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Ces enfants qui soutiennent la croissance française

Alors que les économistes continuent de disserter pour comprendre la vigueur de la consommation française, de simples enfants pourraient bien leur donner quelques éléments de réponse.

Les enfants ne suivent pas forcément les traces de leurs parents. Ainsi, alors que la génération des Trente Glorieuses a donné naissance aux enfants de la crise, ces derniers ont vraisemblablement enfanté les bébés de la croissance. En effet, comme on peut l’observer depuis 1997 et malgré une baisse de la natalité dans la plupart de nos pays partenaires, les naissances dans l’Hexagone ont encore dépassé toutes les attentes. En 2001, 774 800 bébés sont nés en France métropolitaine, soit exactement le même nombre qu’en 2000, qui constituait déjà un cru exceptionnellement fort. Le taux de fécondité y est ainsi le plus élevé d’Europe, à égalité avec l’Irlande, soit 1,89 enfant par femme, contre 1,34 en Allemagne ou 1,25 en Italie, par exemple.

Une croissance féconde

Le maintien d’une telle natalité en France confirme donc que la performance enregistrée en 2000 n’était pas seulement le fruit d’un “effet millenium”, mais que c’est bien le maintien d’une croissance soutenue et la baisse du chômage depuis 1998 qui ont incité à procréer davantage. Le raisonnement est simple : plus la croissance est appréciable, plus l’emploi et les salaires augmentent, plus le moral des ménages s’améliore et plus la prédisposition psychologique et matérielle à faire des enfants est forte. A contrario, lorsque, de 1990 à 1997, la croissance ne dépassait pas 1,1 % par an en moyenne, que le taux de chômage moyen était de 11 %, que les taux d’intérêt à long terme dépassaient largement les 8 % et que les salaires réels reculaient, la volonté de procréer était inévitablement freinée.

Procréer, c’est dépenser

Mais le plus fort n’est pas dans cette réussite “statistique”. Il réside plutôt dans le fait que ce regain de la natalité est lui-même générateur de croissance économique. À la base, l’augmentation de la population accroît mécaniquement le niveau de croissance potentielle qui définit la croissance obtenue avec une utilisation maximale des capacités de production (c’est-à-dire le travail et le capital). Réciproquement, la baisse des naissances et le vieillissement de la population, comme ils s’observent notamment en Allemagne et au Japon, sont des facteurs de réduction de la croissance potentielle. Ce qui explique d’ailleurs en partie l’écart de croissance économique constaté entre la France et l’Allemagne ou entre les États-Unis et le Japon depuis presque dix ans.S’il faut reconnaître qu’à court terme, l’accroissement de la natalité a aussi pour effet de réduire mécaniquement le PIB par habitant ?” Ah ! la statistique…?” il faut surtout souligner que les enfants constituent un soutien actif à la consommation. Car chaque parent “normalement constitué” sait que s’il hésite à consommer pour lui-même, il ne regardera pas à la dépense pour sa progéniture. Dans ce cadre, alors que les économistes dissertent encore pour expliquer la vigueur durable de la consommation française, de simples enfants pourraient leur donner une partie de la réponse. Aussi, bien que Bercy ait choisi d’afficher une prévision “politiquement correcte”, il serait bon de ne pas perdre de vue que la consommation a encore de quoi rester soutenue en 2002 et permettre ainsi un rebond progressif de l’investissement et, in fine, une croissance du PIB bien supérieure à 1,5 %.

Réservoir de consommation

Bien mieux, l’augmentation des naissances confère un potentiel de forte consommation pour les dix années à venir, notamment dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication, que les jeunes ne cessent de plébisciter. Que les parents ne se fâchent donc pas trop lorsque leurs enfants les réveillent en pleine nuit, cest pour le bien de la croissance…* chef économiste de Natexis banques populaires

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Marc Touati*