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La Silicon Valley et les maux de la croissance

Loyers inabordables, bouchons sans fin… la bonne santé de l’industrie high-tech pèse sur la qualité de vie dans la région de San Francisco. Les habitants veulent désormais contrôler la croissance des dot-com.

Un exemple parmi d’autres : le jeune maire de San Carlos, une ville au c?”ur de la Silicon Valley, n’a pas les moyens de vivre dans sa commune. Cadre dans une compagnie d’assurances en ligne, David Buckmaster vient de s’exiler à Sacramento, capitale de la Californie, d’où il continuera à travailler à distance.Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que dans le comté de Santa Clara, le fief de Cisco, Intel et Apple, le prix moyen d’achat d’une maison a augmenté de 33 % entre juillet 1999 et juillet 2000. Il dépasse aujourd’hui les 4 millions de francs. Résultat : moins de 20 % de la population a les moyens d’accéder à la propriété, contre 50 % dans le reste du pays.Les locataires ne sont guère mieux lotis. A San Francisco, le loyer mensuel d’un appartement avec deux chambres s’élève à 18 000 francs, contre 10 000 francs il y a cinq ans. Malgré cela, on estime que moins de 1 % des appartements sont inoccupés dans la ville.Le quartier hispanique de Mission, à San Francisco, est aujourd’hui envahi par de jeunes sociétés de la nouvelle économie et par leurs employés aisés.L’une des populations les plus touchées par l’explosion des loyers est le monde des arts de San Francisco, une ville pourtant fière de sa vitalité artistique. De nombreux groupes de théatre, de danse et de musique ont été mis à la porte faute de pouvoir assumer l’augmentation des loyers. Si bien que la municipalité vient d’annoncer qu’elle débloquerait 22 millions de francs pour aider ces groupes et les associations caritatives à rester à San Francisco.

Les électeurs s’expriment

Mais trop c’est trop. L’année dernière, une révolte contre l’invasion des dot-com a vu le jour. De la façon la plus sauvage, avec affiches placardées à travers la ville, à la plus civile, avec plusieurs propositions de lois soumises au vote des habitants de la région.Avec un mot d’ordre : ” Nous voulions attirer l’attention sur le fait que la croissance était hors de contrôle et que le futur de la ville était menacé “, explique le porte-parole d’un groupe qui s’est mis à placarder des slogans antidot-com sur les murs de la ville.Ainsi, lors des élections du 7 novembre, les habitants de la Silicon Valley ont eu l’occasion de voter pour ou contre plusieurs mesures qui visaient à contrôler la croissance ou à en réparer les effets négatifs.Parmi celles-ci, la proposition ” L “, qui a été battue de quelques voix, aurait imposé des limites plus strictes sur le développement commercial de certains quartiers de San Francisco. Elle était soutenue par le groupe Campaign to Save San Francisco.Son trésorier, David Looman, qui travaille dans la high-tech, n’est pas viscéralement opposé aux dot-com, mais il considère que la croissance doit être contrôlée pour garantir la survie de la ville. Par contre, les habitants du comté de Santa Clara ont massivement approuvé la proposition ” A ” qui permettra au comté de prélever un nouvel impôt pour améliorer les transports en commun. Malheureusement, la nouvelle taxe ne prendra pas effet avant 2006 et les bouchons qui asphyxient les routes, matin et soir, ont encore de beaux jours devant eux.Les sociétés implantées dans la Silicon Valley sont conscientes des problèmes causés par la croissance. Le Silicon Valley Manufacturing Group ( SVMG), une puissante association regroupant 175 des plus importantes compagnies locales, a soutenu la proposition ” A ” et travaille sur de nombreux autres projets pour améliorer le logement, les transports et l’éducation.

“Si les employés arrivent au travail épuisés après des heures de trajets ou s’ils décident de quitter la région, c’est toute l’économie locale qui en souffre”, tempère Michelle Montague-Bruno, porte-parole du SVMG.

Les communes prennent des mesures

Plusieurs communes de la Silicon Valley se sont vu obligées d’agir contre la poule aux ?”ufs d’or. Ainsi, Redwood City vient d’adopter une loi pour contrôler l’afflux de dot-com dans son centre-ville. Aucun bureau ne peut dorénavant s’installer au rez-de-chaussée.” D’une part, nous voulons conserver la diversité de notre commune et garder un centre avec des restaurants et des petits commerces. D’autre part, les dot-com ont tendance à entasser trois fois plus d’employés dans le même espace que d’autres compagnies. Cela engendre des problèmes de circulation et de parking “, explique Charles Jany, urbaniste pour la ville de Redwood City, pour résumer le dilemme qui se présente aux villes dont la haute technologie a fait la richesse.

La Silicon Valley s’étend à l’Est

Incapables de se développer à l’intérieur des frontières traditionnelles de la Silicon Valley, les compagnies high-tech ont commencé à s’installer dans de nouvelles villes plus à l’Est. Cisco et Sybase, par exemple, vont construire de nouveaux campus près des villes de Pleasanton, Livermore et Dublin où les terrains sont moins chers et où elles espèrent recruter des employés qui vivront sur place. Il est prévu que l’Est de San Francisco attire 120 000 nouveaux habitants et 95 000 nouveaux emplois d’ici à 2020. Heureuses pour l’instant d’attirer de nouveaux revenus, ces communes pourraient bien sen mordre un jour les doigts.

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Isabelle Boucq