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Icann : forte remise en cause

Internet Professionnel: Pouvez-vous nous résumer l’histoire de l’Icann et nous rappeler ses missions ?Créé en novembre 1998 sur l’impulsion du département du commerce du gouvernement américain…


Internet Professionnel: Pouvez-vous nous résumer l’histoire de l’Icann et nous rappeler ses missions ?
Créé en novembre 1998 sur l’impulsion du département du commerce du gouvernement américain pour succéder à l’IANA (Internet Assigned Numbers Authority), l’Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) est une société de droit californien à but non lucratif. Chargé de gérer le système de nommage mondial, il s’est trouvé confronté à trois grands problèmes : mettre fin au monopole de NSI (Network Solution Inc.), unique organisme accrédité pour délivrer les noms de domaine (fin du monopole en janvier 2000) ; gérer la pénurie des noms de domaine liée au partage des trois seuls suffixes .net, .org, et .com entre tous les pays (l’arrivée, dès octobre 2001, de .biz et .info devrait résoudre le problème) ; et enfin, lutter contre le “cybersquatting“, qui consiste à déposer un nom de domaine avec l’intention de faire payer le propriétaire de la marque correspondante lorsqu’il souhaite le récupérer. Pour palier cette dérive, l’Icann a chargé trois organismes, dont l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle), de mettre en ?”uvre des procédures administratives de résolution de litiges.
Internet Professionnel: Comment se positionnent les autres organismes, comme l’Afnic, par rapport à l’Icann ?
L’Afnic (Association française pour le nommage internet en coopération) représente un acteur influent du système de nommage. Très écouté pour la qualité de ses analyses, on lui reconnaît de réelles compétences sur le plan technique. Il dispose du monopole du nommage en .fr, tient ses droits de l’IANA et reverse des redevances pour bénéficier de cette dé-légation. Mais comme tous les Nic, il reste dépendant de l’Icann. Il existe aujourd’hui quelque 200 organismes comme l’Afnic chargés de gérer une zone géographique attribuée. Parmi l’ensemble de ces entités règne un manque totale d’homogénéité de fonctionnement : certains acceptent le nommage des particuliers, d’autres pas ; d’aucuns réclament la production préalable de documents avant l’enregistrement…
Internet Professionnel: Qu’en est-il de l’indépendance de l’Icann par rapport au gouvernement américain ?
Grande question. Quelques semaines après avoir été lancé sous l’impulsion du gouvernement américain, le département du commerce a réclamé un droit de veto sur les décisions de l’Icann, ce qu’il a obtenu par la signature d’un mémorandum. D’autre part, le système de nommage repose sur 13 serveurs de racine, dont le serveur de tête (dit A root server) est géré par la société NSI. Or, toutes les modifications enregistrées sur les bases de données de ce serveur doivent requérir l’aval préalable du gouvernement des États-Unis. Cette situation de dépendance vis-à-vis de ce gouvernement s’avère aujourd’hui intolérable. Même si l’Icann affirme que cette situation est transitoire, on ne voit pas quand elle pourra se dégager de cette filiation pesante.
Internet Professionnel: Est-ce à dire que si, officiellement, les noms de domaine sont gérés par l’Icann, officieusement, ils sont dans les mains du gouvernement américain ?
On peut en effet penser que le système de nommage est aujourd’hui partiellement sous contrôle du gouvernement américain. Cependant, il semble qu’il y ait une volonté réelle de la part des personnes qui animent l’Icann de voir cette situation évoluer. À nous Européens, en particulier, de les aider en étant présents.
Internet Professionnel: Qu’en est-il des noms de domaine .biz et .info ?
Les noms de domaine représentent une manne très importante : on parle de plusieurs milliards de dollars pour les seuls .biz et .info. Il suffit d’ailleurs de voir que NSI a distribué 14 millions de noms de domaine et qu’un enregistrement rapporte en moyenne 33? (30 $) par an. Donc de nombreux organismes se sont bousculés pour obtenir une accréditation. Deux sociétés américaines ont été désignées : afilias.com pour le nom .info et NeuLevel pour .biz.
Internet Professionnel: Enfin, que pensez-vous de l’ouverture de l’Icann aux particuliers ?
Nous sommes bien loin des premiers idéaux du Réseau des réseaux qui souhaitaient donner la parole aux utilisateurs. Alors, bien que l’ouverture aux particuliers soit extrêmement complexe, il faut absolument redonner la parole aux utilisateurs et aux consommateurs d’internet. Il convient de désenclaver l’Icann et, géographiquement, de trouver des logiques pour tenir compte de l’avis du public. Actuellement, le nommage est aux seules mains d’un gouvernement : une erreur si l’on souhaite offrir au système une image de stabilité. Pour un fonctionnement sain, il doit être réparti entre plusieurs pouvoirs et connaître une réelle diversité géographique. C’est ce à quoi nous avons travaillé au sein de l’ALSC, avec la réelle collaboration des dirigeants actuels de l’Icann.

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La rédaction