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Java sur les mobiles : opérateurs et équipementiers voués à l’entente

La plate-forme Java pour terminaux mobiles s’invite cette année sur des millions de téléphones GSM/GPRS. Mais sa réelle consécration dépend de la convergence de ses prochaines spécifications.

J2EE s’est installé durablement sur les serveurs transactionnels ouverts. Son alter ego, J2ME (Java 2 Platform Micro Edition), fait irruption par le bas, en l’occurrence sur la téléphonie mobile grand public ?” dont la mémoire du terminal n’excède guère les 512 Ko. “Jusqu’à présent, le principal obstacle a été le manque d’intégration de J2ME à tous les terminaux et non pas uniquement à ceux qui occupent le haut du pavé“, souligne Rainer Schoenberner, directeur marketing chez Siemens ICM (Information and Communication Mobile). Eternel baromètre de l’industrie, Nokia, qui vient de présenter au Cebit de Hanovre quatre terminaux J2ME, promet cette année d’en écouler plus de cinquante millions d’unités, dont plusieurs modèles d’entrée de gamme. Ils tombent à pic pour donner un coup de fouet aux premiers déploiements de réseaux GPRS.

iMode se révèle être une approche anti-standard

Il serait temps ! Au Japon, on recense d’ores et déjà une dizaine de millions de terminaux J2ME. Si le service iMode de NTT Docomo s’arroge la part du lion, il est loin d’être un cas unique. Ses concurrents nippons, ainsi que les opérateurs CSL et Hutchison Telecom à Hong Kong et le Coréen LG Telecom, cumulent un parc total de cinq millions de terminaux J2ME. Une réussite qui n’est pas facilement transposable en Europe. Exemple le plus criant : KPN Mobile. Bien que démarrant le déploiement d’iMode via sa filiale allemande E-Plus, l’opérateur hollandais ne s’appuiera pas sur des terminaux J2ME. Ses services se limiteront à un affichage statique en WML (Wireless Markup Language) via des scripts iHTML (inline HTML). La raison ? Les téléphones J2ME de ses partenaires équipementiers nippons, dont NEC, ne fonctionnent pas sur les réseaux GSM/GPRS.Par ailleurs, iMode s’appuie sur la version 1.0 de J2ME, arrêtée à l’automne 2000. Outre une machine virtuelle Java KVM ?” K Virtual Machine, déclinaison de la Java Virtual Machine pour des dispositifs à mémoire limitée mesurable en kilo-octets ?”, optimisée pour les processeurs dont la fréquence d’horloge est inférieure à 100 MHz, cette plate-forme inclut les modules CDLC 1.0 (Connected Device Limited Configuration) et MIDP 1.0 (Mobile Information Device Profile). Le premier décrit les ressources du terminal, le second, ses API. Or, Docomo a ajouté des classes de bibliothèques propriétaires au MIDP 1.0 qui optimisent, entre autres, l’interface utilisateur, l’intégration des applications à la couche réseau et leur verrouillage sur les terminaux de cet opérateur. Une approche anti-standard que KPN Mobile compte importer : “Docomo a développé de nombreuses applications Java, nous n’aurons donc pas à élaborer une technologie J2ME“, explique-t-on chez l’opérateur hollandais.En face, les équipementiers européens ne sont pas en reste. Siemens ICM fédère ainsi un réseau d’une trentaine de sociétés de développeurs d’applications pour ses modèles J2ME, le SL45i et le M50. Quant à Nokia, il orchestre une communauté de cinq cent mille développeurs, dont la majorité plébiscite Java. Ce faisant, les deux constructeurs proposent, eux aussi, des enrichissements à la version 1.0 du MIDP. “ Nous avons développé une API pour l’interface utilisateur. C’est essentiel car aucun porteur ne lit jamais son mode d’emploi. Il doit donc y avoir une logique intellectuelle dans la navigation “, affirme Laurent David, directeur de la division téléphonie mobile chez Nokia France. Les deux équipementiers prêchent pour l’interopérabilité : ils entendent soumettre leurs extensions respectives à l’association Java Community Process (JCP) afin d’en assurer la normalisation.

J2ME et WAP peuvent opérer de concert

Baptisées midlets, les premières applications J2ME sont avant tout d’ordre ludique. “Nos API vibra et music émulent respectivement le vibreur et l’écouteur pour simuler les collisions occasionnées lors d’une course de voitures ou réaliser un couplage entre un jeu et une bande son “, illustre Rainer Schoenberner, de Siemens ICM. Autre possibilité séduisante : l’intégration directe des appels voix, dans le cas d’applications de pages jaunes ou d’identification de l’appelant. Mais ce n’est pas tout. Dans le cas de Siemens, les API développées ouvrent la voie à des fonctions de PIM (Personnal Information Manager). Le porteur peut personnaliser dynamiquement la configuration de son écran. Et, surtout, à la différence du WAP (Wireless Application Protocol), les modes de facturation sont plus modulaires, parce que les applications s’exécutent en local et que le terminal se connecte seulement de façon ponctuelle au serveur.Inversement, le WAP complète J2ME par son mécanisme de téléchargement. Ni MIDP 1.0 ni CDLC 1.0 ne préconise encore de modèle. Or, il y a urgence à poser un cadre clair. Sans quoi l’indispensable interopérabilité des plates-formes de services restera un v?”u pieux. Dans l’immédiat, BEA, dont le serveur J2EE Weblogic équipe bon nombre d’opérateurs, pousse pour une imbrication, sur un réseau IP, des applications J2ME et des containers EJB (Enterprise Java Beans). Un projet que l’éditeur compte appuyer en rejoignant l’Open Mobile Consortium créé récemment par Nokia, et dont la mission est d’agréger sous la bannière J2ME des standards disparates mais complémentaires (WAP, SyncML, MMS, etc.).

Le MIDP s’invite timidement dans la cour des PDA

La réussite prévisible de J2ME sur les téléphones mobiles entraînera-t-elle les assistants personnels (PDA) dans son sillage ? Coincé entre la progression de Pocket PC et la base installée de Palm, J2ME ne dépasse guère le cap d’une curiosité exotique, sur un débouché qui ne représente encore que 5 % du marché mondial de la mobilité. De plus, les trois profils pour PDA et autres décodeurs numériques ne sont toujours pas finalisés (voir tableau). Chez Palm, on jure travailler d’arrache-pied sur le premier d’entre eux, le PDA Profile. Mais, preuve que l’impulsion vient d’abord de la téléphonie, le constructeur-éditeur contribue aussi activement aux prochaines versions 2.0 du duo MIDP et CDLC.Dans cette attente, les équipementiers négocient un virage en épingle. Primo, déployer des millions de terminaux J2ME en partenariat avec des opérateurs européens encore timides. Secundo, enchaîner sur cette dynamique pour intégrer le MIDP 2.0. Prévue pour être finalisée en septembre, cette étape nécessitera plus de trois mois d’intégration. En même temps, la KVM doit se doter d’extensions à même d’optimiser l’exécution du code sur les processeurs propres aux terminaux téléphoniques. Si bien que la consécration de J2ME ne risque pas d’intervenir avant le début 2003. Les équipementiers européens commencent juste à admettre le besoin de s’unir pour accélérer la cadence. Une idée que même Alcatel caresse, pour pouvoir se remettre en selle par rapport à ses concurrents.



































































 Quatre grandes catégories de profils pour J2ME 
 Profils     Plates-formes cibles     Standards 
 MIDP (Mobile Information Device Profile)     Téléphone cellulaire (capacité mémoire de 160 à 512 Ko).     CDLC 2.0 et MIDP 2.0 (premières versions en avril 2002). 
         
 PDA Profile     Assistants personnels (capacité mémoire de 512 Ko à 16 Mo).     Première version attendue en avril 2002. KVM/CDC 1.0 finalisés en mars 2001. 
         
 Personal Basis Profile      Décodeurs, kiosques, télématique automobile (minimum 2 Mo de mémoire).     Version publique en mars 2002. JVM/CDC 1.0 finalisés en mars 2001. 
         
 Personal Profile Specification      Terminaux de bureaux mobiles, PDA haut de gamme (minimum 2,5 Mo de mémoire).     Version publique en avril 2002. JVM/CDC 1.0 finalisés en mars 2001. 
 



Les travaux réalisés sur le MIDP empiètent de plus en plus sur le PDA Profile. En revanche, le rapprochement entre les deux profils suivants est moins marqué.


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Samuel Cadogan