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La grande bataille des prestataires

Aucun grand groupe ne peut faire l’économie d’un portail. Sur ce marché en consolidation, les géants de l’informatique prennent position.

Quoi de plus précieux pour les entreprises que leur portail. Il est le sésame électronique pour accéder à leur système d’information. Véritable tableau de bord pour tout utilisateur, il était plébiscité par les sociétés américaines classées dans le Fortune 2000. 85 % d’entre elles prévoyaient ainsi d’en déployer un ou plusieurs d’ici à 2004. A priori, les perspectives sont prometteuses. Dès 1999, le Gartner Group évaluait le marché du portail en 2003 à 8,7 milliards de dollars (9,76 milliards d’euros), Merrill Lynch se hasardant même à évoquer 14,4 milliards de dollars.

Des sociétés dédiées

Aujourd’hui, le Giga Group penche plutôt pour unchiffre avoisinant les 600 millions de dollars pour l’année en cours. Qu’est-il advenu de ce marché ces deux dernières années ?Sans stagner, la croissance est tout de même raisonnable. “ Une première phase a vu l’émergence d’un besoin de consolider les informations dispersées dans une multitude d’intranets“, explique Éric Ochs, PDG de la société d’études IDC France. Des sociétés sont nées spécifiquement pour apporter une solution applicative. Ce sont les pure players du portail. Epicentric, Plumtree et Viador aux États-Unis, Mediapps en France, sont parmi les rares survivants d’une époque révolue. Depuis un an, la donne a radicalement changé. “ Il ne restera à terme que quatre ou cinq éditeurs sur le marché“, prévient Michel Granger, responsable stratégie d’IBM Software, éditeur pour lequel le portail “ est un des éléments clé de la stratégie des entreprises en 2001-2002“.Car, à l’ère du serveur d’applications, les éditeurs de cette brique d’infrastructure entendent s’approprier le marché. Le serveur d’applications peut être défini comme le système d’exploitation des applications internet de l’entreprise. C’est un élément indispensable sur lequel le portail s’appuie pour communiquer avec les éléments de l’architecture du système d’information. “ Le portail n’est que la partie visible de l’iceberg“, précise Laurent de Lavarene, responsable marketing de l’offre serveur d’applications d’Oracle. Le leader des bases de données ne dissocie d’ailleurs pas le portail de son offre de serveur. Tous les éléments nécessaires au développement d’un portail d’entreprise sont fournis avec son serveur d’applications. Ainsi, les références clients d’Oracle (10 000 au total) sur son serveur sont autant de clients potentiels. Ce qui fait dire à Laurent de Lavarene que “les “pure players” ont des soucis à se faire “.

Un outil de coordination

Le cynisme d’Oracle n’est pas la seule indication de la mainmise du marché du portail par les éditeurs de serveurs d’applications. Le Gartner Group a récemment décidé de regrouper dans ses études les marchés du serveur d’applications et de l’EAI (Entreprise Application Integration, solution qui optimise et coordonne les différentes applications d’entreprise). Or, selon Pierre-Olivier Chotard, directeur marketing Europe du Sud de BEA, société phare du monde du serveur d’applications, “ le portail devient progressivement l’outil d’EAI par excellence pour les entreprises. Tous les acteurs du serveur d’applications, qui se fond avec l’EAI, sont donc logiquement les mieux positionnés“. Une logique poussée jusqu’à son paroxysme par Antonio Ferreira, consultant avant-ventes de l’éditeur. Il prévoit déjà que la compétition majeure autour du portail se transformera en une bataille de clochers, au niveau du serveur d’applications, entre l’environnement Java et celui de Microsoft, ” .net “. Ce qui fait de facto de l’éditeur Iplanet, filiale d’AOL, de Netscape et de Sun (créateur de Java), un acteur de poids.En face, Microsoft n’a pas tardé à réagir. À Seattle, après avoir dédaigné le portail, on entoure désormais l’offre Share Point Portal Server 2001 de toutes les attentions. Si le marché de niche des années 1998-1999 n’a pas intéressé la firme de Redmond, la société a finalement rationalisé et regroupé différentes technologies à la fin de l’année 2000 pour présenter une offre cohérente. Et “ l’activité portails est rattachée directement à l’entité serveurs“, souligne le chef de produit Share Point, Jean-Paul Gomes.Pour l’ensemble de ces acteurs, le portail est un axe stratégique, presque une aubaine. Il assure des rentrées d’argent issues de la vente à leur base installée de clients d’une nouvelle brique d’infrastructure. Et il leur permet d’élargir cette même clientèle. L’équation est simple : si vous disposez d’applications ” X ” au sein de votre entreprise, ou d’applications qui reposent sur le serveur ” X “, il y a fort à parier que vous déploierez le portail de ” X ” ! Cette réalité est mise en évidence par le Gartner Group, lorsque ce dernier positionne comme un leader du marché du portail l’éditeur de progiciels de gestion intégrés SAP. “ Nous possédons une des plus importantes communautés d’utilisateurs avec notre base installée, soit 10 millions de personnes“, se satisfait Vincent de Poret, responsable marketing produits sur l’offre portails.L’éditeur allemand a concrétisé ses ambitions à la mi 2001 en rachetant la société Top Tier, spécialisée dans les solutions de portails. Et a créé, deux mois plus tard, SAP Portals, une filiale qui emploie 800 personnes, dont la moitié en recherche et développement. “ Si les “pure players” ont joué le rôle de catalyseur, ils vont dé-sormais se fondre dans les solutions“, prévoit Vincent de Poret.

Danger de cannibalisation

À l’unisson des grands noms de l’informatique, SAP laisse entendre que les entreprises regardent désormais de très près la santé des éditeurs. En bref, pour être légitime sur le portail, il faut avoir les reins solides financièrement. Un propos nuancé par Laurent Binard, PDG de Mediapps. “ L’intérêt des acteurs du monde du serveur d’applications présente un danger de cannibalisation uniquement pour des grands projets de déploiement“, tempère-t-il. Certes, Laurent Binard n’ignore pas que les éditeurs de serveurs d’applications agglomèrent souvent leurs offres avec le serveur. Mais il insiste sur les partenariats qu’il a conclus avec IBM et BEA pour proposer son portail en complément de leurs serveurs sur des projets de moindre taille.Selon Eric Ochs, le va-tout des pure players est d’avoir beaucoup appris sur l’agrégation de contenus. “La notion d’interface avec les données est encore mal maîtrisée par les grands acteurs. Ces derniers souffrent bien souvent de défaut de mise en forme des contenus“, note-t-il. C’est par ce biais que les spécialistes de la gestion de contenus web (Web Content Management), le leader Vignette en tête, sont entrés sur ce terrain.Gilles Humbert, directeur marketing et partenariats de Broadvision, ironise sur l’approche de SAP en affirmant “ qu’un portail, ce n’est pas seulement une vue web d’un progiciel de gestion intégré !” et milite pour la simple intégration du portail, via des connecteurs aux PGI et autres logiciels de gestion de la relation client. En marge de cette pagaille, des trublions pourraient bien venir perturber le jeu. Éric Ochs parie sur les SSII : “Elles pourraient déployer leurs ressources sur la valorisation des données. Si on veut relancer la machine en informatique, on ne peut pas juste mettre en place des applications qui automatisent les process“.

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Christophe Dupont