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Doit-on en finir avec la culture geek ?

Un comédien et auteur américain raconte sa « nostalgie geek » dans Wired et comment il faut en finir avec la culture pop, pourrie par le Net, en attendant qu’elle renaisse différemment.

La culture geek est morte » Voilà, en substance, ce que dévoile le comédien Patton Oswald, dans un article aussi iconoclaste que drôle, paru le week-end dernier dans Wired. Ce vieux briscard de la pop culture, qui a baigné dans l’univers des comics, de Donjons et Dragons et des jeux vidéo dans sa jeunesse, commence par annoncer qu’il « n’est pas un nerd. Mais qu’il en a été un, il y a trente ans, quand nerd voulait encore dire quelque chose ». Avant d’évoquer l’étendue de ses passions pointues, de la collection de figurines Star Wars à l’étude approfondie du Bestiaire monstrueux d’AD&D

La vidéo de Patton Oswald, sur Wired :

Oui mais voilà, d’après Oswald, ces cultures ultraspécialisées, uniques, quasi-secrètes, ont disparu. En 2010, « tout le monde se considère otaku (1) dans un domaine précis – que ce soit la mythologie de Lost ou les intrigues mineures de Top Chef. American Idol (2) inspire – si ce n’est en profondeur, au moins en temps et en passion – le même nombre de conversations que The Wire. La faute à quoi ? A Internet bien entendu ! Le problème d’Internet, c’est qu’il permet à tout le monde de devenir un otaku instantanément. Dans les années 1980 […] vous deviez attendre chaque mois la sortie des nouveaux numéros des Watchmen… Nous ne pouvions pas récupérer le dernier film de John Woo sur BitTorrent ou télécharger une décennie entière de musique grunge ou hip-hop. »

« Tout faire sauter pour faire renaître les vrais geeks »

Une relative disette de contenus qui se traduisait, selon Oswald, par leur meilleure appréhension… D’après lui, cette « culture instantanée » est donc susceptible d’engendrer des « mauvais geeks », bons consommateurs, mais moins artistes dans l’âme. « Pourquoi créer quelque chose de nouveau alors qu’il y a une montagne de pop culture fraîchement déblayée à retailler, à remanier et à manipuler sur iMovie », s’interroge Oswald.

Sa solution pour une renaissance de la culture geek ? L’écœurement. « Pour sauver le futur de la culture pop, nous devons faire en sorte que la culture pop actuelle craigne, au moins pour un petit bout de temps », explique-t-il. Donc, selon lui, aller jusqu’au bout la démarche entamée sur Internet depuis quelques années. Et accélérer le mouvement vers l’exposition totale de ces sous-cultures autrefois secrètes.

Dans l’hilarante seconde partie de son article, il explique comment faire exploser la culture pop en multipliant son exposition, en mixant tout jusqu’à la bombe. « Montrons chaque chanson des Beatles, chaque version alternative, et chaque reprise de chacune de leur chansons et chaque version alternative de chaque reprise, tout ça sur votre iPod Nano de la taille d’un paquet de chewing-gum. Les Goonies versus Saw. Tous les livres sur votre Kindle. Tous les livres disponibles sur Kindle, sur tous les Kindle. The Human Centipede avec le casting de The Hills (3), le tout dirigé par les frères Coen. »

D’après Patton Oswald, cette phase ne « durerait qu’un temps » avant la détonation finale, qui verra la culture geek actuelle éclater pour former une nouvelle année zéro. « Je veux que ma fille fasse l’expérience du frisson otaku : pendant que tout le monde groove sur le dernier Jay-Z, je veux quelle puisse partager un regard secret avec un ami, tous deux au courant qu’en Allemagne, il y a un bootleg MP3 d’un groupe appelé Dr. Cali-Gory, pionniers d’une variation superviolente de line-dancing. Et je veux qu’elle apprécie cela avant que que les chansons de Dr. Cali-Gory soient utilisées dans des publicités pour des croisières », conclut-il.

(1) Otaku est terme japonais plus ou moins synonyme de « nerd » qui désigne en général des fanatiques de mangas ou d’anime.
(2) American Idol
est une émission américaine proche de la Nouvelle Star.
(3) Une émission de téléréalité de MTV.

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Eric le Bourlout