfor, une start up agissant comme interface entre le client et ses prestataires techniques.A la décharge de ces derniers, rien n’est évident dans le monde du développement internet, à commencer par les technologies utilisées. Aujourd’hui, la conception proprement dite d’un site ne pose plus vraiment de problèmes. Par contre, sa mise en ?”uvre s’avère plus complexe car les standards sont peu nombreux. Et quand ces derniers existent, ils sont mouvants, rendant, par exemple, plus difficile le respect de normes de codage. Ainsi, au sein de son activité multimédia, c’est de la jeunesse des technologies dont la société Atos Origin souffre le plus (voir encadré Point de vue). Selon Pascal Traclet, directeur de projet, “on a tendance à [adopter les technologies] très tôt, mais on a pu s’apercevoir, par exemple, que la plate-forme de développement J2EE fonctionnait très mal avant novembre 1999, ne prenant pas les EJB en compte…”

Le débutant, un défi pour les chefs de projets

Ce type de difficulté passé, la mise en place d’une méthodologie de développement rencontre également des freins en interne.Ainsi les taux de croissance de certaines agences web, qui peuvent encore atteindre les 30 ou 40 %, se doublent d’une proportion correspondante d’effectif ” neuf “. Dans le meilleur des cas, il s’agit d’ingénieurs de développement possédant quelques années d’expérience. Mais le profil débutant est également très répandu, posant aux chefs de projets de véritables défis dans la répartition des tâches. Pour ce type de population, la méthodologie participe du conflit de génération. Le développement par composants, relativement instinctif pour ces nouveaux informaticiens, éclipse le développement tout court. Dans les cas les plus extrêmes, on peut se retrouver avec un site fait de bric et de broc, bâti à l’aide de morceaux de code enfoncés au marteau.Comment les agences web ont-elles décidé de réagir à ces difficultés ? Ont-elles passé le cap de la qualité ? Continuent-elles à chasser le contrat ou cherchent-elles désormais à pérenniser leurs développements ? S’il existe toujours des canards boîteux, essentiellement dans les agences web spécialisées dans le front office, la plupart formulent un discours méthodologique plus cohérent. Ce qui est nouveau, c’est que celui-ci intervient de plus en plus dans les phases d’avant-vente. Il se compose alors d’un subtil mélange de tranquillisants, de démonstration de rigueur et d’ultimatums. Le client qui n’entre pas dans ce jeu part alors pénalisé.

La mise en place des normes, principal souci

Les prestataires restent cependant mitigés sur l’importance à accorder à la méthodologie en tant qu’argument de marketing. Chez Framfab France, il n’y a pas de doute. “Dès l’appel d’offre, nous expliquons à notre client comment nous allons travailler avec lui, certifie Damien Cullery, chef et coordinateur de projets. Nous présentons la méthodologie, qui a notamment constitué un critère discriminant de choix pour des références telles que Ikéa, Packard Bell ou Volvo.”Chez FRA, qui se targue de travailler sur des projets “à forte dimension technologique” comme Ooshop, Picard ou Verywine, sept années d’existence ont donné naissance à des méthodologies “liées au contexte du commerce électronique et au développement rapide d’applications”. Ingénieurs issus de l’Ecole des mines, ses fondateurs se déclarent férus de méthodologie. “Notre principal souci, affirme Jean-Louis Bénard, directeur général, c’est de mettre en place des normes de développement. Elles représentent la garantie pour le développeur, lorsqu’il passera d’un projet à un autre, de se retrouver en terrain connu.” La réflexion est poussée jusqu’à la façon de noter les variables, l’organisation des répertoires de sources, ou encore l’archivage de celles-ci.A un niveau plus élevé, FRA utilise non seulement un système d’itérations très courtes ?” recadrant en permanence les spécifications pour ne pas avoir à dépasser le calendrier ?”, mais également des méthodes classiques, considérées comme des piliers du développement. Ainsi, estime-t-on la partie ” modélisation de données ” de Merise incontournable en informatique de gestion. Cette dernière est systématiquement présente dans les projets internet.On tient le même discours chez SQLI où, pour tout ce qui touche à l’ingénierie et à la réalisation de projets de scripting ou tournés vers les données, Merise arrive toujours à point. “Les méthodes orientées objet supposent que l’on adopte des outils objet, y compris les bases de données, assure Olivier Reysse, consultant de la société. Or, celles-ci, telles qu’on les utilise essentiellement aujourd’hui, sont relationnelles. Compte tenu de notre expérience, les méthodes objet sont indiquées pour les phases de définition et développement, tandis que Merise est irremplaçable pour ce qui concerne les liaisons avec les modèles de données.”

Les agences web franchissent un cap dans la méthode

Cela dit, ce moyen ne concerne pas vraiment ce qui fait la spécificité des projets web. “Les méthodes classiques ne sont pas adaptées à un contexte volatil et incertain, estime Ian Stokes, président de DSDM France, association de promotion de la méthodologie éponyme. Elles sont trop centrées sur les entrées ?” activités, ressources, feuilles d’heures ?” et pas assez sur les sorties ?” livrables, indicateurs, valeur validée par le client.” On voit donc croître l’intérêt pour les déclinaisons de Unified Process et, de manière plus décriée, pour celles des méthodologies dites “agiles”(voir encadré Tendance). Peu de doutes, le marché des agences web est en train de franchir un cap méthodologique. Si certaines se rendent compte de l’apport d’une démarche qualité sur le long terme, d’autres risquent de s’y résoudre malgré elles. Les clients répugnent en effet à payer pour des développements jetables. Ils cherchent à pérenniser leurs sites comme composantes essentielles de leur système d’information. D’où cette sentence en forme de menace d’une agence web sûre de son fait : “Les concurrents qui n’ont pas compris l’intérêt de la qualité ne vont pas le rester longtemps.”

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Philippe Billard