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Le DSI français, un stratège en quête d’estime

L’étude rendue publique aujourd’hui par le Cigref sur le rôle du DSI dans les grandes entreprises françaises montre une distorsion entre les visions respectives des directions générales, des directeurs opérationnels et des DSI.

Caliméro est-il représentatif de l’état d’esprit qui prévaut actuellement chez les directeurs des systèmes d’information (DSI) ? Le lecteur de l’étude ” Dynamique de la relation entre direction générale et direction des systèmes d’information dans les grandes entreprises françaises “, réalisée par McKinsey & Compagny à la demande du Cigref, peut légitimement se poser la question. Caliméro, le petit poussin noir éternellement abrité par sa demi-coquille, aime la loyauté et ne supporte pas l’injustice. Le fait d’aider les autres le rend joyeux et heureux. Son but ? Avoir un tas d’amis ! Le caractère de ce personnage de bande dessinée colle bien à celui des DSI décrit par les analystes de l’étude, lorsqu’ils listent les attentes de ces derniers vis-à-vis de leur direction générale : “Qu’ils consacrent plus de temps aux systèmes d’information, qu’ils accordent davantage de reconnaissance et de confiance à leur savoir-faire, qu’ils impliquent les directions métier et qu’ils exploitent mieux leur connaissance transversale de l’entreprise…”

Une évolution radicale des directions générales

Comme Caliméro, le spécialiste des nouvelles technologies souffre donc, sinon d’un désamour, tout au moins d’une certaine distance avec les autres décideurs de l’entreprise, directeurs généraux et directeurs opérationnels. “Je serais plus modéré dans cette interprétation, tempère Jean-François Pépin, délégué général du Cigref. Car c’est d’abord d’un manque de reconnaissance que souffrent actuellement les DSI.” Un sentiment qui, de plus, ne serait pas complètement justifié aux yeux des soixante et onze grandes entreprises interrogées et des quarante-quatre témoignages enregistrés pour la réalisation de l’étude par Eric Monnoyer, directeur associé chez McKinsey & Company. “Les directions générales sont désormais convaincues de l’importance des systèmes d’information et s’y impliquent”, affirme ce spécialiste qui a déjà conduit une centaine de missions sur les nouvelles technologies en entreprise. Il estime que, au fil du temps, les directions générales ont radicalement évolué. “Elles ont aujourd’hui une bonne connaissance de la problématique des systèmes d’information ; elles perçoivent les directions des systèmes d’information comme des partenaires crédibles et partagent la même vision des priorités.” Et, cerise sur le gâteau, ces deux partenaires ont souvent des interactions directes : plus des deux tiers des DSI sont actuellement rattachés à la direction générale ou à la présidence ?” un tiers d’entre eux dépendent donc des directions opérationnelles ; et ils ont régulièrement des échanges en tête à tête ou via des notes internes. Enfin, les systèmes d’information sont perçus comme étant au niveau de ceux de leurs concurrents ?” voire en avance. Pour Eric Monnoyer, la cause est entendue : “Les directeurs généraux ont de plus en plus une idée précise du rôle de la direction des systèmes d’information dans leur entreprise.”

Les aspects financiers occupent le devant de la scène

De quoi mettre du baume au c?”ur des informaticiens, enfin reconnus à leur juste valeur. Mais il serait faux d’en déduire que leurs angoisses sont infondées. En effet, plusieurs points de divergence perdurent. “Les directeurs généraux estiment toutefois, pondère Jean-François Pépin, que leurs DSI négligent l’importance de trois leviers : l’excellence opérationnelle des systèmes d’information, le développement des relations informelles avec les directions métier et la communication.” Et c’est effectivement là que le bât blesse, car la relation se joue à trois : entre le directeur général, le directeur des systèmes d’information et les directeurs opérationnels. Ainsi, la contribution réelle aux performances de l’entreprise des DSI serait unanimement reconnue comme inférieure aux attentes dans les domaines de l’aide à la décision et de la facilitation des synergies.Préoccupante également serait l’implication insuffisante des directions opérationnelles dans les projets informatiques. Cela expliquerait l’écart observé entre la contribution attendue et l’apport réel des systèmes d’information aux métiers de l’entreprise. Un dernier facteur étant la faiblesse dans la conduite des projets. Quant aux aspects financiers, ils semblent désormais occuper l’essentiel des échanges entre les directions générales et les DSI, toujours au détriment des discussions avec les directions opérationnelles.“Notre étude est qualitative, insiste Jean-François Pépin. Elle montre bien que le rôle d’un DSI varie selon l’entreprise, son histoire et sa maturité technologique.” Il souligne toutefois trois traits communs. D’abord, la très nette prise de conscience des directeurs généraux quant à la maturité des systèmes d’information ?” mais les DSI ne sembleraient pas s’en être encore vraiment rendu compte.Ensuite, le fait qu’il ne faut plus seulement envisager le métier de responsable des systèmes d’information en termes de fonctionnement technologique, mais plutôt, maintenant, traiter aussi la question sous l’angle de la nécessité stratégique pour l’entreprise. Enfin, il est nécessaire de mettre en place des leviers d’action auprès des directeurs généraux et des directeurs opérationnels afin de les former à mieux connaître les apports des technologies dans leurs métiers. Et ce pour qu’ils soient en mesure d’exprimer et de concrétiser leurs besoins. Car si le DSI doit parler deux langues ?” celle de l’informatique et celle du métier de l’entreprise ?”, ses homologues directeurs généraux et opérationnels doivent également, de leur côté, s’intéresser aux technologies de l’information.

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Hubert d'Erceville