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23andMe : un brevet sans intention de concevoir des bébés? à la carte

La startup californienne spécialisée dans les biotechnologies assure ne pas vouloir se servir du brevet obtenu début octobre qui permet à des parents de choisir les caractéristiques de leur futur enfant.

Choisir la couleur des yeux de son futur enfant, son poids, sa taille et même sa personnalité… C’est de la science-fiction (notamment « Bienvenue à Gattaca »). Pourtant, ce n’est peut-être pas si éloigné des capacités actuelles de la recherche génétique : début octobre, la startup 23andMe dirigée par Anne Wojcicki, la conjointe de Sergey Brin, cofondateur de Google, a en effet obtenu un brevet pour créer un bébé sur mesure.

Plus précisément, ce brevet porte sur un système permettant de sélectionner les donneurs de sperme ou d’ovule en fonction de leur profil ADN. Les futurs parents remplissent d’abord un questionnaire sur les caractéristiques désirées pour leur enfant. Par exemple, ils peuvent sélectionner l’option « Je préfère un enfant ayant une haute probabilité d’avoir les yeux verts ».

La deuxième étape consiste à combiner les données génétiques du donneur avec celles de la mère ou du père. Un algorithme calcule ensuite les probabilités que l’enfant dispose de certaines caractéristiques. Il suffit alors de croiser ces chiffres avec les choix des parents pour trouver le donneur idéal.

Un projet éthiquement et socialement dangereux

Le brevet mentionne des risques médicaux, par exemple la probabilité de développer différents types de cancer, d’avoir une malformation cardiaque ou encore d’être sourd. Mais il va aussi plus loin : poids, taille, couleur des yeux et des cheveux, traits de personnalité.

Si plusieurs scientifiques ont publiquement remis en cause l’efficacité d’un tel système, cela n’a pas empêché le déclenchement d’un début de polémique sur les intentions de cette jeune société spécialisée dans le génome humain.

« Un tel projet serait éthiquement et socialement dangereux, s’est immédiatement indigné le Center for Genetics and Society. Cela équivaut à faire du shopping pour concevoir des bébés. Nous pensons que le bureau des brevets a commis une grave erreur en accordant un brevet qui inclut des menus permettant de choisir les traits d’un futur enfant ».

Une technologie utilisée de manière… ludique !

Face à la controverse, 23andMe s’est défendue sur son blog de vouloir concevoir des enfants à la carte sur mesure. Si la technologie décrite dans le brevet existe bien, elle n’est utilisée aujourd’hui que « d’une manière ludique pour permettre aux couples de savoir de quels traits leur enfant héritera ».

L’entreprise ajoute que cette demande de brevet a été déposée il y a plus de cinq ans. « Beaucoup de choses ont évolué depuis cette époque, notamment la stratégie de 23andMe, poursuit-elle. La société n’a jamais donné suite aux concepts exposés dans ce brevet et elle n’a aucune intention de le faire ».

23andMe (dont le nom fait référence aux 23 paires de chromosomes) a été fondée en avril 2006. Basée comme Google à Mountain View, elle a déjà levé plus de 100 millions de dollars.

Son produit : une analyse ADN (voir vidéo ci-dessous) détaillée portant sur plus de 240 caractéristiques. Elle permet par exemple de connaître ses risques médicaux (diabète, cancer…), mais aussi ses origines. Le test est vendu sous la forme d’un kit de prélèvement de salive au prix de 99 dollars.

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Jérôme Marin (correspondant 01net à San Francisco)