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Eutelsat à l’heure des services IP

Trois questions à Thierry Clément, responsable commercial d’Eutelsat en France.

A la fin de 2000, 41 % des capacités des satellites Eutelsat étaient utilisées par vos services IP, contre 25 % un an plus tôt. Comment expliquez-vous ce succès ?C’est un basculement prodigieux, en effet, et nous en sommes très satisfaits. La télévision n’occupe donc plus que 56 % de ces capacités, bien qu’elle soit bien plus rémunératrice, les 3 % restants étant pris par nos services de mobilité. De toute évidence, la tendance va se poursuivre. En tout cas, nous y travaillons. L’explication ? C’est que les services IP que nous avons développés ont aussitôt été distribués à grande échelle par d’importants opérateurs, comme GlobeCast (groupe France Télécom), qui est d’ailleurs sur ce plan notre principal client. Encore fallait-il que nos satellites soient capables de relayer dans l’espace les paquets IP, qui leur sont transmis. S’ils en sont capables, c’est parce qu’ils ont depuis toujours, et avant tout, été conçus pour les télécommunications, contrairement à d’autres, comme les satellites Astra, qui ont été dédiés à la télévision. Certaines adaptations ont tout de même été nécessaires. Nous avons dû simplifier TCP/IP, qui, en l’état, passe en effet très mal sur les satellites à cause des acquittements. Nous avons supprimé le slow start et allongé la fenêtre d’acquittement, ce qui consiste à laisser passer un certain nombre de paquets avant chaque acquittement. Ces adaptations n’ont pas eu besoin d’être réalisées au niveau des satellites, mais tout simplement au niveau des stations VSAT, installées chez les clients.
Quels services IP proposez-vous aujourd’hui ?Tout d’abord le push d’informations, boursières notamment, mais également le push de contenus audio et vidéo (streaming). Les paquets IP sont alors encapsulés dans des trames DVB, conformément au protocole normalisé MPE-DVB (Multiprotocol encapsulation – digital video broadcasting). Il suffit alors que la station VSAT incorpore une carte MPE-DVB. Pour les requêtes, ce service de diffusion peut être couplé à une voie de retour par voie terrestre (RTC ou RNIS) ou par satellite. Il se prête alors à l’accès Internet dans les régions mal desservies en accès hauts débits terrestres. Notre solution d’accès Internet par satellite avec requête par voie terrestre est ainsi distribuée en France par des ISP comme Tera (Albi) et Divona (Monaco). Sa variante entièrement par satellite est pour sa part distribuée au plan international par l’ISP américain Tachyon. Elle repose sur une station VSAT d’émission et de réception IP, évidemment capable de prendre en charge des utilisateurs en réseau local. Mais, avec notre service bidirectionnel 2 5 2 Mbit/s DSat 2000, nous pouvons également interconnecter des réseaux locaux Ethernet d’un bout à l’autre du continent européen, Afrique du Nord comprise. DSat 2000 est d’autant plus intéressant qu’il fournit un accès satellite à la demande, donc facturé à la consommation réelle. Mais le gros de la demande, en termes de capacité satellite, porte aujourd’hui sur la fourniture aux opérateurs de backbones IP de plusieurs dizaines de Mbit/s entre tous points non desservis en fibre optique DWDM.
Et dans l’avenir, que proposerez-vous ?Nous continuerons de renforcer nos services de diffusion Internet. Nous continuerons donc de multiplier nos plates-formes gateway, dont une dizaine ont déjà été installées en Europe. Nous introduirons des services de transmission conformes à la nouvelle spécification DVB-RCS (Return channel standard), qui normalise la voie de retour. Les tests commenceront en avril prochain. Nous en attendons beaucoup. Cette norme permet en effet de déployer une offre uniforme. Elle fera baisser le coût des terminaux. Elle contribuera par conséquent au développement du trafic. Le satellite a certes perdu la bataille des grands backbones IP, comme Paris-New York. Mais il reste une solution de remplacement intéressante pour la diffusion de contenus souvent répliqués jusqu’au point final, car il permet de faire l’économie des segments de transmission intermédiaires. C’est pourquoi nous préparons également une offre de transport point à multipoint pour les serveurs cache périphériques (edge caching) de la web TV. En mars prochain, enfin, nous lancerons le satellite eBird, qui sera le premier au monde à être optimisé pour l’IP (www.eutelsat.com).

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Jean-Claude Streicher