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La roue de la fortune tourne au numérique

La Française des jeux dispose d’un vaste réseau ADSL pour relier ses 30 000 points de vente. Visite à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) du centre informatique.

Pour ceux qui espèrent un sourire de la fortune, la semaine s’annonce chargée. C’est celle du 13 mai, lequel tombe un vendredi. La Française des jeux (FDJ) ne saurait ignorer l’unique vendredi 13 de l’année, susceptible d’attirer de nombreux joueurs occasionnels grâce à une promotion bien orchestrée, sur fond de superstition. Ce jour-là, en plus des tirages habituels du loto les lundi, mercredi et samedi, une super-cagnotte de 13 millions d’euros est à décrocher.Ce n’est pas tout. Cette même semaine, l’autre grande loterie, Euro Millions, commune à dix pays, gagne un tirage hebdomadaire supplémentaire. Le mardi s’ajoute au vendredi, avec un pactole de 123 millions d’euros pour marquer le coup. Sans oublier les tirages quasi permanents de 5 heures à minuit dans les points de vente de la FDJ, comme les 227 quotidiens, entièrement électroniques, du jeu Rapido.

Performance et intégrité

Les 300 ingénieurs informaticiens de la FDJ, eux, n’ont que faire du hasard. Bien au contraire, leur rôle est de parer tout coup du sort. N’en déplaise à la déesse aux yeux bandés, une roue entre les mains, qui orne, aux côtés d’anciennes machines de tirage du loto, le hall du discret bâtiment du centre informatique de Vitrolles (Bouches-du-Rhône). De la validation du bulletin sur le point de vente jusqu’au paiement des gains, tout le circuit est informatisé. Selon deux objectifs : “ performance et intégrité ”, énonce, avec une pointe de fierté, Guy Faia, directeur technique. Côté performance, la FDJ s’enorgueillit de posséder le plus grand réseau ADSL privé de toute la France. Il raccorde les quelque 30 000 détaillants afin d’enregistrer les mises et les grilles des joueurs. Les jours de forte affluence, comme un vendredi 13, le nombre habituel de mises double. Le système informatique est capable d’enregistrer 1 000 transactions par seconde. “ C’est comme pour payer les impôts, les joueurs s’y prennent au dernier moment ”, s’amuse Guy Faia. Ruée assurée juste avant 20 heures.Côté intégrité, il s’agit de sauvegarder les informations relatives aux combinaisons, aux mises et aux lieux de validation. Des informations qui ont la particularité de prendre beaucoup de valeur après le tirage : le fichier des gagnants est le mieux protégé du centre.

Anticipation

Dans la salle de contrôle attenante au centre de données principal, deux à trois personnes vérifient en permanence que tout fonctionne correctement. Un gigantesque mur d’images affiche près de vingt-cinq écrans de contrôle. De quoi embrasser d’un regard de multiples informations. On y suit en direct le cumul des mises par type de jeu, notamment. Des alertes automatiques, relatives aux équipements, sont aussi programmées. Il s’agit pour les surveillants de repérer les signes avant-coureurs d’une panne afin de la prévenir. On trouve dans la salle les mêmes terminaux et écrans vidéo que dans les points de vente. Ils permettent à tout instant de s’assurer que le réseau fonctionne sans soucis.

Grattage virtuel

Depuis 2001, il est aussi possible de jouer en ligne sur le site de la FDJ. Après création d’un compte et vérification des informations bancaires, le joueur peut composer ses grilles et même gratter virtuellement des tickets. Pour limiter les dérapages, il est possible de définir des limites de mises. Le site Internet représente aujourd’hui seulement 5 % de l’activité de la FDJ. On compte jusqu’à 15 000 joueurs connectés en même temps.

Discrétion totale

A part une petite plaque FDJ sur le portail d’entrée, rien ne signale le centre informatique de la Française des jeux. Situé à Vitrolles dans une zone à quelques minutes de l’aéroport de Marseille, il reste discret. A l’intérieur, certains étages, comme celui de la cafétéria, rappelle l’ambiance d’entreprises comme celle de Google.

Coffre-fort

Entre 2006 et 2010, la FDJ a revu ses infrastructures informatiques de manière à garantir le maximum de sécurité. Ce n’est pas un, mais trois centres de données qui existent. Deux, flambant neufs, de 500 m2 chacun, sont sur le site de Vitrolles. Ils fonctionnent en miroir : leur contenu est rigoureusement identique. Le troisième est à Marseille, à quelques kilomètres de là, en ultime secours. Les opérations dans les points de vente, comme la validation des grilles et le paiement des gains, sont concentrées ici, sous terre. “ Tout est dimensionné pour résister à des pics d’activité ”, souligne Guy Faia, directeur technique. Le plus crucial, ce n’est pas la puissance des serveurs, mais la disponibilité du système informatique 24 h/24 et 7 j/7. Le volume d’informations stockées reste d’ailleurs modeste : les données utiles (facilement compressibles vu leur nature) représentent 125 téraoctets. Chaque jour, 1 300 sauvegardes sont réalisées. En parallèle, l’accès physique aux serveurs est hautement contrôlé. Pour y pénétrer, empreintes digitales, badge et code sont indispensables. Le travail d’intervention est découpé entre les équipes afin d’empêcher toute fraude interne.

Autonomie

Pour fonctionner correctement, un centre de données a besoin d’électricité et d’eau froide. Cette dernière est indispensable afin de maintenir la température des équipements électroniques à un niveau acceptable. Chaque centre dispose de ses propres installations pour une autonomie totale. Dans un souci de développement durable, la chaleur que le système de refroidissement récupère sert au chauffage des bâtiments alentours.

Une mosaïque contre la fraude

Sur chaque ticket à gratter, figure une mosaïque rectangulaire que l’on remarque à peine. Le détaillant n’a qu’à glisser le ticket a priori gagnant dans une machine à lecture optique pour vérifier sa validité. Le système interroge directement le centre informatique. En cas de vol de tickets dans un point de vente, ils sont déclarés invalides dans la base de données.

Jeu de rôle

A l’intérieur du bâtiment de la FDJ, la “ rue des jeux ” reconstitue trois points de vente qui servent à la formation des détaillants. Dans la librairie, le bar et le tabac, l’équipement informatique est exactement le même. Seule la mention Spécimen sur les reçus imprimés et les tickets à gratter diffèrent. Place à la démonstration.

De l’autre côté du comptoir

C’est un petit ordinateur avec écran tactile qui se cache derrière le comptoir du revendeur. Il est relié au réseau ADSL privé de la FDJ. Pour s’en servir, le détaillant doit insérer une carte à puce personnelle et s’identifier par un mot de passe. Les communications avec le centre de données sont chiffrées, avec, en plus, un système d’horodatage des mises. La durée de la validation d’un bulletin est de 0,7 seconde en métropole, plus d’une seconde dans les DOM-TOM : le temps nécessaire pour enregistrer les informations dans les trois centres de données, puis d’envoyer la confirmation au terminal. Pour les joueurs indécis, l’ordinateur peut se charger de choisir les numéros grâce au système Flash.

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Olivier Lapirot