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Création de l’iPhone, Steve Jobs : les incroyables anecdotes d’un ancien responsable d’Apple

Employé durant plus de 20 ans de NeXT puis d’Apple, Scott Forstall a profité d’un entretien pour raconter de nombreuses anecdotes sur la création de l’iPhone ou encore le caractère du grand patron.

Que fait un ancien cadre d’Apple quand il ne travaille plus chez Apple ? Il raconte son expérience au sein de l’une des sociétés les plus secrètes de l’industrie de l’électronique. Et cela est d’autant plus intéressant lorsqu’il s’agit de Scott Forstall, cocréateur de Mac OS X et de l’iPhone, il fut l’un des cadres les plus influents d’Apple durant des années. Dans un entretien d’une heure organisé par le Computer History Museum de Mountain View (Californie) ce 21 juin, il est ainsi revenu sur ses années passées tout d’abord chez NeXT, puis Apple.

L’intervention de Scott Forstall débute à partir de 01 h 07.

Il raconte ainsi être entré chez NeXT – fondée par Steve Jobs après son éviction d’Apple – dès 1992, alors qu’il était encore en master. Microsoft lui avait déjà fait une offre, mais après l’avoir rencontré durant un entretien de quinze minutes, Steve Jobs lui propose aussi de le rejoindre. « Ils avaient une super technologie, de super ingénieurs et… pas de clients », plaisante ainsi Scott Forstall. Mais Steve Jobs était pourtant sûr de lui : « Je vais vous faire une offre et je sais que vous allez l’accepter », lui aurait-il lancé.

Encore plus incroyable est la réaction de Microsoft après avoir appris que Scott Forstall avait effectivement décidé de rejoindre NeXT. « Un matin, je trouve devant ma porte une boite contenant un poisson mort, s’étonne-t-il. J’ai vu beaucoup de films de mafia, alors j’avais un peu peur, s’amuse Scott Forstall. Mais je vois alors que cela vient de chez Microsoft qui vantait les mérites du réputé marché de Pike Place à Seattle. Ils pensaient vraiment me convaincre avec ça ! ».

L’iPhone existe grâce à un insupportable employé de Microsoft

La genèse de l’iPhone est quant à elle exposée sous un nouveau jour. Selon Scott Forstall, elle vient simplement du fait que Steve Jobs détestait cordialement un employé de Microsoft. « Une amie de sa femme était mariée à quelqu’un qui travaillait chez eux. A chaque fois que Steve lui parlait, il en revenait énervé. Un lundi matin, il arrive au bureau en fulminant et raconte que cette personne chez Microsoft lui a expliqué comment ils allaient dominer le monde avec leur système de tablette munie d’un stylet ».

« Steve a donc voulu se lancer aussi sur un tel projet, mais il nous précisait qu’on n’avait pas besoin de stylet puisqu’on en disposait déjà naturellement de dix, tout en montrant ses doigts », raconte-t-il. Alors qu’il travaillait à cette époque sur Mac OS X – héritier de NeXTSTEP qu’il avait contribué à concevoir – Scott Forstall se retrouve à collaborer au projet de tablette. Il consistait alors en un système qui ressemble étrangement à la toute première version de la Surface de Microsoft : une grande table sur laquelle sont projetées des images que l’on peut manipuler. L’étape suivante était un appareil muni d’un écran résistif, puis enfin d’une dalle capacitive et multitouch.

Puis, en réfléchissant à comment prendre le relais d’une croissance de l’iPod menacée par les téléphones baladeurs, Steve Jobs demande alors à Scott Forstall s’il pense qu’il est possible de rétrécir l’écran de ce système tactile pour le faire entrer dans une poche. Les ingénieurs se mettent alors au travail pour y parvenir : « Ils avaient mis au point un petit écran tactile qui n’affichait qu’une liste de noms. En tapotant un nom, on accédait à la fiche complète du contact. A la seconde où l’on a vu la démo, on a compris que ça devait être comme ça et pas autrement », s’enthousiasme Scott Forstall.

Comment désactiver l’accès payant au Wi-Fi de deux hôtels de Las Vegas

Durant le développement de l’iPhone, Apple cherche alors un opérateur partenaire pour pouvoir tester son appareil sur un réseau mobile. Il arrive à convaincre Cingular, qui n’a pourtant aucune idée du produit dont il s’agit. « Vous pourriez peut-être ajouter un bouton pour accéder directement aux e-mails », suggère l’un des responsables de l’opérateur. « On y pense, mais peut-être quelques mois après sa sortie », bluffe Scott Forstall. « Oh, vous construisez un “legophone” auquel on peut ajouter des boutons au fur et à mesure », tente de deviner l’employé de Cingular. « Il n’avait vraiment aucune idée des capacités tactiles de l’appareil », s’amuse encore Scott Forstall.

Un vendredi de décembre 2006, un mois avant la présentation officielle de l’iPhone, Steve Jobs et Scott Forstall font le déplacement à Las Vegas à l’occasion d’un grand raout organisé par Cingular. Ils en profitent pour enfin dévoiler l’appareil à son partenaire. « Je n’avais qu’une crainte, c’est que notre prototype ne puisse pas se connecter au réseau Wi-Fi payant de l’hôtel Four Seasons. J’ai donc appelé la réception en amont pour savoir s’ils pouvaient désactiver le système dans la suite où nous avions rendez-vous », s’inquiète Scott Forstall.

Malheureusement, le système de paiement du Wi-Fi est commun à cet hôtel et à un autre très connu de Las Vegas, le Mandalay Bay. Pour désactiver l’accès payant dans la suite, il doit en fait être désactivé entièrement dans les deux hôtels. Se faisant passer pour un haut cadre dirigeant de Cingular, Scott Forstall obtient finalement gain de cause. La démo se passe sans accroc, les responsables de Cingular sont ravis. « Mais le lundi, le responsable réseau de l’hôtel me rappelle pour me demander s’il était possible de réactiver le système de paiement du Wi-Fi. J’avais oublié de les prévenir que ma démo était terminée. Cela leur a coûté des dizaines de milliers de dollars », en rigole-t-il encore. 

Steve Jobs, le riche au grand cœur

Enfin, il revient sur la personnalité de Steve Jobs. Colérique certes, mais aussi amusant, attachant et surtout très fidèle en amitié selon lui. Il résume cela en deux histoires. La première tient de l’anecdote : Steve Jobs payait constamment les repas des personnes avec qui il déjeunait à la cantine du siège d’Apple à Cupertino. Lubie étonnante étant donné le faible prix des repas, entre 4 et 8 dollars. Steve Jobs avait fini par lui en donner la raison, hilare : « Les repas sont débités sur les payes lorsqu’on valide notre badge, mais comme je suis payé un dollar par an, je n’ai aucune idée de qui paye mes repas ! ».

Visiblement ému, Scott Forstall explique aussi pour la première fois comment Steve Jobs lui avait sauvé la vie. Victime d’un rare virus, il avait été hospitalisé pendant deux mois, pris de violents vomissements. Aucun traitement n’était arrivé à bout de sa maladie. Alors qu’il avait perdu près de 30 kilos et qu’il se sentait proche de la mort, Steve Jobs – friand de médecine alternative – l’informe qu’il a trouvé une acupunctrice formidable qui pourrait le soigner. Dubitatif, Scott Forstall accepte tout de même de la recevoir.

Seul problème, elle doit débarquer à l’hôpital en fin de journée alors que les visites sont terminées. Qu’importe, Steve Jobs informe Forstall qu’il a proposé à l’établissement de financer et inaugurer une nouvelle aile du bâtiment si sa requête était acceptée. L’acupunctrice y passera la nuit entière et les deux jours suivants, finissant par soigner Scott Forstall à son plus grand étonnement. « C’est certainement l’avantage d’avoir des amis très riches : sans l’insistance et les moyens de Steve, je serais sûrement mort », conclut-il.

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Jean-Sébastien Zanchi