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Cyberespionnage : la Chine dénonce «l’hypocrisie des Etats-Unis»

Pékin qualifie les accusations portées contre cinq de ses officiers comme «absurdes» et «fabriquées». L’ambassadeur américain a été convoqué par le gouvernement chinois pour lui transmettre une «protestation solennelle».

Article publié le 19 mai 2014

Espionnage : cinq officiers de l’armée chinoise inculpés par la justice américaine

 Accusés d’avoir dérobé des secrets commerciaux et des informations sensibles, les cinq militaires risquent jusqu’à 15 ans de prison. Mais il y a peu de chance qu’ils soient un jour livrés à la justice américaine.


Face aux attaques informatiques chinoises, les Etats-Unis ont décidé de lancer une contre-attaque… sur le plan  juridique. Pour la première fois, la justice américaine a inculpé cinq officiers de l’armée chinoise pour « piratage informatique » et « espionnage économique » à l’encontre de six sociétés américaines, a annoncé lundi le ministre de la Justice Eric Holder. « Pour la première fois, nous allons révéler les visages et les noms derrière les claviers qui furent utilisés à Shanghai pour voler les entreprises américaines », a déclaré John Carlin, ministre adjoint de la Justice, lors d’une conférence de presse.

Les inculpations, délivrées par un Grand jury de Pennsylvanie (est) visent des faits perpétrés entre 2006 et 2014 par des « membres de l’Unité 61398 du Troisième département de l’Armée de libération du peuple », le nom officiel de l’armée chinoise. Cette unité a acquis une certaine célébrité depuis qu’elle a été épinglée en février 2013 dans un rapport de la société de sécurité informatique Mandiant. Celle-ci avait poussé ces recherches jusqu’à indiquer précisément le bâtiment à Shanghai depuis lequel les soldats-hackers chinois opéraient.

Les officiers inculpés répondent aux noms de Wang Dong, Sun Kailiang, Wen Xinyu, Huang Zhenyu et Gu Chunhu. Ils sont accusés d’avoir volé des secrets commerciaux d’entreprises américaines spécialisées dans l’énergie nucléaire ou solaire ou encore dans la métallurgie. A ce titre, ils risquent jusqu’à 15 ans de prison. Parmi les entreprises attaquées figurent Westinghouse, US Steel, Allegheny Technologies, Alcoa, ainsi que des filiales de la société SolarWorld.

Une action qui prête à sourire

Dans un communiqué, le ministère donne des détails sur les inculpations. Ainsi, l’officier Sun Kailiang est accusé d’avoir hacké la société Westinghouse, spécialisée dans la conception de centrales nucléaires, au moment même où celle-ci était en négociations avec une entreprise publique chinoise. « L’éventail des secrets commerciaux et autres informations sensibles volées dans cette affaire est important et exige une réponse agressive », a affirmé Eric Holder, selon qui le succès des entreprises doit dépendre de leur capacité à innover et non reposer sur « la capacité d’un gouvernement à espionner et voler des secrets commerciaux ».

Le gouvernement américain « ne tolérera pas les actions d’aucun  Etat qui cherche à saboter illégalement des sociétés américaines et à miner l’intégrité d’une compétition équitable » sur le marché, a-t-il ajouté. De son côté, le directeur du FBI James Comey, cité dans un communiqué, a estimé que « pendant trop longtemps, le gouvernement chinois a utilisé le cyber-espionnage de façon éhontée pour obtenir des avantages économiques pour ses industries d’Etat ».

Evidemment, ces accusations font un peu sourire aujourd’hui. Entre la publication du rapport Mandiant et l’inculpation d’aujourd’hui, il y a eu les révélations d’Edward Snowden qui prouvent que les Etats-Unis n’hésitent pas à faire de l’espionnage économique quand les intérêts de leur nation sont en jeu. Par ailleurs, on peut s’interroger sur le but réel de cette manœuvre. Car il est peu probable que le gouvernement chinois va livrer ces officiers à la justice américaine. Le seul effet de cette annonce sera d’intensifier les tensions politiques entre ces deux pays.

Lire aussi:

La NSA fait aussi de l’espionnage économique, selon Edward Snowden, le 27/01/2014
La Chine hausse le ton face aux accusations de piratage américaines
, le 21/02/2013

Sources :

Ministère américain de la Justice

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Gilbert Kallenborn, avec AFP