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Le sans-fil sort des applications de niche

Difficile à manier, la technologie radio était réservée jusqu’alors aux télécoms ou à la diffusion audiovisuelle. La montée en puissance de l’Ethernet sans fil et des réseaux personnels l’ouvre à de nouveaux usages en entreprise.

Cette année, on fêtera les cinq ans de l’Ethernet radio à la norme 802.11, à 2 Mbit/s. Mais, c’est l’arrivée des 11 Mbit/s du 802.11b (aussi appelée Wi-Fi, pour Wireless Fidelity), ratifié en 1999, qui aura fait sortir le sans-fil des applications de niche. Témoin Technal, entreprise spécialisée dans la menuiserie aluminium, et pour qui l’utilisation de Wi-Fi ne se justifie pas seulement pour les portables, mais aussi pour les PC de bureau. “Nos locaux sont organisés en mode paysager, pour faciliter la communication. Nous réaménageons l’espace assez souvent. Répercuter les changements sur un réseau filaire coûtait du temps et de l’argent”, explique Jean-Luc Renoux, directeur du système d’information de Technal. D’où le choix du sans-fil, dont le déploiement était prévu pour 2002.Mais, l’explosion, en septembre 2001, de l’usine AZF, située à 400 m à vol d’oiseau du siège de Technal, aura précipité les choses. “Il a fallu réaménager l’espace de travail de cent personnes en un week-end”, résume Jean-Luc Renoux. Le réseau sans fil, d’origine Cisco Systems, a aussi desservi des locaux temporaires, et permis des rotations de zones de travail pendant les réaménagements. Les points d’accès ont remplacé des concentrateurs Ethernet, ou bien se sont connectés à l’existant. Pour Technal, le débit fourni par Wi-Fi est suffisant pour de la bureautique.

Pas de remède unique en sécurité

Dans la pratique, on dispose environ de 6 Mbit/s utiles, ce qui est assez éloigné des performances de l’Ethernet filaire commuté à 10 Mbit/s. Il faut dire que le lien radio est partagé en semi-duplex. De plus, le débit de Wi-Fi diminue rapidement avec la distance, le rayon typique étant inférieur à 25 m. Le signal sera affaibli par les murs et autres obstacles, et les phénomènes de réflexion ou de diffraction (par les fenêtres) devront être pris en compte.Autre frein : la faiblesse du sans-fil en matière de sécurité. Exemple : l’établissement d’enseignement supérieur Bridgewater College, aux États-Unis, a déployé un réseau de deux cents points d’accès Enterasys sur une trentaine de bâtiments, certains couvrant des zones de passage extérieur. Le réseau compte quatre cents utilisateurs. Afin de parer au risquele plus fréquent – c’est-à-dire l’écoute des transmissions radio grâce à une simple carte réseau sans fil -, le trafic est chiffré via une clé de 128 bits selon la méthode WEP (Wired equivalent privacy), conçue pour ramener les risques d’intrusion au niveau de ceux d’un réseau filaire. “Dès la première connexion d’un étudiant, nous enregistrons ses adresses MAC et IP. Nous changeons la clé chaque année, et les étudiants doivent se réinscrire. Ce n’est pas la meilleure sécurité, mais c’est mieux que rien”, admet Patrick Cronin, directeur télécoms.

Le 802.1x, face au WEP

Les limites de WEP, défini dans la couche MAC de 802.11, ont été prouvées. Face à WEP, le standard 802.1x – sans être parfait – amène une gestion dynamique des clés et une authentification centralisée sur un serveur (souvent Radius) via le protocole EAP (Extensible authentication protocol).On peut aussi s’adosser aux réseaux privés virtuels (VPN), dont IPSec. C’est la démarche de Colubris Networks : “Nos points d’accès intègrent un serveur VPN compatible avec les clients VPN usuels. Avec une solution Cisco, il faut un boîtier PIX séparé, limité à dix usagers et à 3 Mbit/s. Pour accroître le nombre d’utilisateurs, il faut ajouter un boîtier, ou passer au modèle supérieur, plus cher. Notre serveur VPN gère jusqu’à cinquante connexions, soit davantage que le nombre recommandé pour du trafic sans fil”, s’enflamme Pierre Trudeau, fondateur de la société. La solution aura retenu toute l’attention d’Alcatel au point de signer un accord de revente avec Colubris.Dernière possibilité : le commutateur Mobius, de Symbol, qui centralise l’intelligence de multiples points d’accès, et implémente le standard 802.1x et des VPN.

Le 802.11a, bloqué dans sa progression

À présent arrivent des États-Unis les premiers produits Ethernet sans fil à 54 Mbit/s, à la norme 802.11a. Ils fonctionnent dans la bande des 5 GHz, bien moins encombrée que celle des 2,4 GHz du 802.11b, et sont encore très minoritaires. Au premier semestre 2002, il s’en est vendu vingt fois moins que de matériels 802.11b, selon InStat/ MDR. De plus, “jusqu’en août, les produits étaient non administrables, réalisés à partir de composants bon marché, ceux d’Antheros, les seuls disponibles. Depuis, des constructeurs de premier plan, notamment Cisco et Symbol, ont lancé des modèles de haut de gamme combinant 802.11a et b”, explique Gemma Paulo, analyste chez In-Stat/MDR.Reste à voir si le rouleau compresseur américain du 802.11a envahira l’Europe, ou s’il sera contré par HiperLAN2, une variante poussée par Ericsson (elle utilise du multiplexage temporel au lieu d’un accès partagé avec évitement de collision). Autre zone de flou : le cadre réglementaire, pour l’usage de la bande de fréquences des 5 GHz, aussi bien en France qu’en Europe. Sur ce point, HiperLAN2 respecte les réglementations pour éviter les interférences.

Bluetooth et Wi-Fi, complémentaires

Enfin, dernier souci : le 5 GHz restreint la portée du réseau sans fil, comparé au 2,4 GHz. D’où l’importance du 802.11g, à l’étude, qui reprend le mode de transmission OFDM (Orthogonal frequency division multiplexing) du 802.11a, mais dans la bande des 2,4 GHz. Il atteindra 54 Mbit/s – 20 Mbit/s dans un premier temps – tout en étant interopérable avec le 802.11b. Du coup, des constructeurs ont annoncé des matériels à 22 Mbit/s, sans attendre la normalisation, et les présentent comme du 802.11b amélioré.Bluetooth est également promis à un bel avenir – bien qu’il tarde à décoller. Forrester Research table sur 237 millions d’équipements Bluetooth, en 2006, en Europe (93 % d’entre eux seront des téléphones mobiles), contre 1 million, en 2001. Comparativement, 21 millions d’équipements seront alors dotés d’Ethernet sans fil (79 % étant des PC portables ; 14 %, des téléphones ; et le reste, des PDA).Bluetooth fonctionne dans la même bande de fréquences que Wi-Fi, avec des caractéristiques différentes. Il fournit 720 kbit/s sur 10 m, et n’accepte que sept connexions simultanées, mais il est moins cher, moins gourmand en énergie, et moins sensible aux interférences.“Les PC portables seront équipés en 802.11b et en Bluetooth, assure Nick Hunn, directeur de TDK Systems. Pour un transfert de fichier, Bluetooth est plus simple à utiliser.” Pourtant, dans la plupart des cas, on utilisera 802.11b pour connecter son PC portable au réseau local, tandis que Bluetooth reliera le PC au mobile GPRS pour accéder à Internet, lors d’un déplacement.Enfin, une nouvelle technologie a fait son apparition : l’Ultra-WideBand (UWB) normalisé 802.15.3a. Autorisée aux États-Unis depuis février 2002, elle envoie de très courtes pulsations sur tout le spectre radio. Avec un débit de plusieurs centaines de mégabits par seconde sur 10 m et une consommation dix fois inférieure à celle de Wi-Fi, UWB pourrait succéder à Bluetooth pour des applications nécessitant un débit important.

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Annabelle Bouard